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par la redac par Ivan Le Fou 07 septembre 2011 - 11h09
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ette fois c'est sûr, le mammouth du "jeu social" Zynga entrera en Bourse en septembre ou en octobre prochain. En fonction des détails de sa mise sur le marché, la société de Mark Pincus pourrait fort bien atteindre une valorisation de 20 milliards de dollars, supérieure à celles d'Activision-Blizzard ou Electronic Arts. Vous trouvez ça aberrant ? Vous avez raison.

Pratiquement en même temps que cette annonce d'entrée en Bourse, on apprenait que le réseau Myspace était vendu à une régie publicitaire pour à peine 35 millions de dollars. Petit flash-back.

En 2005, Facebook avait un an, Zynga n'existait pas et Myspace était le roi incontesté des réseaux sociaux. Tellement supérieur aux autres que la société News Corp (le conglomérat de Rupert Murdoch) paya 580 millions d'euros pour racheter le réseau dont on prédisait alors qu'il allait remplacer MTV, ouep. Un an après, le trafic avait encore doublé et l'on s'accordait à dire que la valeur de Myspace atteignait probablement 1,5 milliard. Mais en quatre ans, Myspace s'est fait  pulvériser par Facebook. Et maintenant six ans après, il a perdu 95 % de sa valeur.

En matière de réseau social, les choses vont très vite et les stars d'hier sont les minitels d'aujourd'hui. Même Sean Parker (fondateur de Napster, actionnaire et éphémère président de Facebook) l'a reconnu à sa façon lors d'une interview récente : "Il y a eu un moment où, si Myspace avait copié Facebook rapidement, il serait devenu Facebook. C'était alors un géant et les effets de réseau et d'échelle étaient énormes." On ne peut pas dire plus clairement ce qui attend Facebook : demain, un réseau social plus malin, plus pratique, mieux conçu émergera. Et peu à peu, les mêmes possibilités virales qui ont "fait" Facebook joueront contre lui : chaque utilisateur qui partira vers le nouveau réseau pourra en avertir facilement tous ses amis grâce à Facebook, et le mouvement ne cessera de s'accélérer.

Pourtant, la valorisation actuelle de Facebook est estimée à 70 milliards de dollars, soit largement plus que l'avionneur Boeing (autour de 50 milliards). Sauf que Boeing n'a aucune chance d'être mis au placard en trois ans par un concurrent qui n'existerait pas encore. Ce n'est plus une bulle financière, c'est une montgolfière spéculative.

Quel rapport avec Zynga, me demanderez-vous ? Zynga repose quasi exclusivement sur Facebook. La société est entièrement dépendante du succès de la plateforme sociale (succès auquel elle participe activement) mais aussi de ses conditions d'utilisation, qui peuvent changer à tous moment : par exemple, lorsque Facebook a imposé presque du jour au lendemain une taxe de 30 % sur les revenus, Zynga n'a eu d'autre choix que de s'y plier. Non seulement l'éditeur dépend d'une seule plateforme, mais on sait aujourd'hui qu'au sein de celle-ci il produit l'essentiel de ses revenus à partir d'un nombre finalement assez limité de joueurs prêts à payer, dont il est condamné à renouveler en permanence l'intérêt comme les effectifs. C'est une position extrêmement fragile : comparée aux limousines multi-plateformes que sont les éditeurs traditionnels, Zynga roule en monocycle contre une pente toujours plus forte.

Il ne s'agit pas de nier que les performances de Zynga sont impressionnantes : fondée il y a à peine quatre ans, la société a montré une croissance et une rentabilité exceptionnelles pour une start-up (à coups de méthodes parfois douteuses, cf. Canard PC n° 217). Mais lorsque l'on compare ses chiffres et ses atouts à ceux d'Electronic Arts par exemple, sa valorisation n'a aucun sens. Zynga est l'expression d'une bulle spéculative, qui est elle-même logée au sein de la bulle Facebook.

Les choses pourraient changer si Zynga se servait des sommes levées en Bourse pour s'affranchir rapidement de Facebook en créant, rachetant ou s'alliant avec un autre réseau. Après tout, on les a soupçonnés de vouloir racheter Myspace eux-mêmes (mais Murdoch en voulait 100 millions), et une rumeur persistante indique que Google aurait investi discrètement 100 à 200 millions de dollars dans Zynga. Le même Google qui vient juste de débuter l'ouverture progressive au public de Google+, un concurrent de Facebook…

Le problème, c'est qu'en attendant que tout cela s'effondre (et le jour où cela arrivera, les dégâts collatéraux seront énormes), cet enchâssement de bulles draine vers le néant l'attention et les financements qui pourraient servir à créer des activités plus pérennes pour le jeu vidéo. Sans compter qu'en France, l'industrie du jeu vidéo est de plus en plus liée à Facebook : d'après le Syndicat national du jeu vidéo, qui regroupe les développeurs français, notre pays est "le premier écosystème derrière les États-Unis pour la production de jeux vidéo sur Facebook".

