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ACTUALITÉ > Jurigeek > Hadopi 2 : Une pilule rouge pour tout comprendre - La suite de la suite

Hadopi 2 : Une pilule rouge pour tout comprendre - La suite de la suite
10 novembre 2009

Ding ding Poët poët, nous voilà de retour sur GMB Legal Cuisine Channel, toujours en compagnie de Docteur Mitteux et Mister Rance qui, après nous avoir exposé les ingrédients nécessaires à la réussite d'un bon Hadopi Banane va nous éclairer sur d'autres aspects de la recette.

Peut-on servir un accompagnement avec l'Hadopi Banane ?
Ah, mais, et comment ! Avec un Hadopi Banane, l'homme de goût servira des Dadvsi patates. Pour ceux qui ne connaîtraient pas bien, il faut choisir de bonnes patates, celles de l'expression, "je t'ai bien eue, espèce de grosse patate". Et en effet, la loi DADVSI, que l'on retrouve dans le Code de la propriété intellectuelle (principalement aux articles L.335-1 à L 335-10), punit depuis le 1er août 2006 tout piratage de 300.000 € d'amende et de 3 ans de prison. Et là, comme Louis de Funes dans l'aile ou la cuisse, vous vous dites que c'est impossible d'avaler tout ça, les boutons commencent à vous pousser partout et vous avez envie de vomir. Pourtant, Mister Rance nous affirme que vous vous trompez : c'est très digeste ; les Dadvsi patates vont très bien avec l'Hadopi banane. Enfin, ça dépend de qui doit passer à table !

a) Oui, on peut servir un accompagnement à l'Hadopi Banane aux contrefacteurs
La loi DADVSI, avec ses méchantes peines, n'était appliquée jusqu'alors que devant le Tribunal correctionnel, selon la procédure judiciaire classique, c'est à dire en présence du prévenu et de son avocat qui avait le temps de développer de solides moyens de défense.
Mais les lois Hadopi & Hadopi 2 changent cette donne: Rappelez-vous que Hadopi 2 a ajouté un article L.335-7 du Code de la propriété intellectuelle qui dispose que : "Lorsque l'infraction est commise au moyen d'un service de communication au public en ligne [donc par internet] les personnes coupables des infractions prévues aux articles L.335-2, L.335-3 et L.335-4 du code de la propriété intellectuelle [c'est à dire le piratage] peuvent en outre être condamnées à la peine complémentaire de suspension de l'accès à un service de communication au public en ligne pour une durée maximale d'un an, assortie de l'interdiction de souscrire pendant la même période un autre contrat portant sur un service de même nature auprès de tout opérateur."

Donc, le "en outre" confirme que les deux types de peines, celles de la DADVSI et la coupure de l'Hadopi se marient à merveille. On peut donc cumuler toutes ces sanctions. Mais, attendez, il y a mieux !

Hadopi 2 a également ajouté un article 495-6-1  au Code de procédure pénale qui dispose que : "Les délits prévus aux articles L.335-2, L.335-3 et L.335-4 du code de la propriété intellectuelle [c'est à dire le piratage], lorsqu'ils sont commis au moyen d'un service de communication au public en ligne [c'est à dire par internet], peuvent également faire l'objet de la procédure simplifiée de l'ordonnance pénale".

Donc, aujourd'hui, la loi DADVSI, avec ses très lourdes peines, peut être appliquée dans le cadre d'une ordonnance pénale. La procédure pénale simplifiée permettra donc et de couper la ligne et de condamner l'internaute contrefacteur à des amendes. Imaginons, maintenant, que les ayants droit puissent finalement se porter partie civile, s'ajoutera donc également une condamnation à leur payer des dommages et intérêts !

Bon appétit !

Ceci dit, pour ne pas non plus faire un plat trop calorique, le Docteur Mitteux veut vous rassurer. Le recours à l'ordonnance pénale ne permet pas au juge de prononcer une peine de prison :ainsi, l'article 495-1 du Code de procédure pénale détaille le fonctionnement de l'ordonnance pénale comme suit : "Le ministère public qui choisit la procédure simplifiée communique au Président du Tribunal le dossier de la poursuite et ses réquisitions.
Le Président statue sans débat préalable par une ordonnance pénale portant relaxe ou condamnation à une amende ainsi que, le cas échéant, à une ou plusieurs des peines complémentaires encourues, ces peines pouvant être prononcées à titre de peine principale. [Je vous rappelle ici que la coupure est une peine complémentaire. Vous voyez donc que le juge n'est pas obligé de prononcer une amende (la peine principale) plus une peine complémentaire. Il peut ne prononcer que la peine complémentaire  [savoir la coupure.]

