Depuis la commémoration de la tuerie de Winnenden et l'hystérie qui l'a parfois accompagnée, les nouvelles en provenance d'Allemagne n'ont pas été folichonnes. Certes, suite à une pétition rassemblant 73 000 personnes opposées à l'interdiction des "killerspiele", le gouvernement avait finalement décidé qu'aucune action ne serait entreprise contre eux, du moins pour l'instant. Mais les partisans d'une interdiction n'ont pas désarmé pour autant et ils l'ont fait savoir. Parmi eux, l'Aktionsbündnis Amoklauf Winnenden (AAW), l'association des parents des victimes de Winnenden, qui vient de déposer au Bundestag une pétition en faveur d'une "prohibition totale" et signée, elle, par 85 000 personnes. Ainsi que l'association Mediengewalt e.V., qui s'est jointe à la polémique autour de Modern Warfare 2 en le taxant de "fascisme virtuel" et en déplorant, étude à l'appui, qu'une majorité d'enfants et d'adolescents y jouent malgré la classification "pour adultes". Et même Josef Wilfling, célèbre détective ayant élucidé de nombreuses affaires criminelles, qui à l'occasion de la sortie de son livre de mémoires, a fustigé à la fois la présence de "killerspiele" sur le marché et la permissivité d'internet.
Cela dit, malgré leur persistence, nos anti-"killerspiele" n'ont fait que resservir la même soupe. Il manquait du piment, du croustillant, enfin, quelque chose qui fasse oublier son goût de réchauffé. Un truc bien dégueulasse. Comme par exemple le viol collectif entre adolescents allemands de 13 à 16 ans qui vient d'avoir lieu dans un camp de vacances de l'Île hollandaise d'Ameland.
Il n'est pas nécessaire de s'étendre sur les détails de ce viol en réunion. Ce qui est susceptible de nous intéresser, en revanche, c'est la réaction des politiques allemands, en particulier celle de Beate Merk, vice-présidente de la CSU et Ministre de la Justice de l'Etat de Bavière. En effet, celle-ci a sauté sur l'occasion pour fustiger non seulement le laxisme des libéraux du FDP (qui sont pourtant partenaires de la CDU-CSU dans le gouvernement de coalition), mais aussi la pornographie sur Internet et... oui, vous avez deviné, sinon je ne prendrais même pas la peine de vous en parler. Morceaux choisis:
"Les psychologues m'ont dit que de tels actes se produisent parce que maintenant, les gens peuvent avoir accès sur le Web à toutes les formes possibles de violence et de pornographie. (...) Malheureusement, il y a également des parents qui ne se sentent pas vraiment intéressés par les films ou les sites que leurs enfants regardent, ou les jeux vidéo auxquels ils jouent. (...) Quand un jeune s'exerce tous les jours à la violence devant son écran, il ne faut pas longtemps avant qu'un crime violent ne survienne ! Je pense donc qu'il faut interdire ces jeux, où le joueur se livre à des actes de violence cruelle et inhumaine contre des personnes. (...) Si vous regardez les conséquences que peut engendrer la consommation de vidéos violentes, la politique de laissez-faire du FDP à propos de la pédo-pornographie sur Internet est d'une grave négligence. (...) Si je tombe sur une page que je ne peux pas effacer, je ne peux pas me contenter de hausser les épaules et d'aller voir ailleurs. Je dois au moins pouvoir bloquer le site."
Tout ça pour dire que même si en France, on a des députés capables de déposer des projets de loi sur la "cyberaddiction" qui sont calqués sur des travaux d'élèves de CM2, on est encore très loin de la fameuse compétitivité allemande (même si, honnêteté oblige, je me dois de préciser que la presse, y compris généraliste, a sévèrement tâclé la Frau pour son accès de démagogie).
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