A
près avoir affronté vaillamment tous les sujets, les plus délicats, les plus ardus et les plus déroutants, je voudrais aujourd'hui aborder l’un des plus grands mystères de l'univers, une de ces énigmes qui va nécessiter beaucoup de doigté pour en parler : les femmes.
Comment définir une femme ? C'est très difficile. Tandis que le naturaliste, excité par la question, se tâte sur la façon de procéder, le juriste ne s'embarrasse guère de détails : une femme est, pour lui, un Homme comme les autres, ce qui vous expliquera que la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen s'applique aussi à vos mères, vos sœurs, vos épouses et vos amies.
Et pourtant, les femmes, bien qu'Hommes avec un grand H, font l'objet d'égards particuliers dans notre droit : en droit civil, en droit pénal, en droit constitutionnel, en droit du travail, on veille à faire en sorte que les femmes soient traitées comme ce qu'elles sont, c'est à dire des Hommes. Et comme tous les Hommes sont égaux entre eux, on doit les traiter à égalité avec les hommes, avec un petit h. Enfin, le mien n'est pas si petit et en plus je sais très bien m'en servir.
Le lecteur de goût s'étonnera de ce besoin de protection juridique d'une catégorie envahissante de la population, puisqu'un Homme sur deux au moins est une femme ; mais, pour le juriste, le poids des traditions machistes ne peut être contrebalancé que par une discrimination positive et une attention permanente quant aux discriminations commises à leur égard, suivie d'une punition exemplaire pour les contrevenants qui se croient encore à l'âge des cavernes.
Les femmes sont donc sensibles en tant que sujet. Enfin, je veux dire, c'est un sujet sensible. Malheur à celui qui fera allusion au fait qu'il leur manque quand même un service trois pièces, que deux malheureuses poches de silicone ne parviendront jamais à contrebalancer.
Mais autant certaines féministes peuvent paraître excessives dans leurs récriminations permanentes, alors que, bon, je leur met la pile au bras de fer quand elles veulent, autant parfois, on ne peut que crier avec les louves.
Par exemple, prenez les deux boulettes commises aux US par Amazon en dépit de son nom qui résonne comme une promesse de guerre féministe toujours renouvelée. Amazon a laissé passé deux jeux vidéo abominables: le premier, Rapelay, un jeu japonais qui permettait aux joueurs de simuler rien moins que des viols et le second, "Stockholm, an exploration of true love", qui permet de mettre en scène le fameux syndrome, qui tend à rendre un kidnappé amoureux de son bureau, hum, pardon, de son bourreau.
Ce jeu, en fait un DVD interactif, permet de jouer le rôle du kidnappeur et d'essayer les diverses options proposées pour faire que votre victime tombe amoureuse. La ravissante, ravie, amoureuse du ravisseur, c'est beau comme un coucher de soleil sur Auschwitz.
Les options proposées sont élégantes, par exemple, on pourra utiliser du gaz empoisonné sur la victime, l'agresser sexuellement et abuser d'elle psychologiquement pour la faire tomber amoureuse, pas de doute, Larry au pays de GTA, c'est succès auprès des meufs assuré !
Amazon a très vite retiré de la vente ces chefs d’œuvre vidéo-ludiques. Mais une question se pose : quel est le risque juridique encouru par un prétendu jeu qui franchit sans retenue toutes les limites ? Aux US, je ne sais pas, mais en France, on a:
- l'article 23 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881 qui dispose que :
"Seront punis comme complices d'une action qualifiée crime ou délit ceux qui [...]par tout moyen de communication au public par voie électronique, auront directement provoqué l'auteur ou les auteurs à commettre ladite action, si la provocation a été suivie d'effet."Là, vous me direz, c'est grave en soi, car être complice d'un viol ou de tortures ça va chercher loin, mais l'éditeur du jeu ou le vendeur Amazon ne risque pas grand chose, à moins qu’il ne soit prouvé que la provocation a été suivie d'effet.
Oui mais, on a aussi :
- L'article 24 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881 qui dispose que :
"Seront punis de cinq ans d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende ceux qui, par l'un des moyens énoncés à l'article précédent [NDGMB, donc, par tout moyen de communication au public par voie électronique], auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n'aurait pas été suivie d'effet, à commettre l'une des infractions suivantes :
1° Les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne et les agressions sexuelles, définies par le livre II du Code pénal [...]
Seront punis des peines prévues à l'alinéa précédent ceux qui, par ces mêmes moyens, auront provoqué à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap."A ma connaissance, aucun tribunal français n'a été saisi de ces questions, mais je pense qu'un juge pourrait être amené à considérer que le jeu vidéo, et encore plus le DVD interactif, est un moyen de communication au public par voie électronique et que, proposer à un joueur de traumatiser une femme, fût-elle virtuelle, est une provocation à commettre des agressions sexuelles et des atteintes à l'intégrité de la personne, ou du moins, s'analyse en un appel à la violence contre les femmes.
Amazon et l'éditeur de ces soi-disant jeux risquent donc gros, en France en tous cas, si ces produits sont un jour vendus chez nous.
Je déplore également à titre personnel que ces exemples ridicules de soi-disant jeux nuisent gravement à la réputation de notre hobby, et rien que ça, ça mériterait une action judiciaire salée d'une association d'éditeurs pour atteinte à l'image de marque des jeux vidéo.
Enfin, bon, c'est pas pour faire ma mauvaise langue, mais, une fois encore, après avoir causé le succès de la Wii et de la DS, ce sont bien les femmes qui mettent la pagaille dans le jeu vidéo. Vraiment, on ne peut pas vivre avec, mais on ne peut pas vivre sans !
» Aller au forum