Cette chronique est extraite du numéro 223 de "Canard PC", paru le 15 novembre 2010. Retrouvez la rubrique "Au coin du jeu" dans chaque numéro, ou presque.
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Cette semaine, Facebook m'a demandé ma carte d'identité et je ne sais pas quoi en penser.
Je n'aime pas Facebook. Disons que c'est par principe : je ne vois pas du tout l'intérêt ni de m'exposer, ni d'aller voir ceux qui le font, je n'ai aucune confiance dans cette entreprise et je répugne donc fortement à y laisser quelque trace de moi que ce soit.
Pourtant, j'ai fini par m'y inscrire il y a quelques mois. Pourquoi ? J'ai simplement été rattrapé puis happé par l'incroyable énergie centrifuge que développe Facebook grâce à sa montée en puissance. Dinosaure, certes, mais aussi joueur, journaliste, curieux, il m'était devenu impossible d'y échapper : alors dans l'ordre, il fallait que je jette un œil sur ces fameux "social games" dont on me rebattait les oreilles ; il fallait que je voie de ma propre souris ce que cette chose changeait pour ma profession et tout simplement je voulais savoir ce qui attirait autant de gens.
Mon premier contact a été effrayant. Bien décidé à être aussi invisible que possible, je n'ai donné que les informations minimales indispensables lors de mon inscription. J'ai même probablement dû mentir une fois ou deux, selon une habitude bien établie. Aussi, quand Facebook m'a proposé une liste d'amis potentiels déjà présents dans ses entrailles, j'ai été absolument stupéfait de voir à quel point ses suggestions tombaient juste : quasiment la moitié des propositions étaient pertinentes. Pour quelqu'un d'aussi vigilant que moi aux traces qu'il laisse sur le Net, c'est énorme et encore aujourd'hui, j'ai peine à comprendre que ce soit possible.
Je n'ai contacté personne, j'ai refusé toutes les demandes. Je n'ai utilisé ce compte que pour apprivoiser cet outil et essayer un certain nombre de jeux et d'applications.
Et puis, il y a quelques semaines, alors que je cherchais à retrouver les coordonnées d'un français exilé dans la Silicon Valley, j'ai eu l'idée d'utiliser Facebook. Je l'ai retrouvé, quasi-immédiatement. J'ai démontré malgré moi la puissance et l'utilité du réseau social. Nous avions à peine entamé une discussion via Facebook que les pages de l'annuaire se sont subitement refermées sur ma tronche enfarinée.
"Étape 1, rétablir le compte. Choisissez une méthode de vérification. Pour continuer, vous devez fournir votre numéro de téléphone".
Impossible d'accéder à mon compte ; impossible de continuer ma conversation ; impossible, bien sûr, de me résoudre à fournir un numéro de téléphone ; et un état de rage difficile à décrire. "Cette mesure de vérification permet de renforcer le principe d'une communauté d'utilisateurs utilisant (sic) leur véritable identité sur Facebook", disait la page.
Il s'est avéré que le numéro de téléphone n'était pas obligatoire, que je pouvais envoyer une photocopie d'une pièce d'identité, "avec photo" précisa-t-on. Ça n'a pas été moins douloureux, cela m'a même fait l'effet de devoir passer au commissariat de police, mais je l'ai fait, à la fois furieux et résigné.
Une partie de moi s'est immédiatement révoltée à la fois à l'idée d'envoyer des données aussi personnelles à Google-sait-qui, et au fait qu'on exige de moi d'être vraiment moi sur Internet, après tant d'années passées à faire exactement le contraire. Pourtant, la raison pour laquelle j'avais besoin de mon accès Facebook justifiait totalement les mesures prises : si les profils de l'annuaire avaient été fantaisistes, je n'aurais pas pu retrouver mon correspondant et Facebook ne m'aurait été d'aucune utilité. Je me retrouve en toute objectivité contraint de reconnaître aux opérateurs de Facebook non seulement le droit, mais même des raisons rationnelles et objectives, de s'assurer que je suis bien moi sur Facebook.
Mais dieu que ça fait mal.
P.S. : L'aventure n'est pas terminée : "Nous vous remercions d’avoir fourni ces informations. Malheureusement, nous ne pouvons pas confirmer que vous êtes titulaire du compte. Veuillez répondre à ce message et y joindre (NDA : à nouveau !) une copie numérisée d’une pièce d’identité officielle avec photo." Il est donc écrit que je devrais boire le calice jusqu'à la lie, si ce n'est l'hallali...
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