Après Long John Silver, on reste dans les histoires de marin mais dans un tout autre genre. Là où Long John était féroce et sanguinaire dans un XVIII° siècle pourri, Théodore Poussin n'est qu'un élève-commissaire au port de Dunkerque rêvant de l'Orient et de ses villes aux noms évocateurs d'évasion : Hanoi, Shang-Hai, Singapour. Quelle surprise quand il apprend en ce matin de décembre 1927 qu'il va enfin accéder à son rêve et quitter le giron familial ! Evidemment, tout ne va pas se dérouler comme prévu, loin de là, et Théodore va devoir se colter à son destin peu banal en allant chercher la tombe présumée de son oncle le Capitaine Steene dans les cimetières animmistes de Hanoi, échapper au pirate George Town voulant faire de lui son hagiographe ou se dépêtrer d'une affaire de trafic de perles.
Et pourtant, Théodore n'est pas un héros, du moins pas dans le premier tome de ses aventures, lui qui se laisse bringuebaler tel un pantin désarticulé, manié par les droits retors de son Destin, qui pourrait bien s'incarner en Mr Novembre, inquiétant personnage jamais très loin du pauvre piou-piou. Dans les tomes suivants, il semble accepter un peu plus la fatalité qui pèses sur lui et l'empêche de rejoindre Dunkerque (ce qui n'est pas plus mal, faut pas déconner). Il grandit, mûrit et se transforme, tant sur le plan psychologique qu'au niveau de son dessin.
Frank Le Gall a commencé à dessiner les aventures de Poussin dans les pages du magazine Spirou en 1984 (grande année), avec un style mi gros nez à la Franquin mi ligne claire à la Hergé, faisant de Poussin un grand échalas. Au fur et à mesure des pages, Poussin s'arrondit de plus en plus pour finalement n'être plus qu'un visage rond avec un gros nez, évoluant dans ce monde fantastiquement classe des années 30 : chapeaux, les colons Britanniques sanglés dans leurs costumes d'officiers, paquebots et jonques, le tout dessiné avec l'élégance de la ligne claire. Chaland n'est pas loin. On retrouve l'ambiance des vieux Indiana Jones avec ce monde en changement, sur le point de basculer dans la modernité, c'est un bonheur. Et le dessin de Le Gall, s'épanouissant, propose de belles et grandes cases sur le port de Batavia (l'actuelle Jakarta), une scène de brisage non brisure nan brisation de blocus de nuit mémorable ainsi qu'une scène de tempête absolument magnifique. Un régal pour les yeux.
En résumé, l'Aventure avec un grand A. Le Gall, c'est du bon goût. Oups, y a fallu qu'elle m'échappe à la dernière ligne celle là.
Théodore Poussin, Frank Le Gall, série en 12 tomes chez Dupuis. Intégrale T1 comprenant les 4 premiers tomes et 36 pages de dossier avec interviews, planches abandonnées et croquis, 240 pages pour 24€.
Et s'il est possible de contribuer à ce bel élan, il y a aussi pour ceux qui, à l'approche des chaleurs estivales, ne crachent pas sur une bouffée d'air pur, Cosey/Jonathan, dans un style épuré, léger dans la forme mais jamais dans le fond, certes pas comique mais vraiment reposant.
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