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Allemagne : des subventions pour les jeux vidéo… enfin, ceux qui restent

Lu sur le toujours bien informé Stigma-Videospiele.de : le gouvernement bavarois a décidé de soutenir financièrement les jeux vidéo, en donnant la possibilité aux développeurs et éditeurs de demander des sous au FFF. Non, il ne s’agit ni de la fédération française de football, ni de l’organisation Fuck For Forest, mais du Film Fernseh Fond, l’organisme bavarois qui s’occupe des subventions pour le cinéma, la télévision, et désormais, les jeux vidéo, à hauteur de 470 000 euros par an.

Une bonne nouvelle ? Voire ! Tout d’abord, il s’agit certes de 470 000 euros par an, mais à répartir parmi tous les jeux éligibles, ce qui risque d’être un peu léger à l’arrivée. Mais bon, c’est toujours ça de pris.

Ce qui est préoccupant, en revanche, c’est de savoir à qui ces subventions seront réservées. Les directives fournies sur le site du FFF sont sans équivoque : seuls les jeux « non-violents » pourront avoir une chance d’être éligibles. Sont automatiquement exclus les jeux qui « violent le sens moral » et ceux qui seront classés pour les 18 ans et plus. En même temps, il ne risque plus d’en rester beaucoup, vu la chasse aux sorcières que subissent les « killerspiele » dans ce pays (cliquez sur le tag « Allemagne » en dessous du titre pour lire les news précédentes à ce sujet).

En réalité, cette initiative n’est pas surprenante. Elle s’inscrit dans une stratégie cohérente, adoptée depuis quelque temps par de nombreux politiques allemands (mais aussi autrichiens et suisses) afin d’éradiquer la violence des jeux vidéo sans s’attirer les foudres de leur industrie.

Par le passé, quand une polémique éclatait (épilepsie, Mortal Kombat, Familles de France, Columbine…), nombreux étaient les détracteurs de la violence des jeux vidéo qui généralisaient leur critique à l’ensemble du média et de son industrie. Il est vrai qu’à l’époque, il était de bon ton de dénigrer le jeu vidéo en tant que tel, et on ne risquait rien à se mettre à dos ceux qui le pratiquaient ou ceux qui en vivaient, puisqu’ils n’avaient aucun poids.

Depuis, les choses ont un peu changé. Suffisamment, en tout cas, pour que ceux qui critiquent les « jeux violents » se sentent obligés d’expliquer que cette critique ne vise pas tous les jeux vidéo. Les plus appliqués d’entre eux vont même jusqu’à faire la promotion des « bons jeux », ce qui leur permet de taper d’autant plus fort sur les « mauvais ». C’est la politique bien connue de la carotte et du bâton. Pour en revenir à la Bavière, l’ex-ministre de l’intérieur Günther Beckstein, ainsi que son successeur Joachim Herrmann, n’ont eu de cesse de vouloir interdire totalement les « killerspiele », assimilés à de la pédo-pornographie, tout en chantant les louanges des jeux vidéo, et en appelant de leurs voeux à une cérémonie de récompense des jeux vidéo les plus méritants. Celle-ci a d’ailleurs eu lieu en début d’année, il s’agissait de la Deutscher Computerspielpreis, dont étaient naturellement exclus les jeux réservés aux 18 ans et plus.

Alors certes, les détracteurs des « killerspiele » ont toujours une possibilité de voir les « jeux violents » complètement prohibés sur le plan législatif. Mais ce serait tellement mieux pour eux si ils pouvaient convaincre les éditeurs et les développeurs de prendre d’eux-mêmes la décision de s’en débarrasser.