par    | |

Allemagne : Ça fragge (enfin) au Bundestag

Vous ne vous en souvenez probablement pas, mais en septembre dernier, il était question d’organiser une LAN-Party géante au Parlement allemand. L’idée avait été lancée par trois jeunes députés de l’actuelle coalition : la CDU/CSU Dorothee Bär et les FDP Manuel Höferlin et Jimmy Schulz, qui voulaient faire découvrir le jeu vidéo à leurs collègues afin qu’ils puissent avoir un avis mieux informé sur le sujet. Initialement prévue pour novembre dernier, la « BundestagsLan » a finalement eu lieu cette semaine, le 23 février.

En réalité, ce fut plutôt un mini-salon du jeu vidéo, avec plusieurs dizaines de députés présents (la presse locale parle de 40 à 70), quelques journalistes, des « pro-gamers », et même des babes. La plupart des gros éditeurs et constructeurs avaient également fait le déplacement. Au menu : une trentaine de jeux, toutes plateformes confondues. De la Wii, de la Kinect, du sport, de la course automobile, de la stratégie, une petite pincée de FPS (dont l’inévitable Counter Strike) et même Red Dead Redemption.

Pour l’instant les critiques ouvertes se font rares, à l’exception de Hans-Peter Uhl, l’un des porte-paroles de la CDU/CSU qui s’est offusqué de la présence de « killerspiele », et d’Hardy Schober, porte-parole des parents des victimes de la tuerie de Winnenden, qui selon la presse locale, s’est senti « insulté par le spectacle de politiciens s’affrontant dans une LAN pour apprendre à tuer virtuellement ».

Du côté des ravis, en revanche on trouve beaucoup plus de monde. Les éditeurs et constructeurs, qui ont pu montrer leurs produits et qui espèrent avoir affaire au Parlement entier la prochaine fois. Les députés présents, en particulier ceux qui ont fait l’effort de jouer (comme Brigitte Zypries, ex-Ministre socialiste de la Justice, qui a beaucoup apprécié Virtua Tennis 4). Et naturellement les trois organisateurs, qui espèrent que d’autres événements similaires verront le jour.

Si on en croit le web vidéoludique allemand, le bilan est quelque peu mitigé. D’une part, il n’y a pas eu de LAN stricto sensu, d’autant que les députés ont été peu nombreux à se déplacer, qu’ils ont été encore moins nombreux à vouloir réellement essayer les jeux, et que parmi eux il n’y avait aucune « personnalité » politique, à la seule exception de Brigitte Zypries. D’autre part, les éditeurs présents ont pris soin de ne montrer que des jeux « grand public », à de rarissimes exceptions près. Exceptions qui ont d’ailleurs été boudées. Enfin, même si l’intention est louable, il est permis de s’interroger sur la pertinence d’un tel événement. Fallait-il vraiment faire jouer une poignée de députés devant les caméras pour qu’ils s’abstiennent de dire n’importe quoi sur des jeux qui, pour la plupart, ne leur ont même pas été présentés ?

Il reste que la « BundestagsLan » a finalement eu lieu, et qu’un dialogue a pu s’instaurer. Il y a encore quelques années, compte tenu du lynchage médiatique et politique dont les « killerspiele » faisaient l’objet, il n’était même pas possible, ne serait-ce que d’envisager une telle possibilité. Comme l’a titré le Süddeutsche Zeitung, « les politiciens rendent Counter Strike acceptable ». On peut mesurer le chemin parcouru depuis l’époque où on croyait que l’objectif de ce même jeu était de « violer des écolières » (sic !). Et puisqu’on parle de chemin parcouru, on se souviendra qu’en 2008, Brigitte Zypries avait comparé les jeux vidéo à du « poison ».

 

EDIT PurpleSkunk : corrigé.