par Shane Fenton 17 juillet 2011 - 11h21
Rien que de très banal, donc. Et rien qui concerne la politique italienne... à part peut-être le titre. En effet, le débat sur l'euthanasie a pris là-bas une tournure particulière avec l'affaire Eluana Englaro qui a divisé le pays ainsi que la communauté scientifique. Récemment, la Chambre basse italienne a voté une loi interdisant toute forme d'euthanasie, y compris celle consistant à suspendre les soins (ce qui était précisément arrivé à Eluana Englaro après 17 années passées en état végétatif).
C'était plus qu'il n'en fallait pour Klaus Davi, journaliste, patron d'une agence de communication et "expert en médias". En effet, celui-ci a profité de l'actualité parlementaire sur l'euthanasie pour créer un scandale de toutes pièces à partir du FPS sus-mentionné sur la seule base de son titre et de son introduction. Pour ce faire, il a demandé leur avis sur Euthanasia à diverses personnalités politiques de droite et de centre droit, en précisant que "le jeu allait sortir bientôt en Italie en DVD [et être mis] en vente libre à des utilisateurs de 11-12 ans d'âge [dans un marché comme l'Italie] où l'inustrie n'est pas régulée." Morceaux choisis:
Paola Binetti, psychiatre et députée : "C'est un jeu qui fait de la propagande pour la culture de la mort. Ce sont des jeux violents qui ont pour but d'introduire une culture de mort, en ciblant des consommateurs de jeux vidéo toujours plus jeunes. Je ne serais pas étonnée si ce jeu encourageait certaines formes de harcèlement contre des enfants et des adolescents."
Carlo Giovanardi, Secrétaire d'état à la Famille : "J'interpelle les gauchistes et ceux qui s'opposent à tout prix aux interdictions : après un jeu vidéo sur l'euthanasie, est-ce qu'il y aura ensuite un jeu vidéo sur le racisme ? Sur l'antisémitisme ?"
Eugenia Roccella, Secrétaire d'état à la Santé : "Ce jeu vidéo est le produit d'une opération marketing subtile est cachée qui a pour but de faire la publicité d'une culture pro-euthanasie, d'une manière très dangereuse. Ce n'est pas seulement un jeu : c'est avant tout un moyen de communication."
Enrico Gasbarra, député : "Le jeu vidéo 'Euthanasia' doit être bloqué immédiatement. C'est un jeu dément, qui promeut une culture de mort, et qui affecte plus particulièrement les jeunes."
Luca Borgomeo, président de l'AIART, l'Association des téléspectateurs catholiques : "Comment peut-on mettre sur le marché un jeu vidéo comme 'Euthanasia' qui promeut explicitement une pratique illégale ? L'auto-régulation est trompeuse et défectueuse. Les jeux vidéo sont un no man's land. Ce n'est pas suffisant de se contenter de ne pas le vendre aux mineurs, nous devons ouvrir les yeux et voir la situation en face. Nous ne pouvons pas accepter que la culture de la mort soit promue par le divertissement."
Le créateur du jeu, quant à lui, ne sait pas trop s'il faut en rire ou en pleurer.
Ce n'est pas la première fois que Klaus Davi participe à une polémique artificielle autour d'un jeu vidéo. Déjà, deux mois auparavant, il s'en est pris au troisième épisode des Sims, accusé de "promouvoir l'homosexualité". Il a notamment interpellé le député européen Carlo Casini à ce sujet. Celui-ci, tout en reconnaissant qu'il ne connaissait pas bien le jeu, déclarait malgré tout : "il est inacceptable qu'un jeu vidéo débarquant dans les foyers de millions d'italiens autorise un enfant à créer un couple gay qui peut également adopter. Ces jeux sont très dangereux, ils menacent l'éducation des enfants. Leur prolifération a des conséquences sur leur santé et leur hygiène" Position partagée par quelques-uns de ses collègues, dont Paola Binetti et Carlo Giovanardi (habitué des sorties sur les homosexuels), qui comptent bien saisir le Parlement européen sur cette question.
Ce n'est pas non plus la première fois que Klaus Davi se fait remarquer par son sensationnalisme à la limite de la crapulerie. L'an dernier, il a été contrait de quitter l'Association italienne des Agences de Communication pour avoir diffusé de fausses informations en vue de promouvoir sa propre agence. L'émission d'investigation Reservoir Dogs a enquêté sur ses pratiques, et recueilli de nombreux témoignages, dont celui de Carlo Vittorio Giovanelli, le président de l'observatoire MediaWatch Group : "Malheureusement, il y a encore trop de charlatans et de bouffons qui, pour leur propre bénéfice, déshonorent le monde de la communication, qui est en réalité une science dont les règles sont définites avant tout par une éthique et une déontologie précises. En fait, Klaus a créé une compagnie (sans reporters) qui est une insulte à leur travail quotidien."
Dont acte.
Ah et merci pour le clip des Olivensteins, un groupe assurement inspire par Voltaire, Zola et DJ Fritas !
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