On pourrait faire comme tout le monde et pleurer en brandissant toute une comptabilité macabre pour justifier notre colère après le gros crachat que Dice vient de nous coller dans la bouche. Mais au lieu de nous ridiculiser, parlons plutôt d'homme à homme, ou femme, ou indécis. Voyez-vous, Battlefield est certes un jeu vidéo, mais aussi et surtout le produit d'une entreprise qui cherche, bien naturellement, à maximiser ses profits. Or, beaucoup sont convaincus, à tort ou à raison, qu'un jeu de guerre se vend mieux lorsqu'il met en avant des soldats américains, sans doute parce qu'ils représentent une sorte de dénominateur commun pour le marché occidental. Mais même avec tout le pragmatisme du monde, je suis toujours mal à l'aise en voyant Battlefield bien confortablement installé dans une espèce de zone grise, avec une petite phrase d'introduction qui lui permet de justifier son américanisme primaire : « Battlefield 1 est inspiré d’événements réels qui eurent lieu il y a un siècle. » Car, l'air de rien, ces quelques mots permettent aux développeurs de rester constamment dans l’ambiguïté, en épiloguant par exemple sur les conséquences bien réelles d'une bataille que l'on vient de vivre, tout en évitant d'expliquer que la façon dont ils ont présenté les faits vient de faire une double clé de bras aux historiens, tout ça pour tirer la couverture vers les Américains, les Anglais et toutes ces populations si chères au département marketing d'Electronic Arts.