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par la redac par Ivan Le Fou 02 novembre 2011 - 11h11
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A
près plusieurs années d'euphorie, les développeurs indépendants commencent à réaliser que la distribution numérique d'un jeu obéit à la même loi simple et cruelle que la distribution traditionnelle : un client ne peut pas acheter un produit dont il ne connaît pas l'existence.

Depuis 10 ans, les indépendants ont été progressivement éjectés des circuits de vente traditionnels pour une raison très simple : la place étant physiquement limitée dans les rayons, les magasins ont peu à peu réservé leur surface à ceux qui leur rapportaient le plus d'argent, c'est-à-dire aux plus grosses ventes. Moins de place en rayon, moins de ventes ; moins de ventes, moins de place en rayon… voilà comment le jeu indépendant (et quasiment le jeu PC d'une manière générale) a disparu des boutiques, et a frôlé la mort. La révolution du dématérialisé fut une bénédiction : puisqu'il n'y a plus de problèmes de place, l'accès est libre pour tous (ou presque) et le public étant mondial d'emblée, même un jeu de niche aura sa chance.

Mais le marché de la distribution numérique a grandi à une telle vitesse qu'il est aujourd'hui dépassé par son succès : on compte plus de 3 200 jeux rien que sur Facebook et le chiffre aberrant de plus de 80 000 enregistrés sur l'App Store d'Apple. Pour un indépendant, il ne s'agit plus de se battre pour entrer dans un club privé sévèrement gardé, mais de surnager au milieu d'un océan de concurrents indistincts. Or, le résultat est le même : si rien n'est fait, le client potentiel ne verra jamais son jeu. Et nous revoilà au point de départ : l'invisible est invendable.

Certes, les différentes plateformes ont mis en place des services pour permettre aux clients de ne pas se perdre dans leur catalogue sans fin et de découvrir des jeux susceptibles de leur plaire : affichage du top des ventes (payant / gratuit), bundle événementiel, soldes, packs, etc. Sauf que ces mises en avant ont un effet pervers : en pratique, les jeux bénéficiant de cette communication sont les seuls que le joueur trouvera facilement, et donc peu ou prou les seuls qui se vendront réellement. En faire partie est devenu le Graal du commerce numérique et comme il a peu d'élus, tous les coups sont permis, de la baisse sauvage des prix jusqu'aux campagnes de PPI (Pay-per-install : système de rémunération pouvant servir à truster les places dans les "tops" en rémunérant ceux qui installent un jeu).

Ainsi s'est mis en place un système qui finalement tendra à reproduire les inconvénients de la distribution physique : ceux qui ont le plus de moyens, ou les licences les plus connues, occuperont toutes les places visibles et seront quasiment en position de fermer la porte au nez des autres. Pourtant, la situation n'est pas encore figée, car au moins deux éléments importants n'ont pas encore évolué suffisamment pour jouer pleinement leur rôle dans ce contexte.

Le premier est technique. Les services de tri, de classification et de mises en avant installés par les plateformes sont incroyablement rudimentaires. Il y a beaucoup de progrès à faire dans ce domaine pour proposer automatiquement au joueur des jeux, par exemple du même genre que celui qu'il vient de terminer ou du même auteur, ou achetés par ses amis… choses que savent très bien faire les sites de vente online plus classiques comme Amazon. Tout reste à faire dans ce domaine qui va être un enjeu capital pour permettre au goût et au bouche-à-oreille de compter un peu plus face à la force brute du marketing.

Le second acteur qui n'a pas encore effectué une mue indispensable pour peser comme il le devrait dans ce domaine, c'est la presse spécialisée. Découvrir des pépites ignorées, mettre en valeur l'innovation et la créativité, aider le consommateur à faire le tri entre produits faisandés et divertissements honnêtes, c'est bien une des missions que nous nous vantons de remplir. Or, si c'est parfois vrai en ce qui concerne les circuits traditionnels (avec plus ou moins d'honnêteté et d'indépendance suivant les acteurs concernés), il me semble que nous avons de gros progrès à faire pour accompagner, conseiller et éduquer (mais oui, pourquoi pas ?) les consommateurs qui se sont tournés vers les jeux sociaux ou les jeux sur mobiles. La force des habitudes, la paresse, peut-être une forme de mépris, mais surtout le manque de moyens face à l'ampleur du sujet d'étude, sont quelques-uns des responsables de cette situation, mais il y en a un autre que je voudrais souligner : les développeurs eux-mêmes. Ils sont nombreux à râler parce que les magazines ne s'intéressent soi-disant qu'aux gros jeux, mais peu d'entre eux font l'effort préalable de comprendre quelles sont les motivations et les contraintes de la presse afin de se signaler à elles dans de bonnes conditions. Et tous sous-estiment un élément essentiel qui joue pourtant en leur faveur : il n'y a pas un journaliste de jeux vidéo qui ne rêve de découvrir et signaler un bon jeu avant tout le monde.

