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Canard BD : Tour d’horizon

Mélange des genres aujourd’hui avec pas moins de cinq Canard BD en 1.

 

On attaque avec Batman : The Long Halloween. Quoi de mieux qu’un bon pavé de 300 pages pour attendre la sortie le 20 octobre du prochain jeu avec le Caped Crusader, Arkham City ? Écrit par Jeph Loeb et illustré par Tim Sale, c’est devenu un classique depuis sa sortie en 1997. Faut dire que le dessin puissant (quelles splash-pages !) et l’encrage forcené de Sale confèrent au Chevalier Noir un charisme incroyable, une présence inquiétante, bref ce qu’on attend d’un super-héros. Pour le scénar, Loeb assure le show en déroulant le tapis rouge à presque tous les super-vilains de Gotham mais accorde la part du lion à l’aspect enquêteur de Batou, avec l’omniprésence de la pègre et de la justice via Gordon et Dent, comme dans Year One par Miller et Mazzucchelli, hautement recommandable lui aussi. On suit donc le Dark Knight dans sa quête du tueur surnommé Holiday, terrorisant Gotham à chaque période de vacances. Suspects multiples, fausses pistes, conflits d’intérêts, lents glissement de moralités, c’est passionnant à lire.

 

Batman : The Long Halloween, Loeb & Sale, Panini DC Deluxe, 300 pages, 30€ dispo.

 

On reste dans le comics mais on quitte les capes, masques et slips moulants pour glisser vers le fantastique avec Locke and Key. Après le meurtre sauvage du père, une famille déménage dans la maison familiale paternelle : le plus jeune des enfants va vite se rendre compte qu’il y a un truc de louche dans cette bicoque. En effet, en franchissant une certaine porte, il peut se transformer en fantôme ! Et qu’il y a un drôle d’écho enfermé dans un puits… Difficile d’en dire plus sans déflorer l’intrigue, ciselée par Joe Hill, qui a gagné un Eisner Award pour sa première série, ce qui n’est pas rien. Bon Hill est le fils de Stephen King, ça doit aider un peu, mais son scénar est extrêmement bien foutu, dévoilant petit à petit l’univers, jonglant entre différents points de vue, personnages et époques, sans que la lisibilité n’en pâtisse. Il est bien aidé par Gabriel Rodriguez, loin d’être manchot avec son crayon et qui nous offre un style personnel, bien loin de l’archétype comics, aussi à l’aise sur les persos que sur les décors de vieille baraque délabrée.

25 planches du tome 1.

 

Locke and Key, Hill & Rodriguez, 2 tomes parus (d’autres à suivre), Milady Graphics, 168 pages, 15€

 

On traverse l’Atlantique et on revient en France avec la nouvelle série de Lewis Trondheim, bien éloigné de son Omni-Visibilis. Paria dans son village de bouseux depuis qu’il a échoué enfant à devenir l’Elu malgré ses pouvoirs magiques, la destinée de Ralph Azham va changer quand la Horde va attaquer son village. On pourrait croire que Trondheim a basculé dans la high fantasy la plus commune mais non, le héros est un couillon qui se laisse trimballer par les évènements et balance des conneries plus grosses que lui. Difficile alors de ne pas penser au Herbert de Donjon Zénith, sans que ce soit pour autant un auto-plagiat. Ralph Azham est à la fois plus enfantin et plus glauque, combinant à la fois tragique et comique. Côté dessins, on retrouve le style habituel de Trondheim avec un anthropomorphisme à la Barks magnifié par les couleurs à l’aquarelle de Brigitte Findakly. Une entrée parfaite dans la fantasy trondheimienne ou un substitut parfait pour attendre les prochains albums de Donjon, selon l’expérience du lecteur.

8 planches du tome 1.

 

Ralph Azham, Lewis Trondheim, 2 tomes parus, Dupuis, 48 pages, 12€

 

Un peu plus de sérieux avec Voyage aux Îles de la Désolation, mélange de carnet de voyage et de BD documentaire. Emmanuel Lepage a embarqué en mars 2010 sur le Marion Dufresne pour rejoindre les TAAF : Terres Australes et Antarctiques Françaises. Kerguelen, Crozet, Amsterdam, Saint-Paul, ce sont les îlots perdus tout en bas de la mappemonde, prometteurs de tempêtes, de paysages lunaires et désormais d’expéditions scientifiques. Croquis, pastels, aquarelles, Lepage mixe les techniques et les formats les plus divers dans ce grand livre de 34 cm, de quoi rendre fous les bibliothécaires. Rencontres avec la mer, avec sa faune, avec les marins, avec les scientifiques qui viennent de passer 18 mois entre eux, avec soi, c’est un livre rempli d’humanité que livre Lepage. Dépaysant, relaxant et touchant.

11 planches et une palanquée de liens, blogs, vidéos de cette expédition sur le blog de l’éditeur.

 

Voyage aux Iles de la Désolation, Emmanuel Lepage, Futuropolis, 160 pages, 24€

 

 

Les mineurs souffrant d’un déficit d’attention chronique, ils n’arriveront jamais jusqu’à la fin de cet article et c’est pourquoi je peux vous parler de la réédition d’une BD pornographique. Aucun doute là dessus, Troubles Fêtes est Rated R. Et c’est surprenant de voir le nom de Loisel sur la couverture. Oui le Loisel de La Quête. Attention toutefois, on n’est pas dans la bande dessinée pure mais plus dans l’illustration des récits de Rose Le Guirec. L’un d’eux prend place dans un monde mythologique, très Pays Imaginaire de Peter Pan, où un centaure poursuit de ses assiduités une nymphe. L’autre est moyen-âgeux avec le déniaisage d’un jeune homme simplet et le dernier, le plus hard, prend place durant un carnaval de Venise olé-olé. L’ambiance est plus paillarde que vulgaire, grâce aux charmes voluptueux accordés par Loisel à ses héroïnes, bien dans son style. Une œuvre à ne pas mettre entre les mains les plus chastes, mais si vous avez l’âge, n’hésitez pas.

8 planches sur le site de l’éditeur.

 

Troubles Fêtes, Régis Loisel & Rose Le Guirec, Les Humanoïdes Associés, 72 pages, 20€