Le jour J, l’heureux élu trouvera généralement tous les prétextes possibles pour esquiver au dernier moment : bouclage en retard, perte d’une lentille, panne de voiture, chaîne de vélo dégonflée, Miel Pops coincé dans le nez, diarrhée foudroyante, refoulement des WC (ceci entraînant cela), déraillement du bus, chute d’astéroïde, faille spatio-temporelle, etc. Tout bon journaliste se doit d’avoir toujours avec lui sa bible à excuses. Mais parfois – Castrastrophe ! – vous oubliez d’annuler et là, rien à faire, vous DEVEZ y aller. En traînant la patte tout en espérant que Dieu vous enverra une excuse valable de dernière minute, vous vous décidez donc à rejoindre le lieu de rendez-vous, généralement un palace parisien ou un autre endroit très select où vous ne mettriez jamais les pieds en temps normal. 30 minutes plus tard, encore une fois, Dieu vous a laissé dans votre merde.
Arrivé sur place et après avoir décliné votre identité, une armée de grooms, serveurs et autres loufiats top-classes, tous habillés en queue-de-pie, vous indiquent aimablement, avec la bouche en cul-de-poule de rigueur, la salle de réception. Une fois entré dans le Saint des saints, une armée de journalistes, chroniqueurs, et autres bloggeurs top-ringards, tous habillés en clodos, vous dévoilent gentiment le buffet et les petits fours. Au début, tout va bien, vous copinerez rapidement avec un confrère pour persifler joyeusement sur le produit-phare de la soirée … ou sur tous ces pique-assiettes qui ont encore réussi à s’infiltrer. Pffff ! Le temps d’échanger quelques banalités, le buffet est siphonné et la petite salle qui sentait encore le frais il y a dix minutes commence furieusement à schlinguer le bouc faisandé. Manque de pot pour vous, ce n’est pas l’heure de partir, mais celle de subir la présentation Powerpoint obligatoire.
Tout le monde s’assied, certains sortent un lecteur MP3, d’autres jouent avec leurs Netbooks ou leurs Smartphones. Vous, vous n’avez rien pour passez le temps. Rappelez-vous : vous deviez annuler et vous avez oublié, alors subissez maintenant ! L’orateur monte sur scène. Juste avant qu’il ne passe sa présentation en plein écran, vous avez eu le temps de voir, en bas à gauche, le symbole de votre désespoir : « Diapositive 1 sur 275 ». L’ennui commence. Les 50 premières pages sont destinées à bien vous expliquer que l’entreprise est très rentable et que les 2.7 milliards de pertes affichées ne sont en fait dues qu’à des écritures comptables. Les 50 suivantes vous détaillent à quel point le PDG/CEO est beau et séduisant. Ensuite, vous aurez droit à 100 autres pages pour tenter de vous prouver que ce que fait la concurrence, c’est vraiment de la merde en barre et qu’ils feront tous faillite dans les 6 mois. Et non, leurs 2.7 milliards de bénéfices n’y changeront rien. Enchaînons avec une autre cinquantaine de diapos indispensables pour rappeler tous les produits merveilleux qui ont précédé la chose révolutionnaire que vous allez maintenant découvrir.
Voici trois heures que la présentation a commencé, Il reste 25 pages et le moins que l’on puisse dire, c’est que l'attention n’est pas à son comble. Entre ceux qui dorment, ceux qui ont prétexté un pipi pour scier les barreaux de la lucarne et prendre discrètement la poudre d’escampette et les plus timides, qui font tomber leurs stylos toutes les 15 minutes pour reculer à chaque fois d’une rangée de sièges en bavant de plus en plus vers la sortie de secours, la salle est déjà plus clairsemée. Entre deux baillements, ceux encore présents prennent leur mal en patience dans l’espoir de décrocher le Graal, c'est-à-dire le goodie à la sortie.
Revenons-en au sujet. L’orateur s’éclaircit la voix et sort de sa poche un petit objet ridicule. Qu’est-ce donc ? Eh bien vous ne le saurez pas : les 25 dernières pages du PPT servent à expliquer que le tout est strictement confidentiel et que si vous voulez en savoir plus, il faudra signer le NDA avec votre sang afin qu’on puisse vous fournir toutes les informations le jour de la sortie. Les plus impatients pourront bien sûr consulter n’importe quel site web puisque ce fameux produit aura déjà été disséqué par la moitié des sites chinois hardware depuis six mois.
Voilà, c’est fini. Comme pour un jeton des alcooliques anonymes, vous passez prendre le petit sac en papier contenant le communiqué de presse et l’hypothétique goodie qui atteste de votre présence physique jusqu’à la fin (la présence du cerveau n’est heureusement pas vérifiée). Ensuite, vous rentrez chez vous avec une odeur de grizzli en rut imprégnée dans vos vêtements en vous jurant que non non non, on ne vous y reprendra plus. Surtout pour un trombone en plastique dédicacé…
PS : Si je vous ai raconté tout ça, c’est parce que jeudi dernier, Intel a réussi l’exploit d’organiser une soirée qui sortait des carcans chiantissimes ordinaires. Destinée à « changer l’image du geek » (et accessoirement à promouvoir les produits de la marque, soyons objectifs), cette petite sauterie, baptisée « Geek So’In », pourrait bien devenir une sorte de « fête du geek » régulière ou seront invités autant des journalistes que des forumeurs, des bloggeurs ou des auteurs de BD. Pas vraiment convaincu au premier abord (après Second Life et Facebook, est-ce que le « geek » sera le prochain objet marketing à la mode ?), il faut avouer que le micro-trottoir réalisé pour l’occasion permet de bien comprendre le chemin qu’il reste à parcourir :
mais oui, les confs de 3 heures pour lire un PPT de 200 pages ou on apprend rien, c'est très courant.


2 min 58: culture japonique
mot revenant le plus souvent: lunettes
M Michu il est collector moi je dis, y'a eu des décès en Corée du Sud mais bon...
Et arrêtez de confondre Nerd et Geek tabernacle
Attention, en descendant vous saurez qui a éduqué M. Michu
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