C
omment bien parler des suisses ? La tâche est en effet ardue car, en évoquant ce peuple, comment ne pas sombrer dans les clichés les plus éculés ? C'est un piège que seul un esprit aussi français que fin devra éviter, surtout que, franchement, ni vous, ni moi, n'avons envie d'être éculés, surtout par un suisse : c'est une question de fondement, hum, je veux dire, c'est une question fondamentale.
Pourtant, français, françaises, il nous faut retrousser vos manches et nous atteler à la tâche, quand c'est du chocolat suisse, trempez la chemise dans de l'eau tiède à laquelle on aura ajouté du vinaigre blanc puis laissez reposer une journée.
Pour résumer en une phrase des siècles de commentaires sociologiques avisés, disons que les suisses sont petits, lents comme des zombies de films des années 60, plus névrosés par le mécanisme d'une horlogerie qu'un Sylar moyen et restent attachés à une prétendue neutralité qui leur a, certes, permis de faire fortune en temps de guerre, mais qui leur attire aujourd'hui le courroux de notre Présipauté française, et ça ! ça ! c'est grave, j'ai pitié d'eux.
Autrement, au niveau juridique, la situation est carrément ridicule. Prônant d'un côté le secret bancaire et un respect de la vie privée absolu, qui permet de spectaculaires évasions fiscales de Bercy, notre Alcatraz français, il n'en va pas de même dans un autre domaine. Ainsi, pour la lutte contre le piratage moderne, qui n'est plus l'apanage des barbes rousses et de leurs galions, mais de millions de surfers pas nets, eh bien, la suisse ne s'embarrasse plus de grands principes.
C'est ainsi que le Tribunal administratif fédéral (ah ! Une fédération, laissez-moi rire, ils se croient dans Star Trek sans doute) a autorisé une société privée, Logistep, à collecter en douce les adresses ip de prétendus pirates comme ça, sans contrôle judiciaire, sans rien.
Un "préposé fédéral à la protection des données", sans doute un équivalent de notre CNIL, avait exigé de Logistep qu'elle renonce, à défaut de base légale, à sa traque et si le Tribunal a reconnu que l'activité de Logistep a un caractère discutable, dès lors que les personnes concernées ignorent tout des informations qui sont récoltées sur leur compte, il a cependant considéré que la fin justifie les moyens, et qu'une base légale à l'action de Logistep n'est pas indispensable, car l'intérêt public à lutter contre le piratage prédomine. Il l'emporte sur l'intérêt privé des internautes à protéger leurs données.
Alors là ! Je dis bravo ! Lutter contre les mouvements terroristes qui savent planquer leurs avoirs bien au chaud du secret bancaire, ça, c'est pas une lutte qui devrait l'emporter sur la vie privée, tandis que lutter contre le piratage, oui ! Pas de problème ! On autorise ! Et il n'y a pas besoin de base légale ! Non c'est bien, on a l'air malin nous, maintenant, avec notre Hadopi qui n'a été votée qu'au prix d'une bataille politique épuisante et qui risque de se faire démonter par le Conseil Constitutionnel.
Alors certes, ce jugement peut être soumis à un appel ; mais bon, qu'un juge, fût-il suisse, puisse considérer qu'il n'y a même pas besoin de base légale pour autoriser une société privée à agir, au motif que la fin justifie les moyens, ça me laisse pantois !
Alors, suisses, suisses, réveillez-vous ! Révoltez-vous, lâchez vos montres et vos lingots de chocolat et pour une fois, déneutralisez-vous et faites comme les français ! Ah non, pardon.
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