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La version papier
Sortie en kiosque
le 29 novembre 2017
Ancien numéro
Par Guy Moquette | le 15 novembre 2017

Canard PC HS27 : Spécial jeux de plateau

Édito

Il y a tout juste un an, Canard PC sortait son premier hors-série consacré aux jeux de plateau. Le succès rencontré par ce magazine « spécial jeux pas vidéo » a permis à nos analystes de tirer deux conclusions. La première, c’est que ce serait malin d’en publier un autre l’année suivante – c’était celle de l’analyste financier, un vrai tueur – et la seconde, que le secteur du jeu de société, de plateau, de cartes ou même de rôle (dont on parle un peu à la fin de ce magazine, d’ailleurs), est véritablement en train d’exploser. Aussi, que la part consacrée au poussage de pions dans le temps de jeu de notre lectorat a considérablement augmenté, au détriment de celle dédiée à la maltraitance de souris et de manettes. Afin de mieux comprendre cette mutation, nous avons demandé à Jean-Sigismond de la Roture (on suppose que ce n’est pas son vrai nom, mais on s’en moque), le grand marabout-magnétiseur-expert-comptable officiant dans l’ancien kebab en face de la rédaction, d’effectuer un sondage télépathique des lecteurs du premier hors-série et leur demander quels sont, selon eux, les avantages du jeu de plateau par rapport au jeu vidéo. Une fois les réponses biaisées, de type « Qui me parle ? C’est toi papa / petit Jésus / Père Noël ? » écartées, voici les résultats : 42 % d'entre eux ont argué que, pour le prix d'un jeu vidéo dématérialisé, ils obtenaient un jeu de société bien réel, avec beaucoup moins de bugs, et auquel ils allaient jouer plus de six heures. Pour 32 %, c'est la possibilité de faire du multijoueur sans entendre de propos désobligeants sur leur génitrice, ni sur leur supposée sexualité, manifestement considérée comme déviante par leurs interlocuteurs. 7 % aiment, je cite, « voir la détresse dans les yeux des adversaires que je piétine et des alliés que je trahis » (il va falloir penser à consulter, là). Et enfin 19 % se réjouissent de pouvoir les acheter et les revendre sur le marché de l'occasion. D'indéniables qualités, pour ces jeux dont le nombre, la qualité et la diversité, ne cessent de croître et nous incitent à leur consacrer, à nouveau, un magazine entier rien que pour eux.

Un grand merci à : Agnès, Alexandre, Jean-Pierre, Clémence, Mel, Mathieu pour leurs organisations de parties au débotté ; à Alex pour ses connaissances encyclopédiques et ses précieux conseils ; aux palmipèdes pousseurs de pions du forum de Canard PC (ils sont gentils et accueillants, si vous cherchez des conseils ou des joueurs pour compléter une table, c’est ici : cpc.cx/canardde), ainsi qu’à tous ceux qu’on ne peut citer par manque de place : joueurs adorables croisés par hasard, patrons de boutique passionnés ou acteurs de l’industrie dont l’amabilité et la disponibilité dépassent le simple professionnalisme.

A la Une

Deuxième partie

Le Spiel 2017 d'Essen

La tête dans le pion

Il est d'usage de dire que l'International Spieltage d'Essen, que tout le monde – organisateurs compris – appelle désormais communément le Spiel, est la Mecque du jeu de société. C'est parfaitement vrai et nullement exagéré. Pour sa 35e année, cet incontournable salon accueillait pas moins de 1 100 exposants de 50 nations différentes, qui ont eux-mêmes rameuté quelque 180 000 visiteurs venus arpenter pendant quatre jours les 70 000 m² des différents halls du Messe d'Essen. On peut affirmer, avec l'exactitude et la pertinence qui nous caractérisent, qu'on est loin de la foire au boudin de Montceau-les-Mines.

