par Ivan Le Fou 10 mai 2011 - 12h05

Impulse avait été créé par Stardock, à la fois développeur indépendant (Elemental : War of Magic et Galactic Civilizations...) et éditeur occasionnel (Sins of a Solar Empire, Demigod, etc.), qui en avait fait la rampe de lancement de ses propres produits ainsi qu'une plate-forme plutôt accueillante pour les jeux indépendants.
Du côté de Stardock, et malgré les dénégations de son PDG Brad Wardell, cette vente sonne comme un aveu qu'Impulse ne marchait pas si bien que cela. Sinon, ma foi, il n'aurait sans doute pas vendu alors que la distribution dématérialisée est en plein essor. Le fait est que Stardock ne parvenait pas à faire venir suffisamment de gros titres des Majors du jeu vidéo dans son magasin virtuel pour pouvoir réellement concurrencer Steam. Et sa technologie "Impulse reactor", pourtant intéressante de l'avis général, ne suscite pas l'adhésion, alors que Steamworks gagne chaque jour plus de terrain. En 2009, Brad Wardell ne revendiquait d'ailleurs pour Impulse que 10 % de la distribution numérique de jeux PC (contre 70 % pour Steam) et cela semblait déjà optimiste.
Nul doute que désormais entre les mains du mastodonte Gamestop, le magasin numérique aura désormais les moyens de monter en puissance : Gamestop a déjà commencé à constituer une équipe de spécialistes chevronnés autour de Steve Nix, ancien dirigeant de Ritual Entertainment, récemment débauché de chez iD Software où il supervisait la distribution numérique. Cet investissement important (le montant de la transaction n'a pas été dévoilé), venant de la part d'un distributeur qui n'a pas cessé de diminuer la part du jeu PC dans ses boutiques ces dernières années, est un signe intéressant qui rend optimiste sur la vitalité et les perspectives du marché du jeu PC.
Il est parfaitement évident qu'il faut une concurrence plus efficace dans le dématérialisé, ne serait-ce que pour limiter l'arrogance et la raison du plus fort qui s'installent chez tout distributeur en position hégémonique. Mais il y a une règle dans le numérique : que ce soit Apple dans la musique ou Valve avec Steam, ce sont dans les deux cas des concepteurs qui ont révolutionné la distribution, pas les distributeurs eux-mêmes. Si on avait fait confiance à un vendeur traditionnel pour être porteur d'innovation et de changement dans la vente de musique, on en serait encore à acheter sur le Net des CD 2 titres avec des face B pourries, ou des albums entiers sinon rien.
Avec les vendeurs "physiques", aucune chance que le prix du dématérialisé décroche enfin réellement du prix des boîtes, et toutes les chances au contraire de voir adaptées les bonnes vieilles méthodes de la grande distribution à base d'exclusivités et de chantage sur la visibilité. De ce fait, je pense que, contrairement aux affirmations de Stardock comme de Gamestop, c'est plutôt une mauvaise nouvelle pour le jeu indépendant, qui va inévitablement observer à moyen terme un durcissement des conditions commerciales d'accès à Impulse.
Quant au fait de savoir si désormais les jeux Stardock seraient disponibles sur d'autres plateformes qu'Impulse, Brad Wardell a déclaré : "En ce qui concerne le futur proche, notre intention est de ne rien changer", puis il est parti prendre un bain dans son nouveau jacuzzi en or massif. Sur le chemin, certains prétendent l'avoir entendu grommeler : "Je vais me gêner, tiens... Dire qu'on va enfin pouvoir faire du pognon sur Steam comme tout le monde !"
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Cette chronique est extraite du numéro 232 de "Canard PC", paru le 15 avril 2011. Retrouvez la rubrique "Au coin du jeu" dans chaque numéro, ou presque.
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