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Requisitoire contre Obama

Mesdames et Messieurs les soi-disant Jurés

Chères canes, chers canards,

Cher Obama, chère biche,

Vous êtes athlétique, vous êtes beau, vous êtes mince, vous êtes même le premier noir Président des États-Unis d’Amérique, vous êtes donc un grand homme.

Le problème avec les grands hommes, c’est qu’ils ne font pas bon ménage avec les jeux vidéo. Moi par exemple, qui suis un grand homme, tant par la taille, même si depuis que Rachida Mathy a quitté le ministère de la Justice je ne suis plus aussi impressionnant, que par l’ampleur de mon talent, je ne peux assumer mon amour des jeux vidéos qu’au prix d’une schizophrénie totale qui, tout petit déjà, faisait l’inquiétude de mes 4 parents.

Ainsi, vous vous attaquates, attaquites, attaqauirent, enfin, vous vous êtes attaqués aux jeux vidéo que vous voyez, avez-vous dit lors de la conférence sur l’obésité qui s’est tenue à Washingtonne, voire une tonne et demie, comme néfastes, car ils impliquent de manger de la mauvaise nourriture et de rester assis des heures et des heures devant son écran.

Vous avez donc décidé de lancer la « révolution des assiettes » et jusque-là, ça m’agace un peu, car après tout, il faudrait jeter l’opprobre également sur la télévision, les livres, internet, enfin, tout ce qui peut impliquer de rester immobile en se gavant de chips, mais encore, ça passait.

Mais je tombe sur la retranscription d’un débat entre Jack Thompson, l’ex-avocat crevette irradié du barreau, mais qui, tel un vilain de série Z, revient quand même à l’attaque, et un avocat Mark Methenitis au cours duquel ressort l’idée que vous pourriez bien décider de taxer les jeux vidéo afin d’en dissuader l’achat, ce qui, à coup sûr, entraînera vos chères têtes blondes à pratiquer de saines activités physiques comme le safari urbain en milieu scolaire.

Alors là, je regrette Monsieur Obama, mais vous baissez en mon estime, car, vous vous abaissez à faire la course à la bêtise avec la France.

 

Car oui, les grenouilles ont déjà utilisé le système fiscal pour contrôler le marché du jeu vidéo.

 

Laissez-moi vanter glorieusement notre droit fiscal qui est utilisé très massivement par le législateur français. Mais alors, très très massivement. Il irrigue tellement notre vie quotidienne qu’il existe une formule de politesse très en vogue chez les nouveaux riches qui se doivent de s’exclamer, tout en remettant le chèque à plusieurs zéros à Monsieur l’Inspecteur des impôts, « Bercy pour tout », ce à quoi le susnommé fonctionnaire zélé répondra, « Je vous en prie, Nicolas vous le rendra ».

Oui, Monsieur Obama, La France voit le vote de deux lois de finances par an, une loi prévisionnelle, une loi rectificative et voit des dizaines, que dis-je des centaines de dispositions fiscales insérées annuellement dans telle ou telle loi agricole, économique, sociale ou que sais-je d’autre.

Pour bien vous faire comprendre la situation, laissez-moi vous expliquer que mon pays considère la fiscalité comme totalement dérogatoire à la hiérarchie des normes, principe qui veut que les normes qui traitent des questions les plus importantes, comme la constitution ou les traités internationaux, sont au-dessus des normes qui s’occupent de détails, comme les arrêtés préfectoraux par exemple. C’est que, voyez-vous, l’enchevêtrement des dispositions fiscales est tellement compliqué que l’administration fiscale a le droit d’avoir un avis sur la façon de les appliquer. Elle prend ainsi des notes de services, des instructions, des circulaires et l’ensemble de ce grand bazar constitue la « doctrine fiscale ».

Ces textes, qui sont normalement au plus bas de la hiérarchie des normes, puisqu’il s’agit d’interprétation que fait une administration des lois, s’interposent en réalité entre les lois fiscales, qu’ils interprètent, et le contribuable, car ces textes lui sont opposables. Et inutile de vous préciser que certaines interprétations transforment carrément la loi.

 

Tout ça pour vous dire que l’arsenal fiscal français, avec lequel on ne rigole donc pas, contient, depuis mars 2007, une disposition relative aux jeux vidéo.

 

Il s’agit de l’article 220 terdecies du Code général des impôts qui prévoit un crédit d’impôt pour les sociétés qui produisent des jeux vidéo qui contribuent au développement de la création française et européenne. Mais il est précisé que « n’ouvrent pas droit au bénéfice du crédit d’impôt les jeux vidéo comportant des séquences à caractère pornographique ou de très grande violence, susceptibles de nuire gravement à l’épanouissement physique, mental ou moral des utilisateurs ».

Le fisc français considère donc que les jeux vidéo violents doivent être plus couteux pour ceux qui les produisent, que les autres types de jeux. Même Jacko Thompson a préféré lutter contre l’effet prétendu des jeux vidéo violents en tentant des procès perdus d’avance et en soutenant des projets de loi sans aucun avenir, plutôt que de s’abaisser à tenter le coup de tepu fiscal.

Mais évidemment Monsieur Obama veut mieux faire que la France et pourrait envisager de taxer tous les jeux vidéos au moment de la vente, pour en éloigner le consommateur.

Cette volonté de faire pire que votre voisin français n’est pas digne, Monsieur Obama, je suis au regret de vous l’apprendre.

Je vous laisse donc une dernière chance. Tournez votre beau regard d’aigle américain vers d’autres cieux plus noirs que ceux des jeux vidéo, et ne tentez pas avec mon pays une course à la puissance fiscale, vous êtes certain de perdre. Et nous, d’y perdre.