Dossier

Game of Thrones servi sur un plateau

La foire du Trône

En 2011, le monde découvrait une petite série américaine bourrée d’acteurs britanniques et son univers chatoyant mêlant intrigues médiévales, violence, femmes à poil, complots, une pointe de surnaturel, hommes à poil, réflexions sur la loi salique et la primogéniture masculineNote : 1, démembrements, inceste, bêtes à poils (et aussi à écailles, plus tard) et trahisons. Enfin, le monde MOINS le petit pourcentage de la population qui connaissait depuis 1996, et 1998 en France, la série littéraire Le Trône de Fer, dont Game of Thrones était l’adaptation télévisuelle. Compte tenu du succès rencontré, que l’on peut s’avancer à qualifier de « notable » quand on goûte l’euphémisme, pas étonnant de voir les adaptations de la licence en jeux de plateau se multiplier. Petit tour de l’offre actuelle au sein de laquelle on ne trouve aucun jeu coopératif. Une manière de dire qu’ils respectent tous, à leur manière, l’esprit de la saga. Note 1 : si, si

Dossier

Entretien avec Sandy Petersen

Interview en (presque) compagnie de H.P. Lovecraft

Sandy Petersen est l'un des concepteurs les plus fascinants et les plus polyvalents de l'histoire du jeu de plateau. Né en 1955, il a commencé sa carrière de game designer chez Chaosium. C'est à lui que l'on doit le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu, première adaptation de H.P. Lovecraft, un auteur dont l'œuvre fascine Petersen depuis son adolescence. Il est d'ailleurs devenu l'un des plus grands spécialistes au sein de la pop culture américaine. Passé au jeu vidéo dans les années 90, il a contribué à certains des titres les plus célèbres de la décennie, tout d'abord chez MicroProse (Sid Meier's Pirates! et Civilization) puis Id Software (Doom et de Quake) et enfin, Ensemble Studios (Age of Empires, Halo Wars...). Après avoir donné des cours de game design et conçu des jeux iOS, il est revenu en 2013 à ses premières amours : H.P. Lovecraft et le jeu sur table. Il crée sa société, Petersen Games, et publie en 2015 le jeu de plateau Cthulhu Wars. En janvier prochain sortira Sandy Petersen's Cthulhu Mythos for Pathfinder, un guide pour utiliser le mythe lovecraftien dans une partie de Pathfinder.

Dossier

La renaissance du jeu de plateau

Ich bin ein Spieler

Ce n’est pas prendre un gros risque de dire qu’aujourd’hui, le jeu de plateau est une activité entrée dans la norme. La transition entre un loisir de niche pour passionnés se cachant dans l’ombre et une activité ludique pratiquée par une grosse partie de la population ne s’est bien évidemment pas réalisée en un jour. C’est qu’on ne passe pas du backgammon à Magic : The Gathering sans qu’il n’y ait un ou plusieurs coupables. Si l’histoire du jeu de société remonte à des temps, pfiou, très lointainsNote : 2, nous nous intéresserons ici, plus précisément à son passé récent et à l’émergence de ce que l’on appelle le « jeu de société moderne ». Note : l’auteur tient à remercier Ulrich Schädler, du Musée Suisse du Jeu, pour le partage de son savoir sur l’histoire du jeu de plateau allemand avant et après-guerre en Allemagne, ainsi qu’à Sébastien Pauchon (auteur de, entre autres, Yspahan, Jamaïca ou Jaipur) pour son éclairage sur l’état actuel du jeu de plateau.

Note 2 : ses origines ont d’ailleurs fait l’objet d’une rétrospective dans le précédent hors-série

Deuxième partie

Le Spiel 2017 d'Essen

La tête dans le pion

Il est d'usage de dire que l'International Spieltage d'Essen, que tout le monde – organisateurs compris – appelle désormais communément le Spiel, est la Mecque du jeu de société. C'est parfaitement vrai et nullement exagéré. Pour sa 35e année, cet incontournable salon accueillait pas moins de 1 100 exposants de 50 nations différentes, qui ont eux-mêmes rameuté quelque 180 000 visiteurs venus arpenter pendant quatre jours les 70 000 m² des différents halls du Messe d'Essen. On peut affirmer, avec l'exactitude et la pertinence qui nous caractérisent, qu'on est loin de la foire au boudin de Montceau-les-Mines.