Gaffe quand même, hein, les gars…

***

Cette chronique est extraite du numéro 238 de "Canard PC", paru le 22 juillet 2011. Retrouvez la rubrique "Au coin du jeu" dans chaque numéro, ou presque.

 

Mise à Jour : L'état de la Bourse américaine n'étant pas optimale, il se murmure que Zynga pourrait repousser son entrée sur le marché public.


Commentaires (20)
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TeHell il y a 2 ans
TeHell
Salut. J'avais trouvé cet article particulièrement éclairé lorsque je l'avais lu dans CPC. Effectivement cette bulle risque d'éclater à tout moment. Si la situation financière reste morose et que certains veulent commencer à voir le retour sur investissement ça va très vite faire très mal. Je n'espère qu'une chose, que tout pète très vite, histoire que les dégâts ne soient pas trop énormes.
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deathscythe0666 il y a 2 ans
deathscythe0666
Le problème, c'est qu'en attendant que tout cela s'effondre (et le jour où cela arrivera, les dégâts collatéraux seront énormes), cet enchâssement de bulles draine vers le néant l'attention et les financements qui pourraient servir à créer des activités plus pérennes pour le jeu vidéo. Sans compter qu'en France, l'industrie du jeu vidéo est de plus en plus liée à Facebook : d'après le Syndicat national du jeu vidéo, qui regroupe les développeurs français, notre pays est "le premier écosystème derrière les États-Unis pour la production de jeux vidéo sur Facebook". Gaffe quand même, hein, les gars…
Ceci dit, les industriels s'en cognent, quand Facebook disparaîtra - si ça arrive - ils feront des jeux pour Google+, ou Bing# ou Tronche de chèvre ou va savoir quelle plate-forme dominera le marché à ce moment là ... La pérennité pour le client importe peu dans des domaines aussi accessoires que le jeu vidéo - du moins dans la tête des éditeurs.
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bob331 il y a 2 ans
bob331
Merci pour votre éclairage. A ce jour je me demande toujours ce que la spéculation sur ce secteur à bien pu apporter aux joueurs en termes de mécanique de jeu, d'IA et d'interactivité par ex ? Si ce n'est faire exploser la base du "casual" et formater le jeu pour qu'il se niche au mieux dans les "temps-morts" et la poche la plus proche... Le tout en s'informant au mieux sur ce marché pour justifier une valorisation aussi crédible que celles que l'on a pu observer lors de la bulle de 2000. Je précise que je n'ai rien contre ce type de format, que je connais somme toute assez mal et qui de ma position ressemble à un coup de Gimp sur des ersatz de concepts videoludiques des années 70/80... Par pitiez ! dites moi que je suis aveugle, sourd et totalement en contradiction avec ce qu'il me semble de voir.
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Exekias il y a 2 ans
Exekias
Que Facebook soit construit sur du vent, j'en suis le 1er convaincu. Mais pour Zynga, c'est autre chose. Ils ont le savoir-faire. Et si demain facebook disparait, ils iront sur un autre reseau social ou truc du même genre. C'est un peu comme les MMORPG. Blizzard s'est fait un sexe chryséléphantin (c'est plus classe comme expression que couilles en or B))avec WOW. Du coup, tout le monde a voulu faire son mmo... et s'est planté, parce qu'il n'y avait pas le savoir-faire. Comme quoi il suffit pas de copier pour égaler^^.
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ineeh il y a 2 ans
ineeh
Gagner autant de brouzoufs et ne même pas avoir les moyens de s'acheter du shampooing, si c'est pas malheureux :rolleyes:
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Tazztcha il y a 2 ans
Tazztcha
ExekiasComme quoi il suffit pas de copier pour égaler^^.
Ben pour Zynga si, et c'est même leur philosophie ^_^ http://www.geek.com/articles/games/zynga-ceo-to-employees-steal-competitors-ideas-until-you-beat-them-2010099/
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Graveen il y a 2 ans
Graveen
Ca me fait vomir ces positionnements sans morale. Attendez, les même que ceux qui spéculent en achetant 10 touchpad ?! Finalement, de la morale, y'en a pas beaucoup dans le milieu. Et puis tout le monde le sait, il faut redonner sa vraie valeur aux choses, mais comme tout le monde s'en fout, on continue de faire de la merde :) Je sais, je suis chaffouin.
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LaVaBo il y a 2 ans
LaVaBo
GraveenEt puis tout le monde le sait, il faut redonner sa vraie valeur aux choses, mais comme tout le monde s'en fout, on continue de faire de la merde :)
Moi je le savais pas. T'as une URL pour trouver la vraie valeur des choses ? Je crois que je me fais avoir, sans référence universelle. Merci de nous ouvrir les yeux.
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