par Ivan Le Fou 17 novembre 2011 - 09h00

Pourquoi l'Irlande, et pourquoi le jeu vidéo tout à coup, plutôt qu'une industrie en rapport avec des ressources locales plus abondantes, genre la laine de granit et la pierre de mouton ? L'Irlande parce que le pays est un petit paradis fiscal à la sauce européenne, avec son taux d'imposition des entreprises qui culmine à 12,5 % au lieu des plus de 30 % français ou allemands. Grâce à cela, et à une politique d'aide à l'installation très volontariste, l'Irlande, qui connaît aujourd'hui de grosses difficultés après la crise des subprimes, a néanmoins réussi en 15 ans a attirer sur son sol fiscalement douillet la plupart des grosses boîtes informatiques du monde : Google, Microsoft, Intel, Facebook et en septembre dernier le siège de l'activité internationale de Twitter.
Évidemment, une fois que toutes ces grandes marques sont déjà installées, et que vous avez mis en place toute l'infrastructure adaptée pour ces emplois (en matière de télécoms, mais aussi de formation ou de qualité de vie), il est parfaitement logique de tenter de développer le jeu vidéo, un secteur profondément interconnecté à l'informatique et aux réseaux sociaux: "Nous avons sur place quasiment toutes les plus grandes marques du monde, désormais. Nous n'avons plus qu'à faire évoluer le type de projets qu'elles entreprennent chez nous", a déclaré Paul Hayes, directeur de la communication du nouveau groupement économique irlandais Games Ireland. Et il ne fait pas mystère de la façon dont il compte s'y prendre: "Nous prendrons le meilleur de ce qui se fait en Corée, au Canada et en France, et nous essayerons d'ajouter tout ce que nous pourrons".
Tous ces efforts et ces mesures sont dirigés vers un secteur qui emploie aujourd'hui moins de 2 500 personnes en Irlande. Or, en France, l'industrie du jeu vidéo pèse environ 5 000 emplois. Non seulement c'est le double, mais ce sont des emplois qui sont au deux tiers en CDI et quasiment aux trois-quarts tournés vers l'export. Sauf erreur de ma part, tous les gouvernements français depuis vingt ans ont justement cherché à lutter contre le chômage, contre l'emploi précaire, et enfin contre le déficit de la balance commerciale. Avez-vous pour autant entendu parler d'un plan spécial de grande ampleur pour aider le jeu vidéo ?
Pourtant, notre pays a tous les atouts pour développer un secteur du jeu vidéo florissant : des formations informatiques et des écoles d'ingénieurs de très haut niveau, des formations artistiques modernes qui font chaque année saliver les recruteurs de chez Disney et Pixar, et des infrastructures télécoms enviables.
Mais ce n'est que 5 000 emplois et 250 entreprises. Et en France, aussi absurde que cela puisse paraîre, pour être aidé, il faut déjà être gros, sinon vous n'intéressez ni les élus à courte vue, ni les législateurs tatillons, ni les décideurs frileux. Voilà peut-être pourquoi, malgré quelques fiertés nationales dans l'édition (Ubisoft, 4e éditeur mondial et Vivendi, actionnaire majoritaire d'Activision-Blizzard), la France n'a jamais eu sur son sol un studio de développement qui soit une référence mondiale.
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Cette chronique est extraite du numéro 243 de "Canard PC", paru le 1er novembre 2011. Retrouvez la rubrique "Au coin du jeu" dans chaque numéro, ou presque.
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