***

Cette chronique est extraite du numéro 242 de "Canard PC", paru le 15 octobre 2011. Retrouvez la rubrique "Au coin du jeu" dans chaque numéro, ou presque.


Commentaires (13)
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Thnos il y a 6 mois
Thnos
Mouais globalement je ne partage pas cette analyse (sur les jeux PC uniquement, les jeux facedaube and Co n'étant pas ma tasse de thé), mais c'est là un ressenti plutôt personnel, car je n'ai pas besoin de la presse ou de je ne sais quel organe officiel (avec lequel au passage je me sens de plus en plus étranger dans la perception de ce qui est un bon jeu, les dessous de table doivent surement y être pour quelque chose :P) pour entendre parler d'un bon jeu indé, voir d'un bon jeu en général. Avec internet il y a le bouche à oreilles ou mieux et malgré tout ce que l'on peut en dire le piratage qui permet une large diffusion auprès d'un public qui, ensuite décide d'acheter ou pas. Pour faire une analogie avec la musique si certains auteurs décident qu'il est bon pour eux de se passer d'une maison de disque, et d'utiliser Internet à la place pour se faire connaitre, je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas aussi pour les jeux démat à petit budget qui ne peuvent pas se payer une campagne de propagande à la BF3 ou à la COD. Si effectivement un modèle reste à inventer, pour toucher le plus de monde possible, je ne suis pas convaincu qu'il soit de même nature que celui esquissé dans ce billet.
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Fildeon il y a 6 mois
Fildeon
Je suis d'accord avec Ivan Le Fou, c'est bien pour ça que je fais confiance à la presse spécialisée sur les jeux vidéos comme Joystick par exemple. Mais quant aux jeux sociaux et appstore ....honnêtement sur 80000 jeux combien de trucs totalement ineptes qui ne méritent même pas un 0/20 dans un magasine spécialisé?
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Tildidoum il y a 6 mois
Tildidoum
ThnosAvec internet il y a le bouche à oreilles ou mieux et malgré tout ce que l'on peut en dire le piratage qui permet une large diffusion auprès d'un public qui, ensuite décide d'acheter ou pas.
Bof oui et non ... Le bouche à oreille, il doit bien avoir une origine. Si personne n'en parle à la base, ben personne ne pourra en entendre parler :captainobvious: Alors oui on peut avoir eu vent de telle ou telle petite production "par chance", en trainant directement sur le site d'un développeur, ou en assistant à un salon, et l'info peut se transmettre ensuite via les blog amateurs (quoique là on rejoint la presse), ou directement par les forums de joueurs. Mais ça reste faible comme tribune par rapport à la presse spécialisée ou à une campagne de pub. D'autant plus si tu prends en compte la masse des productions qui arrivent sur le marché, comme évoqué dans l'article; les chances d'entendre parler d'une production en particulier se réduisent énormément. Le parallèle avec la musique indépendante n'est pas idot, mais la problématique n'est pas exactement la même : les musiciens ont la scène live, une base pour se faire connaître connaître directement, ce qui leur offre une tribune que les JV n'ont pas. Et puis dans ce domaine là, le réseau de distribution est plus mature et mieux installé que pour les jeux vidéos... Mais comme le dit Ivan, les outils de tri et de mise en avant des plateformes dématérialisées sont encore jeunes, et on peut espérer voir une évolution dans le domaine.
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zabuza il y a 6 mois
zabuza
FildeonJe suis d'accord avec Ivan Le Fou, c'est bien pour ça que je fais confiance à la presse spécialisée sur les jeux vidéos comme Joystick par exemple. Mais quant aux jeux sociaux et appstore ....honnêtement sur 80000 jeux combien de trucs totalement ineptes qui ne méritent même pas un 0/20 dans un magasine spécialisé?