S'il estime qu'un débat contradictoire est utile ou qu'une peine d'emprisonnement devrait être prononcée, le juge renvoie le dossier au Ministère public."

Donc pas de risque de prison sauf si, bien évidemment, l'internaute conteste dans le délai de 45 jours l'ordonnance. Car, dans ce cas, il se retrouverait devant le Tribunal correctionnel selon la procédure classique, et là il risquerait gros. D'ailleurs, le gouvernement n'a pas caché son intention d'inciter la justice à être plus sévère, du moins en ce qui concerne le montant de l'amende, si l'internaute conteste l'ordonnance à tort.

b) Non, pas d'accompagnement pour le titulaire de la ligne coupable de négligence caractérisée.

En effet, ce dernier ne risque pas d'avaler une Dadvsi patate. Et pour cause, puisque, par hypothèse, nous n'avons pas affaire à un contrefacteur, mais à quelqu'un qui n'a pas sécurisé sa ligne. L'article L.335-7-1 du Code de la propriété intellectuelle nous le confirme : il ne risque qu'un mois de coupure et 1.500 € d'amendes (contravention de cinquième classe).

Et maintenant, voyons si nous pouvons servir cette recette à tout le monde.

L'Hadopi Banane et son accompagnement est servi à toutes les personnes, mêmes morales

C'est ça qui est beau avec la nourriture française : tout le monde a vocation à l'apprécier. Alors, disons-le tout de suite, oui, bien évidemment, les personnes morales aussi vont goûter à l'Hadopi Banane. La loi Hadopi 2 introduit un article L.335-8 dans le Code de la propriété intellectuelle qui nous explique que "Les personnes morales déclarées responsables pénalement des infractions définies aux articles L 335-2 à L.335-4-2 (c'est à dire le piratage) encourent, outre l'amende suivant les modalités prévues par l'article 131-38 du Code pénal [Le taux maximum de l'amende applicable aux personnes morales est égal au quintuple de celui prévu pour les personnes physiques par la loi qui réprime l'infraction],  les peines prévues par l'article 131-39 du même code.".

Et là, j'aime autant vous le dire ça ne rigole pas. L'article 131-39 évoque la dissolution, si le délit es puni, en ce qui concerne les personnes physiques, d'une peine d'emprisonnement supérieure ou égale à trois ans, (ce qui est le cas de la DAVSI, je vous le rappelle), mais à la condition quand même que cette personne morale ait été détournée de son objet pour commettre les faits incriminés. Cela signifie qu'il faudrait que l'entreprise ne serve plus qu'à pirater, ce qui semble une hypothèse peu probable.On peut donc considérer que cette sanction ne tombera pas souvent.

Mais le 131-39 évoque aussi l'interdiction, à titre définitif ou pour une durée de cinq ans au plus, d'exercer directement ou indirectement une ou plusieurs activités professionnelles ou sociales qui ont servi à l'infraction, et également le placement, pour une durée de cinq ans au plus, sous surveillance judiciaire ou, encore, la fermeture définitive ou pour une durée de cinq ans au plus des établissements ou de l'un ou de plusieurs des établissements de l'entreprise ayant servi à commettre les faits incriminés.

Maintenant, il faut garder tête froide. Le gros des piratages commis sur la ligne d'une entreprise sera plutôt du fait de salariés que du chef d'entreprise lui-même. Du coup, l'entreprise sera peut être simplement coupable de "négligence caractérisée" et ne risquera que l'amende et un mois de coupure de son accès à internet. Ce qui, cependant, pourrait s'avérer fatal selon l'activité économique de l'entreprise considérée.

Alors, chers téléspectateurs, le Hadopi Bananes, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi ça me donne un peu la gerbe. Quoiqu'il en soit,c'est un plat qui va être servi à tous les internautes de France, alors, on dit merci qui ?

