Dans le coin gauche du ring, nous avons donc No Hero. Petit gabarit puisqu'il s'agit d'une mini-série en 8 fascicules, rassemblés en un seul volume pour l'édition française. 192 pages donc mais avec du costaud dedans. Du très costaud même : Ellis s'appuie sur le dessin hyper-détaillé de Juan José Ryp pour montrer ce qu'il coûte de devenir un héros quand on veut rejoindre la Front Line, l'association de super-héros sauvant le monde entier depuis son apparition dans les années 60. Drogue, dérive politique, cynisme et ultra-violence (mais vraiment hein, y a certaines pages qui sont très très gore) sont au programme. Avec une petite touche de réflexion sur le super-héroïsme aussi et quelques clins d'oeil aux Grands Noms du comics. Toutefois l'ingrédient principal reste l'hémoglobine. A l'hectolitre mais avec chaque goutte dessinée, Ryp se rapprochant d'un Geoff Darrow (Big Guy avec Frank "Sin City" Miller) dans le goût du détail et de l'hyper-réalisme.
Dans le coin droit, Freakangels. Poids lourd et poids plume à la fois. Il doit sa dichotomie à son format bâtard : prévu comme un webcomic de 6 pages par semaine depuis le 15 Février 2008, 4 recueils physiques avec 144 pages du vrai papier sont déjà parus au Staytes et le premier vient d'arriver en France, traduit bien sûr. L'action se déroule dans un Londres post-cataclysmique, bien inondé et éclaté en quartiers se faisant la guerre pour survivre. Dans celui de Whitechapel vivent les Freakangels, 11 des 12 hommes et femmes nés au même moment 23 ans plus tôt, doués de pouvoirs télépathiques, de physiques semblables et de tares morales diverses : nymphomanie, misanthropie extrême, autisme, folie douce... Il se pourrait même que la fin du monde ait quelque lien avec eux... Ça rappelle un peu Umbrella Academy mais surtout Le Village des Damnés, le roman de John Wyndam plus connu grâce au film de John Carpenter. Dans les 144 pages de ce premier tome, Ellis nous présente tranquillement, en prenant son temps sans jamais être chiant, les personnages de sa fresque post-apo. Une fresque de Paul Duffield au graphisme épuré, très loin de celui de No Hero, tirant un peu sur le manga, mais avec des couleurs un peu pastel pas dégueulasses du tout. Une pointe de steampunk aussi dans le style, ce qui n'est pas déplaisant.
Au final, le match n'a pas vraiment lieu tant les deux oeuvres n'ont quasi rien à voir.
No Hero est court, rythmé, frénétique et outrancier dans son propos comme dans son dessin. C'est bourrin et c'est fait pour, avec une petite pointe de malice quand même, histoire de faire passer la pilule de l'ultra-violence gratuite.
Frakangels est plus posé, prend son temps pour présenter son monde et ses protagonistes, dévoilant quelques débuts de pistes très alléchantes. Les personnages sont très loin d'être des héros, ce en quoi il se rapproche de son "adversaire" mais aussi des autres productions d'Ellis j'imagine, et leur psychologie... alternative dirons nous, promet de chouettes moments.
No hero, Warren Ellis et Juan José Ryp, Milady Graphics, broché à rabats de 216 pages avec les bonus, 14.90€ - Preview de 9 pages chez BDGest'
Freakangels, Warren Ellis et Paul Duffield, Le Lombard, cartonné de 146 pages, 14€95
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