Pourtant, j'ai bien réfléchi, tout regardé. Mais non, rien !
Du côté de l'internaute, on se heurte vite à une évidence. Vous utilisez un VPN et vous téléchargez au nez et à la barbe de DADVSI, HADOPI et ses AMIS, pardon, amis, une oeuvre de l'esprit protégée par le droit d'auteur. Vous irez certes en enfer rôtir comme une dinde pour un comportement aussi violemment répréhensible, mais bon, vous êtes indétectable, donc, personne ne peut vous punir.
Côté VPN, ce n'est pas mieux. Déjà, puisque l'internaute est indétectable, la société commerciale ne peut par conséquent pas être poursuivie pour complicité, laquelle nécessite une infraction principale.
Le seul point de droit qui aurait pu éventuellement concerner les services commerciaux offrant un VPN, c'est le recel. On pourrait tenter de dire que le service commercial bénéficie du produit de la contrefaçon des oeuvres de l'esprit ; mais juridiquement, c'est quand même pas facile à tenir comme raisonnement. Car, si le pirate "gagne" l'économie de n'avoir pas acheté l’œuvre de l'esprit qu'il télécharge (en considérant que le pirate n'achète pas ce qu'il télécharge, ce qui est loin d'être évident), en revanche, la société commerciale ne perçoit ni l’œuvre de l'esprit, ni une part de l'économie réalisée par le pirate. En conséquence, d'un point de vue juridique, ce n’est pas un recel non plus, car le paiement mensuel versé par l'internaute à son fournisseur de VPN n'est donc pas un produit de la contrefaçon, au sens du Code pénal.
Alors évidemment, HADOPI détectera peut être l'adresse ip de la société commerciale résidant à Macao qui vous fournit le service, mais HADOPI ne peut rien faire (la société qui propose un VPN n'est pas propriétaire d'une ligne ADSL française).
Reste pour finir que, même si des ayants-droit voulaient agir, sur le fondement de la DADVSI, contre la société commerciale proposant un VPN dont l'adresse ip est identifiée comme contrefaisante, on se heurte à des difficultés juridiques considérables pour aller attaquer en justice une société domiciliée au Nicaragua.
Alors, quelle solution reste-t-il à notre législateur ? Pas grand chose et on le voit hésiter, la main tremblotante papillonnant entre les pièces de son jeu, mais sans savoir quelle stratégie adopter. Même voter une loi prohibant la souscription à un VPN paraît très difficile à obtenir, car non seulement les VPN servent énormément aux entreprises (pour que les salariés en déplacement puissent se connecter au réseau par exemple) mais encore, cela paraît presque impossible d'un point de vue technique de détecter qui en fait l'usage. A moins de transformer les FAI en policiers du Web et de déclarer systématiquement qu'un abonné crypte ses balades sur le web.
Peu probable que l'on arrive à cela sans compter que des leurres seront alors inévitablement mis en place ou des solutions de raccordements au web qui ne passent pas par une société française.
Alors, en matière d'Internet, échec et mat le législateur ? L'avenir nous le dira !
"L'ennemi est bête : il croit que c'est nous l'ennemi, alors que c'est lui !" (Pierre Desproges).
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