 



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vignete
23
11
2009
Yank31 / 10H39
Oui comme tu dis une loi peut être soit inappliquée parce que le cas ne s'est jamais présenté, soit inapplicable. Inapplicable supposerait qu'elle soit très mal rédigée, ou contraire à un principe de droit international ou de droit communautaire. La seule loi que je connaisse qui était inapplicable était celle instaurant le CPE : elle s'est révelée contraire à une convention internationale de l'OIT, et c'est sur ce fondement que les tribunaux ont refusé de l'appliquer (en requalifiant les contrats CPE en CDI, donc en faisant comme si la loi n'existait pas). Elle a ensuite été abrogée, si je ne m'abuse. Une loi inapplicable parce que trop mal rédigée, je n'en connais pas. D'ailleurs c'est pas réellement possible puisque les juges ont l'obligation d'interpréter la loi (art. 4 du code civil) si elle n'est pas claire. Ce qu'ils ne se privent pas de faire et ce qui donne naissance à la Jurisprudence.
sep_news
Grand_Maître_B / 11H18
Yank31En fait Saya ta question est très bonne et j'y ai mal répondu... Le fichier numérique encodé en MP3 qui encapsule une oeuvre musicale est son support immatériel. Le disque dur ou la clef USB ou autres sont le support matériel de ce fichier. La définition légale de la reproduction s'applique à la contrefaçon numérique (et au streaming) puisque la copie d'un fichier immatériel qu'est le MP3, AVI, etc, implique sa fixation matérielle (fût-elle temporaire, peu importe) depuis les serveurs sur son propre disque dur. Il y a donc bien fixation matérielle à un moment donné. Je l'ai dans le baba.
Voilà: Il y a toujours fixation matérielle quand on copie un fichier. De toutes les façons, comme je le rappelais dans le post précédent, L335-3 du Code de la Propriété Intellectuelle : « Est également un délit de contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d’une œuvre de l’esprit en violation des droits de l’auteur, tels qu’ils sont définis et réglementés par la loi. Est également un délit de contrefaçon la violation de l’un des droits de l’auteur d’un logiciel définis à l’article L. 122-6. » Le "par quelque moyen que ce soit" couvre le matériel, l'immatériel et Dieu seul sait quoi d'autres.
ReizzEst-ce déjà arrivé qu'une loi soit eu final inapplicable car aucun juge n'a réussi à trancher un fait comme étant indubitablement une infraction à cette loi ? J'imagine qu'il doit y avoir un sacré paquet de loi qui n'ont jamais servi dans un tribunal mais des lois qui sont invoquées mais jamais concrétisées dans le verdict ça existe ?
Mmmm...Ta question n'est pas facile à cerner. Il arrive tout le temps qu'un fait ne soit pas une violation d'une loi. Regarde l'exemple du jugement dont a parlé avec les photographies pédophiles: consulter les photos n'est pas un fait constitutif de l'infraction de 227-23 alinéa 4 du Code pénal. Egalement, il existe des lois qui ne sont jamais invoquées dans les Tribunaux. Ou qui sont tellement peu invoquées qu'on les considère lettres mortes. Mais une loi souvent invoquée et jamais appliquée ? Non, je ne crois pas que cela soit jamais arrivé.
sep_news
vignete
25
11
2009
Yank31 / 06H54
Pour ceux qui ne l'auraient pas vu, PcINpact se fait l'écho d'un reportage diffusé dans le cadre de l'émission Envoyé spécial, sur la loi HADOPI. Le reportage, coupé en trois segments, est visible depuis leur news à cette adresse. L'approche est plus sociale que juridique (j'ai particulièrement apprécié la technicité de l'intervention de Me ROMAN), mais le reportage dresse quand même un tableau assez complet de la situation actuelle. Note perso, j'aurai bien aimé voir le gus de la fin défendre sa vision du "droit à l'accès à la culture" en face de la rockeuse de 27 ans, à mon avis il se serait mangé deux ou trois palettes à travers la gueule. Ironie finale, je ne suis pas persuadé que la mise en ligne de ce reportage sur daily motion ait été faite avec l'autorisation des producteurs d'Envoyé spécial... Edit : très bon d'ailleurs, le son de la rockeuse :w00t:
