367 Acheter
La version papier
Sortie en kiosque
le 1 octobre 2017
Ancien numéro
Par L-F. Sébum | le 17 septembre 2017

Canard PC 367 : Édito

Édito

Lors de la dernière Gamescom, Dean Takahashi, journaliste pour le site Venture Beat, a publié un article sur le jeu de plateformes Cuphead, assorti d'une vidéo où on le voyait jouer avec l'adresse d'un enfant de six mois dont on aurait cassé les métacarpes. Il était d'ailleurs le premier à en rire, et passait une bonne partie de son papier à se moquer de sa propre nullité. Cela n'a pas suffi à calmer les trolls et ce qui reste de gamergaters, qui se sont empressés d'agonir d'injures le pauvre Takahashi, devenu malgré lui le symbole de ces journalopes-qui-ne-sont-pas-des-vrais-joueurs. Réponse du berger insulté à la bergère débile, les journalistes de plusieurs médias se sont fendus d'articles déplorant l'élitisme dont feraient preuve nombre de gamers, qui les pousserait à mépriser les joueurs moins adroits. Cet élitisme existe, inutile de le nier, et ne concerne pas que les joueurs. Qu'elle prenne la forme du « apprends à jouer ! » ou du « tu n'es pas un vrai fan ! », la traque des « illégitimes » (qui, comme par hasard, sont souvent des femmes) est d'ailleurs l'une des seules choses qu'ont en commun les différentes branches de la soi-disant culture geek. Mais est-ce vraiment le sujet ? La question est de savoir si un journaliste a besoin, afin de juger un jeu, de disposer de compétences minimales (question déjà posée il y a un an, quand le site Polygon avait diffusé une vidéo de Doom particulièrement pathétique). De la même façon qu'il semble difficile de rendre un verdict sur une œuvre en ignorant tout du genre auquel elle appartient, comment serait-il possible de saisir les subtilités d'un gameplay dont on ne maîtrise pas les rudiments ? La question est complexe, et on aurait tort de la jeter avec l'eau du bain boueux dans lequel pataugent les gamergaters.
Et elle en appelle d'autres. En 2007, le Washington Post avait placé le prix Pulitzer Michael Dirda devant Bioshock puis lui avait demandé si, selon lui, les jeux vidéo avaient une valeur artistique. Sans surprise, Dirda, alors âgé de 58 ans et qui n'avait jamais tenu une manette en main, concluait par la négative. Dans les commentaires de l'article, entre deux insultes de gamers outrés qu'on ose blasphémer leur loisir, on trouvait cette remarque : « Le jeu vidéo est bien supérieur aux autres formes d'art. La preuve c'est qu'on peut mal jouer à un jeu, alors qu'on ne peut pas mal lire un livre, ou mal regarder un film. » Malgré sa prodigieuse crétinerie, cette remarque ne manquait pas d'intérêt. Juger de la qualité de la lecture d'un film, d'un livre, d'un tableau demande de la culture, de la sensibilité, de la finesse – il s'agit toujours d'une affaire éminemment complexe et subjective. Le jeu vidéo, lui, offre aux plus naïfs une réponse simple et objective à la question de la bonne pratique : bien jouer à un jeu, c'est gagner. Mal jouer à un jeu, c'est perdre. Plus que leur supposé élitisme, cette compréhension naïve de ce qui constitue le « bien jouer » explique sans doute bien des choses sur la réaction des gamergaters face aux mauvais journalistes, et leur refus violent d'une critique culturelle du jeu vidéo.

A la Une

Test

Total War : Warhammer 2

Le retour de marteau de guerre

En regardant Total War : Warhammer 2, j’ai eu une drôle d’impression. Je ne parle pas du léger sentiment de déjà-vu, inhérent à toute suite, mais de celle, perturbante, de voir flotter dans l’air un visage débonnaire déclamant d’une voix rocailleuse : « Il y en a un peu plus, je vous le mets quand même ? », comme le ferait mon boucher. Ou Rocco Siffredi. Qu’importe : l’un comme l’autre ne seraient pas du genre à facturer un petit supplément de viande. Alors que Sega et Creative Assembly, oui. Et au prix fort.

