Début janvier, plusieurs internautes, souvent féministes, ont décidé de lancer le hashtag #HelloJVC pour interpeller jeuxvideo.com et sa société mère, le poids lourd Webedia, sur les campagnes de haine et de harcèlement qui utilisent leur plateforme, notamment le forum « Blabla 18-25 ans ». Elles et ils sont alors salués par des gerbes (je pèse mes mots) d’insultes ou de menaces. Les journalistes de LCI, Buzzfeed ou Numerama qui y consacrent des articles sont également pris à partie. Interpellé le 10 janvier sur Twitter parce que je mettais en cause la responsabilité de l’entreprise, Cédric Page (directeur général Gaming chez Webedia) s’est contenté de répondre : « Très peu comprennent la difficulté de modérer a posteriori un espace de liberté de 200 000 messages/jour. » L’argument de la difficulté n’est pas à prendre à la légère. Pour surveiller cette masse colossale de contributions, dont l’écrasante majorité ne pose aucun problème, l’essentiel de l’équipe de modérateurs est formé de bénévoles (environ 400, m’a-t-on dit chez Webedia), chapeautés par six salariés « community managers ». Ces derniers ont la main sur les outils internes et interviennent sur les cas les plus graves (notamment les signalements à la plateforme Pharos). Si le recours aux modérateurs bénévoles n’est pas en soi un problème (c’est le cas partout), le fait qu’ils soient élus par les utilisateurs des forums qu’ils sont chargés d’administrer peut expliquer certains exemples gênants de manque de distance, voire de complaisance. Mais le principal problème vient de l’extrême concentration des difficultés : la moitié de l’activité totale provient de deux forums seulement (le « Blabla 15-18 ans » et surtout le « Blabla 18-25 ans »). Or, ces deux forums totalisent à peine plus d’une quinzaine de modérateurs bénévoles. C’est peu, vraiment très peu pour contrôler 100 000 messages tombant jour et nuit.