À force de questions, je finis par comprendre d’où venait cet être étrange. Sur sa planète, pas plus grande qu’un village, le petit bonhomme était un astronaute, l’un des premiers de son peuple. S’il était monté à bord d’une fusée de fortune, construite en bois et en corde, ce n’était pas pour la science, pour conquérir ou pour la gloire, mais simplement « pour l’aventure », pour découvrir ce que son système avait à offrir et pour percer tous ses mystères. Il m’expliqua qu’il n’avait été guidé par rien, sinon par sa curiosité. Personne, au cours de son périple, ne l’avait jamais pris par la main pour lui dire sur quelle planète atterrir, quelle lune explorer ou quelle ruine découvrir. Il ne suivait que son instinct et son carnet de bord installé dans sa fusée, qui s’emplissait de toutes ses découvertes. Ce n’est qu’au matin du troisième jour que je compris la petite vie mélancolique de l’extraterrestre. Après avoir longtemps regardé le soleil, il me dit : « Je suis triste, allons voir une supernova. » Je répondis que les supernovae étaient très rares, et qu’on ne pouvait pas en observer à l'envi. Il fixa longtemps le soleil, pensif : « Chez moi, le soleil explose toutes les 22 minutes. C’est pratique quand on est triste et qu’on aime les supernovae. Un jour, j’ai regardé le soleil exploser 48 fois. » Je lui demandai : « Tu étais donc si triste, le jour des 48 supernovae ? ». Mais l’extraterrestre ne répondit pas.