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Mercredi 03 Septembre, 2014
C'est la décadence des canards
Le site du jeu vidéo et du PC dont vous êtes le héros
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par la redac par Ivan Le Fou 14 mai 2011 - 01h05
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e géant Amazon lance son App Store pour Android et soudain, l'ambiance devient électrique. Regagnez vos sièges, rabattez les tablettes, éteignez vos appareils électroniques et attachez vos ceintures, la distribution numérique traverse une zone de turbulences

L'IGDA (International Game Developers Association) est une association américaine à but non lucratif regroupant les développeurs de jeux vidéo. L'IGDA s'est donné pour mission de former un réseau d'information, d'entraide et de formation pour soutenir les développeurs de jeu, lutter contre la censure et promouvoir le jeu vidéo d'une manière générale. Un gentil syndicat à l'américaine, quelque chose entre le club de rencontre et l'organisation de lobbying, pas une bande de dangereux crypto-trotskistes voulant abattre le grand capital vidéoludique.

Pourtant, pour la première fois de son histoire, l'IGDA a publié une lettre ouverte mettant en garde ses membres et tous les développeurs de jeu contre les pratiques d'un nouvel acteur du jeu vidéo : le distributeur Amazon.

Après le livre numérique, la vidéo et les logiciels, le géant de la distribution par correspondance a fait un pas de plus dans le dématérialisé en lançant une App Store pour Android. Et ce sont les termes du contrat de distribution que propose Amazon qui sont violemment critiqués par l'IGDA : "Nous sommes convaincus que les termes d'Amazon, tels qu'ils sont rédigés actuellement, représentent une menace pour les développeurs de jeu."

Alors quoi, que se passe-t-il ? Amazon aurait-il divisé par dix les royalties ? Pas du tout, le site verse les habituels 70 % du prix d'achat. Le lièvre est mieux caché que cela.

Dans son contrat, Amazon a tout loisir de fixer le prix des produits. Jusque-là rien de très nouveau puisque aussi bien Steam que le XBLA jonglent avec les étiquettes des jeux pour lancer soldes et promotions. Sauf que le site Amazon, lui, se réserve le droit de ne payer au développeur que 20 % du prix normal du jeu, si ces 20 % sont supérieurs aux 70 % du prix payé. Autrement dit, si Amazon décide soudain de distribuer gratuitement votre jeu coûtant normalement 10 euros, la boutique ne vous payera que 2 euros par téléchargement (20 % du prix normal), au lieu de 7 euros s'il avait été vendu normalement (70 % du prix payé).

En prime, Amazon oblige les développeurs à vendre sur l'App Store Amazon au prix le plus bas "pratiqué ou ayant été pratiqué dans une boutique équivalente". Impossible alors de réaliser une promotion exceptionnelle et temporaire via un autre service sans voir Amazon adopter immédiatement et définitivement le prix le plus bas, même si la promotion est passée et si ce prix n'est plus pratiqué nulle part.

L'IGDA met en évidence, à juste titre, le fait que cet ensemble abusif de clauses permettra à Amazon d'utiliser les produits comme une arme pour capturer les parts de marché de ses concurrents, y compris au détriment des développeurs : le site peut très bien décider unilatéralement de diviser par deux le prix d'un jeu qui marche pourtant très bien (donc priver le créateur de la moitié de ses royalties), dans l'unique but de piquer des clients aux autres App Stores qui proposent le même jeu. Ou simplement faire sa propre promotion à l'aide de soldes spectaculaires (une application gratuite par jour, à l'heure où j'écris ces lignes), sans se soucier de savoir si les développeurs y gagnent ou y perdent. Au final, ces derniers se retrouveraient otages impuissants d'une guerre de conquête dont ils ne tireraient aucun bénéfice.

Certains objecteront qu'il n'est pas dans l'intérêt à long terme d'Amazon de se fâcher avec les producteurs de contenus ; d'autres que les fameux 20 % du prix normal peuvent être une aubaine si Amazon décide de promouvoir un jeu en le distribuant gratuitement ; d'autres encore que la distribution numérique a absolument besoin de souplesse dans la fixation des prix. Tout cela est vrai, mais le fait est que ni Steam ni le XBLA, qui ne sont par ailleurs pas gérés par des anges, n'ont eu besoin de ces clauses pour réussir. Et que, si les développeurs n'y prennent garde, le contrat Amazon pourrait soudain devenir le nouveau modèle pour tous.

