Nic Magnier travaille dans les jeux sur mobile. Je ne sais pas exactement ce qu’il y fait (il se décrit comme ancien marionnettiste chez Nintendo), mais son Roomies a de quoi en remontrer aux théoriciens de la narration. Tout au long de votre partie, vous ne verrez qu’une seule chose : le plan, en vue de dessus, lignes blanches sur fond bleu, de votre appartement d’étudiant. Vous dormez sur un matelas au sol, vous disposez d’un chiotte et d’un lavabo, et pourtant, le monde vous appartient. Vous, représenté à l’écran par un simple rond bleu, faites votre vie. Quelques jauges donnent une indication sur la satisfaction de vos besoins élémentaires : satiété, repos, bonheur et hygiène. Une horloge, en haut à gauche, tourne sans cesse. À chaque cycle, vous gagnez un nouveau meuble, à choisir parmi trois. Peu à peu, vous enrichirez votre intérieur d’une table, d’un frigo, d’un vrai lit… Parfois aussi, au lieu de gagner un meuble, vous en perdrez un. Et puis la vie continuera, vous trouverez un conjoint, vous ferez des enfants, vous accueillerez votre vieille mère. Et c’est là que le dispositif, plus que simple, basique, donne une dimension inattendue à Roomies. Là où l'on n’attendait qu’un jeu bâclé, on obtient une fable universelle sur la vie, l’amour et la mort.