par Shane Fenton 26 janvier 2011 - 06h38
Il n'y a pas que Bern dans la vie. A Lucerne aussi, on a des députés qui se laissent aller à des désirs d'interdiction totale de tels jeux. Notamment la socialiste Jaqueline Mennel Kaeslin, qui avait déjà déposé en 2009 une motion allant dans ce sens (tout en jurant, comme sa consoeur Evi Allemann à Bern, qu'une telle motion ne viserait que les jeux les plus gore comme Manhunt 2). Depuis, les choses se sont accélérées puisque son initiative a été adoptée à la quasi-unanimité au Conseil d'Etat lucernois (104 voix pour, 1 voix contre). Coïncidence : l'édition suisse de 20 Minutes a fait un parallèle d'un goût exquis entre la mission "No Russian" de Modern Warfare 2 et l'attentat meurtrier qui vient de se produire à l'aéroport international de Moscou (il est vrai qu'une chaîne de télévision russe a fait exactement le même amalgame).
Il n'y a pas que les jeux vidéo dans la vie. L'initiative votée à Lucerne concerne également le Mixed Martial Arts. Plus précisément, il est question d'interdire non seulement les compétitions, mais aussi l'entraînement et la diffusion d'images relatives à ces sports de combats (ce qui va compliquer la vie de beaucoup de pratiquants français qui profitaient de la proximité avec la Suisse pour participer à des compétitions interdites en France). Il est vrai que de nombreux partisans de la prohibition totale des "killerspiele" ou "killergames" militent aussi pour la prohibition totale des combats de MMA, en Suisse comme en Allemagne d'ailleurs. Ce n'est pas un hasard si, après la 99ème édition de l'Ultimate Fighting Championship qui s'est déroulée en juin 2009 à Cologne, le criminologue Christian Pfeiffer, bien connu des joueurs allemands, se trouvait parmi les adversaires acharnés des spectacles de MMA, assimilé aux jeux violents: "Ce genre d'évènement favorise la violence chez les personnes vulnérables. On est donc en droit de l'interdire, exactement comme on peut interdire les jeux vidéo qui glorifient la violence selon l'article 131 du code pénal."
Il n'y a pas que les "spectacles violents" dans la vie. Il y a aussi les armes à feu. De ce côté-là, on ne pourra pas reprocher aux socialistes suisses de manquer de cohérence, puisque certains d'entre eux font campagne (aux côté des verts) pour la réduction drastique de la possession d'armes à feu. Ce qui va d'ailleurs à l'encontre de la tradition helvétique de "l'arme d'ordonnance" et du "citoyen soldat", qui faisait que les militaires avaient le droit d'amener leurs armes chez eux. Désormais, ils seraient obligés de les déposer dans des arsenaux, tandis que les armes automatiques et les fusils à pompe seraient complètement interdits. L'initiative, lancée en 2009 (presqu'au même moment que celles pour l'interdiction des "killer games") a reçu plus de 100 000 signatures et devrait être soumise à un référendum en février. Il est fort amusant de constater, cette fois, que de telles initiatives sont loin de faire l'unanimité parmi les partisans d'une interdiction des "jeux violents". En Allemagne, les familles des victimes de la tuerie de Winnenden veulent les deux, mais les ministres CDU comme Heribert Rech sont beaucoup plus réservés. Et en Suisse, l'hebdomadaire Horizons et Débats, qui nous a habitués à des diatribes "anti-killerspiele" d'anthologie, ne se sent plus d'éloges quand il s'agit de glorifier l'arme d'ordonnance, "marque de civilisation", rien de moins. Sans oublier une apologie de la violence qui "n’est pas un mal en tant que telle", doublée d'un éloge de la force qui est "un bien (...) au fond de toute pensée, de toute action, de toute création."
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