Non mais on s'en fou de ça, et en plus tu es hors sujet. Personne ne parle ici de qualité mais d'efficacité de ventes. Une bouse est une bouse, quelque soit son support. Ensuite, j'epsère bien que le jeu vendu à 60 surpasse complètement le pauvre truc à 0.79 cents. Le contraire serait navrant.
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Rikimaru il y a 6 mois
Rikimaru
Zabuza c'était mon psuedo:cry:
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MoTorBreath il y a 6 mois
MoTorBreath
Il reste donc à inventer le journaliste dématérialisé ?
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Fildeon il y a 6 mois
Fildeon
zabuzaNon mais on s'en fou de ça, et en plus tu es hors sujet.
Je ne suis pas hors sujet je t'encourage à lire (et comprendre) le sujet en entier.
zabuza Personne ne parle ici de qualité mais d'efficacité de ventes. Une bouse est une bouse, quelque soit son support.
Et tu trouves normal que les honnêtes gens qui gagnent durement leur vie soient floués par des développeurs sans scrupules qui sortent des jeux totalement nuls et osent les vendre ! Alors en effet, je suis pour que la presse spécialisée s'empare du sujet, si on élimine déjà toutes les merdes les bons jeux auront beaucoup plus de visibilité et pour reprendre ton terme se vendront plus efficacement (même si je suis en désaccord avec cette vision purement capitaliste d'un marché qui devrait rester un art).
zabuza Ensuite, j'epsère bien que le jeu vendu à 60 surpasse complètement le pauvre truc à 0.79 cents. Le contraire serait navrant.
Ce que tu dis est complétement à côté de la plaque tu peux avoir un bon petit jeu pas cher sur lequel tu vas passer des centaines d'heures et à côté de gros blockbusters auxquels tu ne jouera que 10 heures au mieux. Le prix n'a jamais fait la qualité a fortiori dans l'univers du jeu vidéo.
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Lanys il y a 6 mois
Lanys
La fin de l’analyse est trés intéressante (tout comme le reste d'ailleurs) mais je ne vois pas trop comment les journalistes pourraient tester tous les jeux intéressants. Par logique, un jeu n'est déclaré intéressant qu'aprés avoir été testé. Du coup il faudrait que l'ensemble de la redaction teste des centaines/milliers de jeux qui sortent chaque mois pour avoir un avis sur chacun, et publier des articles sur ce qui se trouve en haut du panier? Je caricature, bien entendu, mais même en ne faisant qu'ouvrir vos grands yeux pleins de passion sur ce qui traine, vous allez devoir embaucher. Je pense plutôt que l'on va de moins en moins demander aux journalistes de la presse écrites leur opinion spécifique sur tel ou tel jeu. Pour avoir un avis de ce genre sur une quantité massive de sujets différents, un site d'avis comme Allociné (qui vaut ce qui vaut, certes) transposé dans le milieu videoludique me semble plus crédible. Par contre, la presse écrite aura encore des choses a dire, mais plus sur des analyses de fond. Avec l'apparition d'une myriade de supports, de plateforme de téléchargement, de mode de paiement différents/financements différents, ect... il y a un paquet de sujets qui ne seront jamais sérieusement abordés sur des sites communautaires. Et, bien sur, mettre en avant quelques perles passées inaperçues du grand public, mais plus a un niveau anecdotique "ah, si avez 10€ a foutre quelque part, ça c'est sympa" plutot que "Les jeux Indés, attrapez les tous!". Enfin, moi, y'a des pages que je ne lis plus vraiment, dans canard pc. Genre les pages review, c'est vraiment quand j'ai fait le tour du reste (ça reste marrant a bouquiner). Même les tests, bien que passionnants et argumentés, ne me font plus changer d'avis. Tout simplement parce que cet avis, je l'ai deja forgé en lisant les retours sur le forum, en surfant, ect. Par contre, rien que "Au coin du feu" justifie l'achat du mag, pour moi, tout comme les news software/hardware qui donne des infos qu'on trouve difficilement ou qui passent inaperçu sur les sites les plus connus.
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