L.F. Sébum

385 articles
Dark Forces
Salles de shoot

Conscients de ne pas pouvoir égaler les consoles, dont le hardware conçu pour afficher des dizaines de sprites permet des prouesses hors de leur portée, les PC ont longtemps cru avoir perdu la bataille du jeu d'action. Tout change avec la sortie de Wolfenstein 3D en 1992 : le raycasting, algorithme qui permet d'afficher sur les écrans de PC une illusion de 3D en temps réel sur les processeurs de l'époque, signe le début d'un nouveau genre de jeu d'action. Le first person shooter, jeu de tir à la première personne, est né. Si Wolf3D d'id Software en posera les bases, c'est Doom, développé par le même studio et sorti en 1993, qui achèvera de définir le genre – et changera à jamais l'histoire du jeu vidéo.

L'ogre, à l’époque où Quake était encore un jeu médiéval-fantastique. Dans la version finale, il aura un lance-grenades, histoire de moderniser un peu les récits des frères Grimm.
Quake

« En fait, Quake, c'est un peu du Alain Robbe-Grillet », expliqué-je à l'infirmier psychiatrique qui entre dans ma chambre capitonnée pour faire ma toilette. Bien sûr, comme d'habitude, il ne m'écoute pas et se contente de m'injecter un calmant. Mais comment lui en vouloir ? Quel rapport, à première vue, entre un jeu dans lequel on explore des corridors obscurs avec un lance-grenades à la main et le pape du nouveau roman, qui a révolutionné la littérature en décrétant que toute prétention au récit ou à l'objectivité et l'espoir même de créer un personnage cohérent ou de se référer au réel, était une chimère ? Et pourtant...

Duke Nukem 3D

Procureur du temps. Time prosecutor. Avouez que ça claque. On dirait un crossover entre New York, police judiciaire et Docteur Who. Ou bien une suite de Time Cop, où Jean-Claude Van Damme aurait repris ses études de droit. Quoi qu'il en soit, le procureur du temps, aujourd'hui, c'est moi. Et depuis mon estrade anachronique, depuis laquelle j'écris en 2019 pour un magazine de 1996, je vais me livrer à un réquisitoire contre Duke Nukem 3D, le jeu qui a tout foutu en l'air, tel un voyageur temporel revenu en 1933 pour assassiner Hitler et empêcher la catastrophe.

Mortal Kombat 11 - Cadavres exquis

En général, au début des films de kung-fu, le vieux sage dit au héros quelque chose comme « Xuan Yuhan Tao, tu ne seras jamais aussi fort que Jiang Dong Zhi, car lui se bat avec le cœur, et tu te bats avec les poings ». Suite à quoi le héros passe deux heures à tabasser des figurants afin de prouver sa valeur. Mortal Kombat, c'est la même histoire. Yoshinori Ono, vieux sage et producteur de Street Fighter IV, l'a bien résumé : « Dans les Street Fighter, le combat est une fin en soi. Dans les Mortal Kombat, il n'est qu'un moyen d'arriver à la fatalité, et pourrait presque être zappé entièrement. » Et depuis dix-sept ans, le jeune Mortal Kombat tente de prouver à son mentor qu'il est lui aussi un jeu de combat digne de ce nom.

Un podcast de la NPR, cpc.cx/invisibilia
Invisibilia

Speakerman - Que j'aime ta couleur cassée

CGA. Color Graphic Adapter. Ce mode graphique, créé en 1981, a fait les grandes heures des premiers platformers PC. Il y avait de quoi : pour la première fois, grâce au CGA, il était possible d'afficher des graphismes en couleur dans des résolutions hallucinantes, comme le 320 × 200. Enfin, « en couleur », façon de parler. Le « color » de « color graphic adapter » devait être compris comme « démocratique » dans « République démocratique allemande » : il y en avait, mais pas beaucoup. Quatre, pour être précis. Et c'est cette époque légendaire, toute en noir, en blanc, en cyan et en magenta, que Speakerman veut nous faire revivre.

The Glass Staircase - Peur sur l'AVI

« Chacun d'entre nous est spécial et dispose d'un talent particulier, qui ne demande qu'à être révélé », expliquait récemment à la radio le professeur Jean-Michel Bullshit, auteur de livres de développement personnel à destination des bobos en quête de sens. Ce cher professeur avait vu juste – c'est sans doute pour ça qu'il est professeur, d'ailleurs, quand on y réfléchit. Par exemple, le talent spécial de Noël Malware, c'est de mettre les gens mal à l'aise avec une petite remarque en apparence innocente. Je lui montre The Glass Starcase, lui explique que c'est une sorte d'Alone in the Dark. « Ah ouais, une sorte de Resident Evil », répond-t-il du tac au tac, avant de se taire et de me fixer d'un regard appuyé dont j'emporterai le souvenir dans la tombe.

Les niveaux sont très variés, avec des séquences d'infiltration et même une scène à moto assez fidèle aux histoires de périph' que nous raconte Kahn Lusth.
Katana Zero - Sabre au clair

Mes amis, je suis au regret de vous l'apprendre : votre vie entière est un mensonge. Ça a commencé très tôt, quand vous étiez bébé, quand on vous a offert ces jouets où il fallait insérer ronds et carrés dans les trous de la même forme. Ça a continué à l'école, surtout en cours de maths, où on vous a entraîné, année après année, à utiliser votre imagination et votre sens logique pour chercher à résoudre des problèmes de plus en plus complexes. On connaît la chanson : quand ça ne marche pas, il faut essayer autrement ! BALIVERNES ! Quand ça ne marche pas, il faut continuer à faire la même chose, forcer comme un bourrin jusqu'à ce que ça rentre, jusqu'à ce que le rond rentre dans le carré, jusqu'à ce que 2 plus 2 soit égal à 3. C'est ce qu'a fait Askiisoft, et le résultat est un chef-d'œuvre.

Baba is You - Baba Aurum

« Mais si tu fais ça, tu peux ouvrir le mur avec le rocher, non ? – Ben oui mais là je suis déjà la porte aussi. – Et si tu changes ça, tu n'es plus la porte ? – Ah je ne suis plus la porte mais je ne suis plus rien du coup. Regarde, plus rien n'est moi ! » Depuis que la rédac s'est mise à Baba Is You, nos discussions ressemblent à celles des pensionnaires d'un asile de fous en plein délire métaphysique. Enfin, encore plus que d'habitude.

One Finger Death Punch 2 - À deux doigts d'être réussi

Je me souviendrai toujours du visage radieux de Toto-la-déglingue, notre maquettiste, ce soir de 2013 où je lui ai fait découvrir l'existence de One Finger Death Punch. Après avoir un peu ronchonné « eh mais c'est tout nul ton jeu avec des bonshommes bâtons là », celui qui faisait encore la joie et la fortune de tous les importateurs d'herbes aromatiques de Seine-Saint-DenisNote : 1 a fini par accepter d'essayer. Il y a passé des heures. Normal. One Finger Death Punch était un excellent jeu.

Note 1 : Depuis il s'est rangé, désormais monsieur est propriétaire et lit les pages saumon du Figaro.