Malgré les apparences, cette polémique ne concerne pas uniquement les jeux Android sur mobiles ou tablettes. Les pratiques d'Amazon s'ajoutent au durcissement des conditions de publication sur le XBLA (qui obligent les éditeurs à avoir eu précédemment des titres Xbox en magasin), et à l'irruption de la chaîne GameStop dans la distribution dématérialisée via le rachat d'Impulse.

Autant d'éléments récents qui donnent la désagréable impression que le ciel se couvre peu à peu au-dessus des développeurs : car soyons clairs, si les vieilles règles et méthodes du commerce physique parviennent à reprendre le pouvoir dans une distribution numérique qui leur avait échappé, c'est tout l'écosystème du jeu indépendant qui se trouvera menacé.

***

Cette chronique est extraite du numéro 233 de "Canard PC", paru le 1er mai 2011. Retrouvez la rubrique "Au coin du jeu" dans chaque numéro, ou presque.


Commentaires (22)
» Aller au forum
saming il y a 3 ans
saming
Bon, de toute façon Steam, même si c'est un peu trop centralisé et monopolitaire, y'a aucun souci et des soldes assez souvent, je pense pas changer. Mais c'est vrai que je voyais pas Amazon comme ça O.O
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Euklif il y a 3 ans
Euklif
samingSteam, [...] c'est [s]un peu[/s] trop [...] monopolitaire
Beaucoup trop même. Des plus en plus de titre ne peuvent même plus s'en passer, ça devient assez grave amha. J'ose même pas imaginer Steam et sa politique dans 5/10 ans...
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fennec il y a 3 ans
fennec
La parade est relativement simple, ils suffit de faire une version spéciale du jeu pour Amazon avec un titre différent et 2/3 contenus remanié. Si c'est un jeu "différent", pas moyen de s'aligner sur les autres prix. C'est ce que font les distributeurs web et super marchés pour pas qu'on puisse comparer les prix ou les mettre en concurrence. Avec par exemple deux téléviseurs parfaitements identiques avec juste la dernière lettre de la référence qui change.
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Bidji il y a 3 ans
Bidji
fennecLa parade est relativement simple, il suffit de faire une version spéciale du jeu
Ouais, comme ça le développeur ne se fait pas avoir, par contre, le client...
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zabuza il y a 3 ans
zabuza
samingBon, de toute façon Steam, même si c'est un peu trop centralisé et monopolitaire, y'a aucun souci et des soldes assez souvent, je pense pas changer. Mais c'est vrai que je voyais pas Amazon comme ça O.O
Le problème de steam c'est même pas ça hein, c'est justement les prix. Il est faux de croire que steam pratique les prix les plus bas et de loin ! Rift c'était 49 euros quand j'ai regardé, je l'ai payé 25 euros. Je crois que la messe fut dite de mon côté...
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yapi il y a 3 ans
yapi
zabuzaLe problème de steam c'est même pas ça hein, c'est justement les prix. Il est faux de croire que steam pratique les prix les plus bas et de loin ! Rift c'était 49 euros quand j'ai regardé, je l'ai payé 25 euros. Je crois que la messe fut dite de mon côté...
+1 j'achete de moins en moins (même quasi plus rien du tout, uniquement certaines promos) sur steam depuis un moment, ils sont vraiment plus cher (10-30-50% de plus) qu'ailleurs.
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Rabbitman il y a 3 ans
Rabbitman
En parlant de Steam, ce n'est pas la première fois que j’entends parler de "situation monopolistique" pour Steam, ça serait bien d'avoir un article (ou un enquête complète de journalisme total - ce qui ne doit pas être évident, vu que même leur statut supposé de leader du dématérialisé sur PC n'est pas démontrable) pour appuyer ou démystifier cette accusation.
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Ordostyr il y a 3 ans
Ordostyr
Je comprend pas trop le reproche à faire aux 20%. Steam peut choisir le prix des jeux et amazone aussi. Les deux décident de passer un jeu à 10 euros en promo a 1 euro. Steam paiera aux devs 70 centimes et amazone 2 euros ou j'ai rien compris? Et dans ce cas c'est plutôt sympa de la part d'amazone non?
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