Test

Divinity : Original Sin 2

Liberté, létalité, jets de dés

Ma semaine s'annonçait calme, mais ça, c'était avant qu'une poule m'engueule pour avoir volé ses œufs et qu'une nécromancienne m'agresse pour une histoire trouble d'horticulture occulte. C'était avant que je supplie un navire caractériel de bien vouloir avancer, avant que je demande à un squelette trop volubile de faire le mort, avant que je cambriole un manoir-forteresse. C'était avant que je joue à Divinity : Original Sin 2

Je vis des hauts et des bas

Du forgeron invisible au coiffeur de l'ombre

Je me suis posé des questions et je n'aurais vraiment pas dû

Pour estimer la qualité et la cohérence d'un univers de jeu vidéo, une frange particulièrement extrême de rôlistes se pose la question suivante : « Qu'est-ce que les gens mangent ? » Si le joueur trouve une réponse satisfaisante lors de son exploration, par exemple des champs cultivés, du bétail ou des silos à grain, alors la logique du monde est sauve. L'astuce se décline en tout un tas de variantes inoffensives : « Où est-ce que les gens dorment ? », « où puisent-ils leur eau ? » et « où travaillent-ils ? ». Hélas, de dangereux déviants ont perverti cette méthode avec des obsessions douteuses et un absurde souci du détail. Moi, par exemple, la question que je n'arrive pas à me sortir de la tête, c'est : « Qui a décidé qu'il devait y avoir des pics, là ? »

A venir

Super Mario Odyssey

Champi Chapo

Je les avais prévenus. Je veux bien aller voir Super Mario Odyssey, je leur ai dit, mais autant que ce soit clair les gars, on va me filer les contrôleurs bizarres de la Switch et je vais mourir en boucle jusqu'à la fin de la présentation. Vous me connaissez, je suis du genre à tourner la manette comme si c'était un volant, ça va être la fin de ma carrière professionnelle cette histoire. Et puis, arrivée chez Nintendo, on m'a effectivement confié des Joycon, mais on m'a dit de les secouer dans tous les sens et ça ne s'est pas si mal passé.

Test

Total War : Warhammer 2

Le retour de marteau de guerre

En regardant Total War : Warhammer 2, j’ai eu une drôle d’impression. Je ne parle pas du léger sentiment de déjà-vu, inhérent à toute suite, mais de celle, perturbante, de voir flotter dans l’air un visage débonnaire déclamant d’une voix rocailleuse : « Il y en a un peu plus, je vous le mets quand même ? », comme le ferait mon boucher. Ou Rocco Siffredi. Qu’importe : l’un comme l’autre ne seraient pas du genre à facturer un petit supplément de viande. Alors que Sega et Creative Assembly, oui. Et au prix fort.

Test

Divinity : Original Sin 2

Liberté, létalité, jets de dés

Ma semaine s'annonçait calme, mais ça, c'était avant qu'une poule m'engueule pour avoir volé ses œufs et qu'une nécromancienne m'agresse pour une histoire trouble d'horticulture occulte. C'était avant que je supplie un navire caractériel de bien vouloir avancer, avant que je demande à un squelette trop volubile de faire le mort, avant que je cambriole un manoir-forteresse. C'était avant que je joue à Divinity : Original Sin 2

Je vis des hauts et des bas

Du forgeron invisible au coiffeur de l'ombre

Je me suis posé des questions et je n'aurais vraiment pas dû

Pour estimer la qualité et la cohérence d'un univers de jeu vidéo, une frange particulièrement extrême de rôlistes se pose la question suivante : « Qu'est-ce que les gens mangent ? » Si le joueur trouve une réponse satisfaisante lors de son exploration, par exemple des champs cultivés, du bétail ou des silos à grain, alors la logique du monde est sauve. L'astuce se décline en tout un tas de variantes inoffensives : « Où est-ce que les gens dorment ? », « où puisent-ils leur eau ? » et « où travaillent-ils ? ». Hélas, de dangereux déviants ont perverti cette méthode avec des obsessions douteuses et un absurde souci du détail. Moi, par exemple, la question que je n'arrive pas à me sortir de la tête, c'est : « Qui a décidé qu'il devait y avoir des pics, là ? »

A venir

Super Mario Odyssey

Champi Chapo

Je les avais prévenus. Je veux bien aller voir Super Mario Odyssey, je leur ai dit, mais autant que ce soit clair les gars, on va me filer les contrôleurs bizarres de la Switch et je vais mourir en boucle jusqu'à la fin de la présentation. Vous me connaissez, je suis du genre à tourner la manette comme si c'était un volant, ça va être la fin de ma carrière professionnelle cette histoire. Et puis, arrivée chez Nintendo, on m'a effectivement confié des Joycon, mais on m'a dit de les secouer dans tous les sens et ça ne s'est pas si mal passé.