Il se passe plein de trucs bizarres autour de l’e-sport. On avait fini par s’habituer à la fascination qu’il exerce sur les basketteurs professionnels américains (des joueurs comme Jeremy Lin, Jonas Jerebko, Rick Fox et même Shaquille O’Neal ont acheté des équipes, et fin septembre 2016 le club des Philadelphia 76ers s’en est payé deux, Apex et Dignitas). Mais ce n’est rien au regard des litres de salive qu’il semble faire couler au coin des tristes babines de la vieille télévision.

Et c’est là que Vivendi intervient : le groupe a annoncé un partenariat avec l’ESL (Electronic Sports League), la plus ancienne ligue de compétitions dans ce domaine. Après l’Équipe 21 et son e-Football League qui a fait figure de pionnier en France l’année dernière, l’e-sport devrait donc apparaître sur les « antennes du groupe Canal », comme dit le communiqué de mariage. Il s’agit de créer des compétitions nationales françaises sur la base de l’actuel « ESL Championnat national », qui seraient retransmises sur les télés du groupe (Canal annonce déjà un « Canal eSports Club » mensuel…), ou organisées dans les salles du groupe (Olympia), grâce à la billetterie du groupe (Digitick), et avec des artistes du groupe (Universal Music). Alors je vous vois venir : non, je ne sais pas si Hanouna commentera les matchs, et je ne sais pas non plus si ce sera en clair ou en crypté sur Canal+ (quoique l’e-sport, même en clair, c’est déjà assez crypté comme ça).

La télévision n’est évidemment pas la seule à vouloir sa dose d’e-sport. Le groupe Webedia (Jeuxvideo.com, Allociné, PurePeople…) en avait déjà croqué en rachetant Millenium.org, qui a ses propres équipes pros sur différents jeux. Cela ne suffisait pas, visiblement : Webedia a annoncé d’un coup le rachat de la société Oxent (qui organise les tournois ESWC et gère le site de tournois Toornament), une prise de participation dans l’agence Bang Bang Management (agence marketing dédiée à l’accompagnement des « talents ») et la création pour le compte du PSG d’une équipe e-sport portant les couleurs du club.

Voilà donc un groupe qui possède : des équipes de joueurs ; une agence pour les représenter ; des tournois pour les faire jouer ; et des médias pour en parler. On a déjà vu souvent des médias posséder des équipes sportives (Canal et le PSG hier, M6 et Bordeaux aujourd’hui par exemple). Quelquefois, des médias dans le même groupe que des événements (le quotidien L’Équipe appartient par exemple au groupe Amaury, qui organise le Tour de France, le Rallye Dakar ou l’Open de France entre autres). Mais avoir dans le même groupe les médias, les équipes, les tournois et les agents, je crois que c’est tout neuf.

Ça va se passer comment quand un joueur représenté par Webedia-Bang Bang voudra quitter l’équipe de PSG-Webedia ? D’ailleurs, vous conseilleriez à un joueur de Webedia-Millenium, qui participe aux tournois Webdia-Oxent, d’être défendu par Webedia-Bang Bang ? Je veux dire, s’il a le choix bien sûr. Puisqu’on parle de choix, j’y pense : comment vont faire les journalistes de Webedia-jeuxvideo.com pour enquêter sur les sanglantes dissensionsNote : 2 dans les équipes de Webedia-Millenium, l’absence scandaleuse de contrôles anti-dopage1 des tournois Webedia-Oxent ou les vilains contrats marketing cachés1 de Webedia-Bang Bang ? Et les commentateurs de Webedia-jeuxvideo.com, quel degré de sérénité atteindront-ils lors des matchs Webedia-Millenium contre PSG-Webedia ?

Vous allez voir que ça va finir par être marrant à suivre, l’e-sport.

Note 2 : Simples hypothèses pour rendre ce raisonnement plus vivant, rassurez-vous.