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Canard BD : Boucherie

D’habitude, le printemps ce sont les bluettes, les mièvreries, les histoires d’amour courtois en suivant la carte de Tendre. C’est mignon, gnangnan et aussi kawaï qu’un bébé panda roux en train de sucer son pouce. Mais c’est chiant. Alors que de la violence, du gore gratuit et méchant, du traumatisme, de la guerre totale, des mutilations c’est passionnant non ?

 

On attaque fort avec Crossed de Jacen Burrows sur un scénar de Garth Ennis. Le bouquin porte la mention « Pour lecteurs avertis » et c’est vraiment, mais alors vraiment pas pour rien. Point de zombies dans ce one-shot post-apocalyptique, mais des infectés bien vivants. La différence avec Walking Dead, la référence incontournable dans le genre ? La cruauté et l’horreur. Les zombies ne sont pas foncièrement mauvais, ils ne font que suivre leur instinct de prédation. Les infectés de Crossed, en plus d’arborer la marque infamante du titre sur leur sales trognes, sont cruels, malins et malsains. Non content de dévorer leurs anciens semblables, ils prennent plaisir à leur faire subir les pires tourments, y compris au niveau sexuel… C’est vraiment hardcore et pas à mettre devant tous les yeux, je vous aurai prévenu. Ellis avait déjà franchi un cap avec No Hero, mais son presque homophone l’éclate allégrement. On pourrait croire que c’est gratuit mais Ennis arrive à instiller un minimum de réflexion dans cette danse macabre, bien qu’il soit forcément plus à l’étroit avec un one-shot qu’avec une série au long cours.

 

Une œuvre coup de poing, pour ceux qui n’ont pas peur de l’excès de vice.

Crossed, de Garth Ennis et Jacen Burrows, 128 pages chez Milady Graphics, 12,90€

11 pages en preview


 

Le Weltraum est un immense empire fasciste perpétuellement en guerre, envoyant à la mort au front nombre des Laeten, déclarés sous-hommes. Mais l’un d’eux se révèle un soldat hors-pair et va rejoindre les troupes d’élites : les Skraeling. Le hic ? Il vient de découvrir la peur de la mort et par la même le doute. Et le doute, la remise en question et les régimes totalitaires, ça ne se marie pas aussi bien que le Picon et la bière. Thierry Lamy signe donc ici un récit bien noir et cynique, dans un premier degré terrifiant et choquant, qui ne peut que s ‘épanouir dans les deux tomes à venir. Appuyé par le dessin de Damien Venzi, sobre, froid et stylisant à merveille un monde fasciste en ruine (Block 109 n’est pas loin), le récit prend une ampleur glaçante.

 

Un tome 1 sombre mais brillant par sa dénonciation et son dessin métallique.

Skraeling T1 Les Chiens du Weltraum, Lamy et Venzi, 110 pages chez Ankama collection Kraken, 14,90€

16 pages en preview

 

Comment finir un article titré Boucherie sans mentionner la Première Guerre Mondiale ? Impossible. Tardi et de sa monomanie mériteraient un article entier mais je vais plutôt parler de mon chouchou du moment, j’ai nommé Les Sentinelles. Elle est le fruit de l’imagination de Xavier Dorison (oui oui celui de Long John Silver et du Troisième Testament) et illustrée par Enrique Breccia (oui oui le fils de la légende de la BD argentine). Rien que ça devrait suffire à vous convaincre mais bon développons. A l’aube de la Grande Guerre, Gabriel Féraud invente la pile à radium. Profondément pacifiste, il refuse de la vendre à l’armée. Elle va lui prendre. La guerre va se charger de lui prendre bien plus : son corps et son identité. En effet, gravement mutilé et mourant, on lui propose de revivre sous les traits anonymes de Taillefer, premier super-héros français aux membres métalliques alimentés par la pile Féraud. Il va devoir apprendre à devenir une Sentinelle, aidée par Djibouti, un colosse ayant survécu à la précédente génération de Taillefer…

Crise d’identité, pacifisme, patriotisme, éthique, tous ces thèmes se fondent harmonieusement dans la série, portée par les dessins flamboyants de Breccia, montrant toute la puissance de la machine autant que la faiblesse de l’homme. A noter l’insertion d’une iconographie de l’époque, frappante d’à-propos.

 

Les Sentinelles, Xavier Dorison et Enrique Breccia, 3 tomes de 64 pages chez Delcourt, 14,95€

Les 4 premières pages de chaque tome sur le site de l’éditeur