sep_news
shivu / 12H35
Je viens de lire que les députés avaient enfin voté la loi conférant la possibilité pour un justiciable de contester la constitutionnalité d'une loi au cours d'un procès. Cela risque d'être intéressant si cela est appliqué pour Hadopi si les avocats sont ingénieux.
sep_news
Ithilsul / 12H55
shivuJe viens de lire que les députés avaient enfin voté la loi conférant la possibilité pour un justiciable de contester la constitutionnalité d'une loi au cours d'un procès. Cela risque d'être intéressant si cela est appliqué pour Hadopi si les avocats sont ingénieux.
Ça pourrait être pas mal, mais ça me paraît un peu gros... Ça revient à mettre en cause la compétence du CC (et pas seulement par rapport à Hadopi). Et puis, il y a de nombreux filtres :
Le texte de loi prévoit que désormais tout justiciable puisse saisir indirectement les Sages au cours d'un procès (sauf en cour d'assises), via la juridiction de première instance ou d'appel. Cette juridiction, si elle juge la saisine recevable, la transmet ensuite à l'instance suprême dont elle relève (Conseil d'Etat ou Cour de cassation), qui décide en dernier ressort d'en appeler ou non au Conseil constitutionnel.
Source.
sep_news
SAYA / 14H10
Oh le joyeux méli mélo qui se dessine http://www.silicon.fr/fr/news/2009/11/25/la_directive_paquet_telecom_ii_est_enfin_adoptee Notamment :
C'est notamment le cas du droit d'accès Internet. La nouvelle directive prévoit que la coupure d'accès Internet d'un internaute ne pourra être instaurée qu'au terme d'une procédure judiciaire où les droits de l'intéressé devront être respectés et la présomption d'innocence appliquée.
sep_news
shivu / 14H34
IthilsulÇa pourrait être pas mal, mais ça me paraît un peu gros... Ça revient à mettre en cause la compétence du CC (et pas seulement par rapport à Hadopi). Et puis, il y a de nombreux filtres : Source.
Ce n'est pas remettre en cause la compétence du CC qui reste seul interprète en dernier lieu (comme tu le soulignes). Ensuite, par rapport à Hadopi, est-ce que tout a été dit par le CC sur la loi ? au regard de l'évolution du droit et de la société dans le temps (par exemple, le problème pour l'allocation de trimestres de retraite aux pères de familles qui n'en bénéficiaient pas et qui a été jugé contraire au principe d'égalité entre hommes et femmes), on peut envisager que l'application et l'inteprétation de cette loi évoluera certainement eu égard aux évolutions techniques. La question que je me pose est comment le CC peut mettre sur le même plan liberté d'expression et propriété intellectuelle. La propriété intellectuelle, à la différence de la propriété corporelle, est limitée dans le temps. Elles ne peuvent, selon moi, être placées au même niveau (mais c'est un autre sujet).
sep_news
chaosdémon / 19H38
"Je viens de lire que les députés avaient enfin voté la loi conférant la possibilité pour un justiciable de contester la constitutionnalité d'une loi au cours d'un procès. Cela risque d'être intéressant si cela est appliqué pour Hadopi si les avocats sont ingénieux." Ca ne marche que pour les lois non controlées par le CC avant la promulgation ,je crois.Donc ca risque de ne pas marcher.
sep_news
vignete
26
11
2009
Monsieur Cacao / 08H03
http://www.numerama.com/magazine/14575-loppsi-le-filtrage-du-net-sera-examine-fin-janvier-2010.html Hadopi c'est fait, passons aux choses sérieuses.
elon Brice Hortefeux, "internet est aussi devenu un vrai lieu de danger", où se cotoient "escroqueries, faux e-mail, vols de numéros de cartes bancaires, trafics de stupéfiants, apologie du racisme, pédopornographie et, dans un certain nombre de cas, terrorisme".
Putain, internet c'est comme la vie réelle en fait, pas un paradis avec des lutins qui chantent et des chamignons géants.Désillusion...
sep_news
Neo_13 / 08H47
Pour mémoire, il y a BEAUCOUP plus de vol de CB IRL que de vol de num sur le net.
sep_news

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