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Allemagne : Une bonne nouvelle, pour changer ?

Incroyable mais vrai : il se pourrait qu’une de mes news relatives à la situation du jeu vidéo en Allemagne ait de quoi vous réjouir. Ou, à défaut, de vous rassurer. Explications :

Lors des élections législatives de 2005 qui avait porté Angela Merkel à la chancellerie, la « coalition rouge et noire » formée par le SPD (socialistes) et la CDU-CSU (droite) avait inclus dans son programme commun l’interdiction des « killerspiele ». Quatre ans plus tard, Angela Merkel est toujours chancelière, mais la coalition au pouvoir est désormais « jaune et noire ». En effet, le SPD ayant pris une râclée, ce sera le FDP (libéral) qui gouvernera avec la CDU-CSU.

En soi, c’était plutôt un bon signe (notez que là, je ne parle que de jeux vidéo, pas de politique en général), puisque le FDP était l’un des rares partis à se prononcer explicitement contre une interdiction des « killerspiele ». Et à ma connaissance, aucun de ses membres ne s’était compromis dans une action en contradiction avec cette position. On ne pouvait pas en dire autant de certains élus SPD, verts ou ex-communistes, qui ont milité, soit pour l’Appel de Cologne, soit contre l’organisation d’une LAN-Party ou d’un tournoi d’eSports.

Cela dit, « la » vraie bonne nouvelle dont je veux vous parler ici concerne le contenu du nouveau programme commun élaboré par la nouvelle coalition : en effet, l’appel à l’interdiction des « killerspiele » n’y apparaît plus. A la place, les jeux vidéo sont acceptés comme « une partie intégrante de notre culture quotidienne », ce qui implique la promotion des « bons » jeux, c’est-à-dire ceux qui non seulement sont de bonne qualité, mais qui en plus ont une certaine valeur culturelle et éducative. Le fer de lance de cette promotion doit être la cérémonie annuelle des Deutsche Computerspielpreis, qui cette année avait élu Drakensang « meilleur jeu allemand » (ce qui représente une récompense de 600 000 euros).

Bon, si je voulais absolument jouer les pisse-froid, je rappellerais que les jeux classés « 18 ans et plus » ont été explicitement exclus de cette cérémonie. Je rappellerais aussi, et surtout, que parmi ceux qui ont oeuvré pour son organisation, on trouve des adversaires acharnés des « killerspiele » tels que Günther Beckstein, Joachim Herrmann et le psychologue Helmut Lukesch (par ailleurs membre du jury). Lesquels peuvent se servir des Deutsche Computerspielpreis pour convaincre le public qu’ils adôôôôrent les jeux vidéo, même si certains d’entre eux doivent être interdits pour le bien de tous. Lukesch, déjà cité en ces lieux, est d’ailleurs très explicite sur ce point : « Il est temps pour l’industrie du jeu informatique de se séparer de ces jeux agressifs et de ne plus diffuser cette merde méprisant l’être humain ».

Malgré tout, je pense qu’on peut se réjouir du fait que l’interdiction des « killerspiele » ne soit plus au programme du gouvernement actuel. Cela n’empêchera pas les initiatives malheureuses de se propager au niveau local, mais ça fait du bien de savoir qu’au niveau national, la classe politique préfère désormais la carotte au bâton. C’est toujours ça de pris.