par Ivan Le Fou 28 février 2011 - 11h44
Donc, après les divers cas de censure (cf. Canard PC n° 214), d'interdiction des quotidiens aux moins de dix-sept ans et de torpillage de leurs ressources publicitaires (cf. Canard PC n° 216), voici venue l'interdiction des abonnements couplés.

Apple a en effet décidé que les journaux proposant une version iPad gratuite à leurs abonnés "papier" n'étaient plus les bienvenus et que leurs applications seraient donc bientôt rejetées. Désormais, les abonnements aux versions iPad doivent être payants via iTunes (par ici les 30 % de commission), sinon ouste, allez voir ailleurs. La récréation est terminée, il est temps de faire du business 100 % Apple. Un système ad hoc devrait d'ailleurs être lancé via une mise à jour prochaine d'iTunes et de l'App Store : il facilitera les systèmes d'abonnement, certes, mais gardera également bien au chaud chez Apple et sa régie interne iAd toutes les informations concernant les abonnés. Et les éditeurs de presse découvrent soudain, Ô surprise !, que l'iPad n'est pas un nouveau média comme ils avaient voulu le croire mais juste une nouvelle boutique, dont les tôliers n'aiment pas beaucoup les squatters.
Au-delà de ces escarmouches qui devraient alerter la presse sur le manque de compatibilité entre ses besoins et les méthodes du Grand Pommier de Cupertino, les derniers chiffres et études disponibles ne rendent pas très optimistes concernant ce "nouveau marché".
D'abord, aux États-Unis, quasiment toutes les applications de presse payantes sur iPad ont vu leurs ventes chuter une fois passée l'excitation de la découverte : de 100 000 à 20 000 exemplaires par numéro pour Wired par exemple, et les autres magazines (Men's Health, GQ, Vanity Fair, Glamour) culminent à quelques milliers de téléchargements, en baisse régulière depuis l'été.
Qu'en est-il en France ? Difficile à dire puisque personne ne donne de chiffres. D'autant plus difficile qu'on ne sait même pas combien d'iPad se sont vendus, puisque Apple refuse de donner des ventes par pays. Essayons de deviner quand même. On sait que les ventes de Noël ont été assez décevantes : Orange n'annonce que 31 000 tablettes vendues à Noël (21 000 iPad et 10 000 Galaxy Tab de Samsung) malgré de gros efforts. Il y a quasiment un an, l'institut Gfk pronostiquait au doigt mouillé 400 000 à 450 000 tablettes pour 2010 sur le marché français. Samsung a annoncé avoir vendu en France un peu moins de 50 000 Galaxy Tab en 2010 (sortie en octobre). À vue de nez, si l'on en croit Gfk, ça nous laisserait donc entre 300 000 et 400 000 iPad pour le marché français, sans doute plus proche de 300 000. Autrement dit, malgré le battage médiatique, l'iPad n'est pour l'instant qu'un marché ridiculement petit pour la presse française.
Certes, nous n'en sommes qu'au démarrage, et il serait absurde de nier que les tablettes représentent une opportunité d'avenir. Sauf qu'il va falloir réfléchir sérieusement au type de contenu proposé parce que pour l'instant, celles-ci ne concernent qu'une population limitée, qui en fait une utilisation relativement inattendue : en effet, l'iPad n'est apparemment pas considéré comme un équipement mobile par ses usagers, puisque la grande majorité d'entre eux ne le consulte que chez eux (selon des études concordantes réalisées aux États-Unis, en Angleterre et en France).
En ce qui nous concerne, ici, à Canard PC, nous sommes un peu inquiets et, à cause de la concurrence frontale de l'iPad, nous nous attendons à perdre des parts de marché sur le secteur stratégique de la lecture aux toilettes. Mais on va continuer gaillardement à vous offrir un journal sur papier pour passer le temps dans le train, le métro ou au bistro. Surtout qu'il est tout de même assez rare de se faire voler son magazine à l'arrachée dans la rue ou le RER...
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Cette chronique est extraite du numéro 227 de "Canard PC", paru le 1er février 2011. Retrouvez la rubrique "Au coin du jeu" dans chaque numéro, ou presque.
Mise à jour :
Entre la publication de ce billet dans le journal et aujourd'hui, Apple a précisé et partiellement amendé sa politique.
En gros, ils ont cédé sur le fait qu'un client déjà existant (recruté par ailleurs par un éditeur) pouvait être migré sans coût vers iTunes. A condition que l'offre qu'on lui a faite existe aussi et au même prix via iTunes. Donc les éditeurs peuvent proposer des abonnements couplés à condition que l'abonnement iPad soit proposé également sur iTunes.
Par contre, ils gardent la main-mise sur le fichier des clients passés par iTunes : en somme pour eux, ce sont des clients Apple, pas des clients de l'éditeur. Seule concession : les clients pourront opter via une case à cocher (opt-in) pour accepter que quelques infos soient transmises aux éditeurs (ce que, bien sûr, ils ne feront pas).
Et si j'achète un Eeepc, Asus va venir me casser les couilles pour me dire quels soft j'ai le droit d'installer sur mon netbook? Ils vont me forcer à passer par un portail d'applications qu'ils contrôlent de A à Z? Ils vont faire chier tous les développeurs qui sortent des softs sous Windows et Linux sous prétexte qu'un utilisateur d'Eeepc pourrait les installer sur leur machine? Ah oui c'est vrai l'iPad c'est autre chose, c'est une tablette pas un ordinateur, suis-je bête on ne peut pas comparer. Pourtant ça y ressemble drôlement à un ordi quand même, la seule différence c'est que tout est bridé et que c'est hors de prix. On dit que la liberté coute cher, dans le monde de l'informatique nomade c'est l'inverse, ce sont les barreaux qui coutent cher apparemment (ils sont en platine?).
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