Parlez en à un habitant d'un quartier chic parisien (appelons le Lionel), engoncé dans son fauteuil-club, occupé à fumer son Cohiba et il vous répondra "pff, jamais je ne m'aventurerai dans cette Zone de non-droit et de vulgarité qu'est la province".
Déplacez vous dans un rade pourri bouffé par le soleil et la poussière sur la route de Carson City, Nevada. Payez une bière à un vieux crado à cheveux longs, lunettes rondes et T-Shirt pourrave floqué d'un I Want to Believe et y a 100% de chances pour qu'il vous glose d'UFO et de complots politico-militaires pour cacher au public ce qui se trame dans la Zone 51.
Rencontrez un type à la dégaine identique mais avec 20 ans de moins dans une LAN quelconque et il va sûrement vous parler de boulons (voire de Boulon), d'anomalies, de psychosangsues et de Becquerels tant S.T.A.L.K.E.R l'a marqué.
C'est vers cette dernière acception que la nouvelle série d'Eric Stalner tend. Du post-apo donc, qui semble revenir en force ces derniers temps. Mais du post-apo différent, bien loin de l'Ukraine ou des déserts de L'Etoile du Chagrin ou de Havre, très falloutiens. Bizarrement, Stalner a choisi de placer son action dans le Nord de l'Angleterre de 2067, presque 50 ans après le Cataclysme qui a rayé 95% de la population de la carte. La "reconstruction" a déjà eu lieu, la campagne est verte, on circule à cheval et on se fringue comme des gentlemen. Etonnant mais après tout, pourquoi pas, même si le style très XIX°, à la limite du steampunk, ne fait vraiment pas post-apo. Pas plus que le héros, Lawrence, répudié par les villageois car il sait lire et conserve une bibliothèque à faire pâlir Démétrios de Phalère, ce qui ne peut que (r)amener le progrès et donc la ruine de l'humanité. Et Lawrence va être obligé de quitter sa retraite, bien malgré lui, pour retourner dans la Zone...
Voilà pour l'idée de départ, avec un cadre assez original pour du post-apo. Le scénar est plus classique, digne d'un tome d'exposition : présentation du héros, mise en danger, aventures & péripéties et petit cliffhanger. Le monde se dévoile petit à petit, c'est bien rôdé, la mécanique du récit est fluide, alternance de scènes d'actions et de moments plus contemplatifs, intimistes, dévoilant le passé de ce brave Lawrence. Pour être honnête, les révélations s'accumulent un peu dans les dernières pages, ce qui donne envie de lire très vite le tome 2 mais apparaît quand même un peu artificiel.
Au niveau du dessin, c'est du solide et du classique, très lisible, avec des décors assez grandioses qui profitent bien des nombreuses grandes cases voire planches. Les mouvements sont bien rendus, tout comme les intempéries plutôt fréquentes : bah oui, ça a beau être une fiction, ça se passe en Angleterre donc il pleut. Niveau couleurs, on est bien loin des ocres et autres couleurs chaudes communes au genre. Ça sera plutôt du vert et du gris, dans des tons légers, presque pastels, très adaptées au trait.
Bref un tome 1 solide, du chouette travail d'artisan,qui augure d'une série prometteuse.
10 planches par ici. (Choppez un coin puis tournez les pages. Ça paraît con dit comme ça, mais j'ai mis un petit moment à comprendre.)
Et la bande-annonce animée.
La Zone T1 Sentinelles, Eric Stalner, Glénat, 56 pages, 13€, dispo.
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