C’est comme ça, le jeu de Rockstar fait peur. Avec GTA III, le développeur anglais a simultanément inventé un genre (le simulateur de criminel à monde ouvert en 3D) et créé un jeu si énorme et si populaire que personne ou presque n’a osé s’y frotter. Un monopole aussi immédiat est d’ailleurs unique dans l’histoire du jeu vidéo : même World of Warcraft et Call of Duty, qui ont longtemps régné en maîtres respectivement sur le MMO et le FPS, n’en étaient pas les inventeurs et n’ont jamais manqué de concurrents. Watch Dogs 2, comme Mafia, sait qu’il n’a pas le choix : quelles que soient par ailleurs ses qualités et ses défauts, s’il ne parvient pas à soutenir la comparaison avec GTA, il est mort. Fini. C’est pourquoi je vais prendre soin de mentionner GTA dans chacune des phrases de cet « À venir ». En même temps, Watch Dogs 2 fait tout pour inciter à la comparaison. À chaque seconde, il vous hurle dans les oreilles « regarde, regarde, je suis mieux que le patron ». Chez Rockstar, les dernières péripéties des protagonistes sont commentées par des flashs radiophoniques ? Eh bien, chez Ubi, vous aurez droit à des séquences de JT vidéo diffusées en incrustation dans un coin de l’écran pendant que vous vous déplacez. Tous les jeux à monde ouvert contemporain utilisent un pseudo-smartphone en guise de menu des options ? Dans celui-ci, vous devrez vraiment « télécharger » les applications dans un faux store avant de pouvoir utiliser la carte ou commander une voiture. GTA fait dans la satire sociale vulgaire à la South Park, avec des allusions aux grands problèmes de la société américaine ? Eh bien, Watch Dogs 2 pompera carrément dans les pages faits divers avec le sans-gêne d’un épisode de New York Police Judiciaire. Vous aurez droit à des allusions aux affrontements entre Uber et taxis, à un faux Martin Shkreli qui veut acheter l’unique copie de l’album d’un faux Wu Tang Clan. C’est parfois drôle, parfois lourdingue, le plus souvent pas très subtil. Cela dit, GTA, à la notable exception de son quatrième épisode, ne l’a jamais été non plus.