Dossier

Game of Thrones servi sur un plateau

La foire du Trône

En 2011, le monde découvrait une petite série américaine bourrée d’acteurs britanniques et son univers chatoyant mêlant intrigues médiévales, violence, femmes à poil, complots, une pointe de surnaturel, hommes à poil, réflexions sur la loi salique et la primogéniture masculineNote : 1, démembrements, inceste, bêtes à poils (et aussi à écailles, plus tard) et trahisons. Enfin, le monde MOINS le petit pourcentage de la population qui connaissait depuis 1996, et 1998 en France, la série littéraire Le Trône de Fer, dont Game of Thrones était l’adaptation télévisuelle. Compte tenu du succès rencontré, que l’on peut s’avancer à qualifier de « notable » quand on goûte l’euphémisme, pas étonnant de voir les adaptations de la licence en jeux de plateau se multiplier. Petit tour de l’offre actuelle au sein de laquelle on ne trouve aucun jeu coopératif. Une manière de dire qu’ils respectent tous, à leur manière, l’esprit de la saga. Note 1 : si, si

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Entretien avec Sandy Petersen

Interview en (presque) compagnie de H.P. Lovecraft

Sandy Petersen est l'un des concepteurs les plus fascinants et les plus polyvalents de l'histoire du jeu de plateau. Né en 1955, il a commencé sa carrière de game designer chez Chaosium. C'est à lui que l'on doit le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu, première adaptation de H.P. Lovecraft, un auteur dont l'œuvre fascine Petersen depuis son adolescence. Il est d'ailleurs devenu l'un des plus grands spécialistes au sein de la pop culture américaine. Passé au jeu vidéo dans les années 90, il a contribué à certains des titres les plus célèbres de la décennie, tout d'abord chez MicroProse (Sid Meier's Pirates! et Civilization) puis Id Software (Doom et de Quake) et enfin, Ensemble Studios (Age of Empires, Halo Wars...). Après avoir donné des cours de game design et conçu des jeux iOS, il est revenu en 2013 à ses premières amours : H.P. Lovecraft et le jeu sur table. Il crée sa société, Petersen Games, et publie en 2015 le jeu de plateau Cthulhu Wars. En janvier prochain sortira Sandy Petersen's Cthulhu Mythos for Pathfinder, un guide pour utiliser le mythe lovecraftien dans une partie de Pathfinder.

Dossier

La renaissance du jeu de plateau

Ich bin ein Spieler

Ce n’est pas prendre un gros risque de dire qu’aujourd’hui, le jeu de plateau est une activité entrée dans la norme. La transition entre un loisir de niche pour passionnés se cachant dans l’ombre et une activité ludique pratiquée par une grosse partie de la population ne s’est bien évidemment pas réalisée en un jour. C’est qu’on ne passe pas du backgammon à Magic : The Gathering sans qu’il n’y ait un ou plusieurs coupables. Si l’histoire du jeu de société remonte à des temps, pfiou, très lointainsNote : 2, nous nous intéresserons ici, plus précisément à son passé récent et à l’émergence de ce que l’on appelle le « jeu de société moderne ». Note : l’auteur tient à remercier Ulrich Schädler, du Musée Suisse du Jeu, pour le partage de son savoir sur l’histoire du jeu de plateau allemand avant et après-guerre en Allemagne, ainsi qu’à Sébastien Pauchon (auteur de, entre autres, Yspahan, Jamaïca ou Jaipur) pour son éclairage sur l’état actuel du jeu de plateau.

Note 2 : ses origines ont d’ailleurs fait l’objet d’une rétrospective dans le précédent hors-série