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En Angleterre, deux importantes chaînes de magasins de jeux vidéo se sont soudain réveillées de fort mauvaise humeur. Elles l'ont fait savoir anonymement à "MCV", l'hebdomadaire des professionnels du jeu vidéo au Royaume-Uni. Pourquoi ça nous intéresse ? Parce que l'enseigne anglaise GAME est la première en Europe et représente 10 % du marché français après les rachats de Score Game et Addon. L'objet du courroux ? La distribution en magasins de jeux intégrant les services de Steam.

Ces revendeurs s'alarment tout à coup que tous ces jeux intégrant la technologie Steam permettent à Valve de coincer une grosse godasse digitale cloutée dans la porte de leurs clients pour les attirer à jamais dans les abysses de la distribution dématérialisée. Pire : ils réalisent qu'en vendant des jeux Steam dans leurs propres magasins, ils se coupent eux-mêmes l'herbe numérique sous le pied puisqu'ils ont eux-mêmes des services de distribution numérique en place ou en projet. En conséquent, ils sont - disent-ils - déterminés à faire pression pour que les éditeurs cessent d'intégrer la technologie Steam à leurs jeux, par exemple en les boycottant, y compris des best-sellers comme Call of Duty ou Fallout.
Vous savez quoi ? Ils ont parfaitement raison. Oui, les gars de Valve ont réussi un coup de maître avec Steamworks, l'outil d'intégration de Steam à l'adresse des développeurs : en proposant à la fois une interface multijoueur ultra efficace et une protection contre le piratage bien acceptée et quasi imparable, Steamworks s'est imposé dans de plus en plus de jeux et permet à Valve de recruter directement chez le joueur pour son magasin online. Oui, le succès et la prédominance de Steam écrasent les autres magasins virtuels et menacent même l'existence tout court des magasins pour le jeu PC.
Mais à qui la faute ? Depuis dix ans, qui a réduit année après année le rayonnage dédié aux jeux PC parce qu'ils étaient compliqués à expliquer et vendaient moins que la console ? Qui a extorqué des marges aberrantes aux petits éditeurs spécialisés ? Qui n'a jamais fait l'effort d'avoir des vendeurs à peu près qualifiés dans ce domaine ? Qui a décrété que les jeux devaient dégager des étals après une demi-poignée de semaines s'ils ne se vendaient pas immédiatement par zillions ?
La position dominante de Steam est certainement une forme d'aberration, mais c'est une aberration qui repose sur une qualité : il s'agit, et de loin, du meilleur service en la matière ; et accessoirement, il a probablement sauvé le jeu PC à une époque où tous les brillants acteurs du milieu le voyait mort.
En réalité, la question intéressante n'est pas de savoir si la vente de jeux PC en magasin est menacée de disparition, mais plutôt de comprendre pourquoi diable elle existe encore.
Si elle survit, c'est pour une seule raison : parce qu'il n'y a pas de grosse différence de prix entre le physique et le dématérialisé. Et c'est le résultat d'une volonté délibérée des gros éditeurs de jeux : alors que la distribution dématérialisée coûte évidemment beaucoup moins cher, ils imposent des prix élevés aux enseignes numériques pour protéger la distribution en magasin. Parce que c'est uniquement là, en magasin, que se vendent les jeux consoles ; parce que c'est ça, le cœur juteux de leur business ; et parce qu'ils ont donc peur des représailles des grandes enseignes du genre : "Alors comme ça tu vends ton jeu PC 20 % moins cher sur le Net ? Mauvaise nouvelle : je n'ai plus de place en magasin pour ton jeu de Noël, Joli-Poney Karaté Karaoké Kinect, et tu peux aussi te garder ton Poum-Poum Fighter 2011 sur PS3 et Xbox, j'en veux pas."
Vue sous cet angle, la soi-disant grogne des distributeurs anglais s'interprète différemment. Cela ne concerne en rien le marché du jeu vidéo sur PC, qui représente pour eux un chiffre d'affaires très faible. Il s'agit d'un coup de semonce, d'une piqûre de rappel à l'adresse des éditeurs de jeux et des fabricants de consoles : attention, vous avez encore besoin de nos magasins pour vos jeux et vos consoles ; alors n'allez pas trop vite dans le dématérialisé, nous ne sommes pas encore prêts.
A la limite ce DRM pourrait être utile sur le multi mais c'est la qualité du multi lui-même qui incitera à ne pas "pyouater" le jeu pour pouvoir en profité et pas un DRM moisi dont le seul intérêt est de rendre captif le joueur solo (qui n'en a rien a faire du mutli quand il existe) et de lui pourrir la vie.
Steam c'est peut être bien pour tout un tas d'usages et de gens mais il n'en reste pas moi que c'est une singulière daube pour tout un tas d'autres joueurs aussi (dont moi) car il se résume à une véritable prise d'otage (ca peut se la raconter avec soit disant 30 millions de comptes après) et une aliénation des droits du consommateur, adepte des versions boites, et notamment sur son droit à la revente d'occasion, bref steam un canal de distrib parmi d'autre oui, le seul alors là non !
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