"Ce poster inaugure l'appel de l'AAW : "Les familles contre les killerspiele".
Le samedi 17 octobre, une grande poubelle sera placée en face de l'Opéra de Stuttgart. Sont collectés : les jeux vidéo qui simulent le meurtre d'êtres humains !
Pendant cette collecte, qui aura lieu de 10 heures à 19 heures, une lotterie sera également organisée. Chaque personne ayant jeté [ses "killerspiele" à la poubelle] pourra y participer. Le premier prix est un pull de l'équipe nationale de football sur lequel les joueurs ont mis leurs signatures. Ce pull dédicacé fait suite à la qualification de l'Allemagne le week-end dernier pour la Coupe du Monde en Afrique du Sud."
De la part de l'AAW, cette initiative n'a rien de nouveau, puisqu'ils ont réclamé à plusieurs reprises l'interdiction des "killerspiele". D'ailleurs, la "collecte de jeux violents" en elle-même n'a rien de nouveau non plus. Parmi les actions similaires, on peut citer les "collectes de jouets guerriers" au Québec, qui consistent non plus à les jeter à la poubelle, mais à les mettre les uns sur les autres afin d'ériger une "sculpture pour la paix". Ou la proposition faite par Jack Thompson à une école du Michigan, qui consistait à payer les élèves pour qu'ils remettent leurs "jeux violents" afin que ceux-ci soient détruits.
Même l'utilisation, pointée par GamePolitics, d'une image en rapport avec le rejet du nazisme sur le poster de l'AAW (la croix gammée a juste été remplacée par un CD) ne devrait pas trop surprendre, quand on sait qu'en Allemagne, les "joueurs de killerspiele" sont de plus en plus assimilés à des extrémistes. Dans un projet de loi de 2006, outre une peine de prison allant jusqu'à 10 ans pour les "producteurs de killerspiele", il était question de punir les consommateurs d'une amende de 25000 euros assortie d'un suivi psychologique obligatoire auquel doivent déjà se plier les hooligans. Le journaliste Rainer Fromm, célèbre auprès des joueurs pour ses reportages à charge et sans nuance contre les "killerspiele", a naturellement fait le rapprochement entre ses opposants les plus virulents et les militants d'extrême-droite sur lesquels il avait enquêté (c'est même le sujet de prédilection de ses reportages). Et dans une étude récente, consacrée justement à la réaction des "joueurs de killerspiele" face aux reportages de Fromm, les plus belliqueux d'entre eux étaient explicitement rangés dans la catégorie des "mondes extrêmes", à côté des skinheads et des fanatiques religieux (toutefois, après avoir personnellement contacté l'auteur de cette étude, il semblerait qu'il soit beaucoup plus mesuré sur la "communauté des joueurs" dans son ensemble).
Quant aux mauvaises langues qui pourraient arguer que les termes de l'échange ne sont pas très équitables (d'un côté, plein de jeux, de l'autre, au mieux, un pull dédicacé), ou pire, qu'on troque une violence (celle des jeux) contre une autre (celle, réelle, des stades), elles ne devraient pas trop la ramener. D'une part, les nationalistes russes nous enseignent depuis longtemps "qu'une paire de bottes vaut Shakespeare", puisque contrairement à un livre, les bottes protègent du froid. De même, un pull sera plus efficace pour vous réchauffer que de simples jeux, surtout en ces temps où la température commence à chuter. D'autre part, cela fait déjà un certain temps que la violence dans les stades est attribuée en partie aux killerspiele (eh oui, les hooligans sont supposés y avoir joué quand ils étaient enfants, alors du coup...).
En guise de post-scriptum, s'il vous reste encore assez de volonté, je me permets un peu de publicité pour le blog qui m'héberge en vous invitant à lire un petit panorama de la presse allemande sur le sujet des "killerspiele", publié à l'origine sur Stigma-Videospiele et traduit en français par un collègue, allemand d'origine. Notez qu'il ne s'agit là que de la presse écrite. Pour la télévision et la classe politique, il faudra attendre un peu.
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