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Canard BD feat. Nono : De Capes et de Crocs

Comme je suis un grand feignant absolument débordé par le boulot et que je crains les points, j’accède au désir de Nono le petit modo : je publie pour lui sa chronique de cette série dont j’entends tant de bien. Oui je ne l’ai pas lu donc si vous connaissez une excroissance larfeuillesque dont vous souhaitez vous débarrasser, pensez à moi. Je laisse la parole à Nono. Et rappelez vous avant de le contredire : lui peut coller des bans.

 

Il serait idiot de présenter Alain Ayrolles au Canard bédévore, tant celui-ci a déjà eu l’occasion de se pencher sur son travail. En tant qu’illettré qualifié, je suis donc prédestiné pour cette tâche.

Alain Ayrolles donc, s’est aménagé une place de choix dans le rang des scénaristes de BD avec seulement deux séries depuis 1995. Pour la première, Garulfo, il s’associe avec Bruno Maïonara au dessin, pour revisiter les contes de Grimm et de Perrault d’un oeil malicieux et délicieusement décomplexé. Pour De Capes et de Crocs, Ayrolles et le dessinateur Masbou s’intéressent de près au théatre. Les possibilités de mises en situation sont plus nombreuses, les références plus riches, bref, les auteurs vont se donner beaucoup de plaisir à faire voyager leurs héros bien au delà de l’unité de lieu.

S’inspirant jusqu’à présent de la comedia dell’arte, le tome 8 a vu la série prendre un tournant plus marqué vers la tragédie, donnant lieu à un cliffhanger absolument affreux qui aura consummé deux années de mon existence. Deux ans de quelque chose de moins que la solitude, où maintes fois je fus tenté de perdre le sens de la vie aidé par des philosophes (lie de la société). Avec le bien nommé «Revers de fortune», la série va donc retrouver tout son panache, puisque c’est le maître mot de ce nouvel acte. D’une prose moins élégante que le précedent, à l’époque introduit par une joute verbale qui fera date dans l’univers des bulles, l’acte IX ne cessera pourtant d’enchainer références théatrales et jeux de langue. Chaque bulle met en scène un clin d’oeil appuyé, ou parfois simplement un papillonnement de paupière. Pour cela, on retrouve tout le bestiaire de la série, à commencer par la tribu des mimes un peu mise à l’écart dans ce monde de lettres. Les instrument de musique sauvages y sont plus menaçants que jamais, et nos héros animaux se balladent toujours tout naturellement parmi les humains (La Fontaine n’est pas loin). Pour associer le geste à la parole, le dessin se charge avec talent de faire vibrer notre oeil et d’évoquer nos sens, toujours au service de nos zygomatiques. Les détails y sont d’ailleurs nombreux, offrant ainsi de bonnes possibilités de relecture.

« Revers de fortune » vous permettra ainsi de bien utiliser la votre. Vous l’avez compris, en matière de jeux de mots, De Capes et de Crocs nous offre avec cet acte ce qu’il fait de mieux, et moi ce que je fais de pire.