Créateur : Christophe Lebrun
Illustrateurs : Aurélie Lebrun du Puytison, Nasos Maloudis, Sergey Shikin
Éditeur : Jester Games
Sortie prévue : mi-2023
| Modifié le le 3 septembre 2022
Des jeux de conquête de territoire, il y en a des tonnes. Avec une économie simple et intelligente, il y en a déjà moins. Avec des fortunes qui se font et se défont sur un pari… ah oui, là on a déjà bien écrémé.
Ma complexité va craquer.
Barbarian Kingdoms est un beau projet lancé en financement participatif cet automne. Loin de n’être qu’une vague idée mâtinée de promesses, c’est déjà un jeu assez complet et surprenant. Auréolé du prix Stratégie du festival Ludinord 2021, ses créateurs ont décidé de monter leur propre maison d’édition pour faire vivre le jeu, et même le porter en boutiques (voir encadré).
Je travaille dans l’avènementiel.
L’aspect « conquête » semble pourtant classique. Pour étendre son domaine, on recrute, on déplace ses armées, on pille, on revendique de nouvelles régions, on lève des impôts pour récolter des pièces et constituer son petit trésor, qu’il faut discrètement cacher aux autres, ces vautours, derrière son petit paravent. Chaque clan a des pouvoirs asymétriques très utiles. La carte est grande, mais avec des territoires fermés lorsque le nombre de joueurs est insuffisant, des ports et une mer qui borde plus ou moins chaque région, tout est assez rapidement accessible, ou menacé, ça dépend du point de vue.
Jour de pille.
Il faut dire que la comptabilité n’est pas compliquée. Pas de banque, tout est sur le plateau. Sur chaque région, une pièce retournée. Est-elle de bronze, d’argent, d’or ? Seul celui qui la ramasse en pillant le sait, et c’est fondamental. Même simplicité pour les paiements et les impôts. J’investis pour revendiquer une région ? J’y dépose son coût en pièces. J’achète un des quatre soldats disponibles sur mon plateau ? Je paye là où je le pose. Je contrôle quatre zones et je lève l’impôt ? Je prends une valeur de quatre pièces de bronze, comme je veux, sur mes fiefs.* Ou buter deux pions de rois adverses, ce qui permet aussi des comebacks de l’enfer et des victoires surprises.
Les armées se font face, la tension monte, la peau se hérisse et le feu se déchaîne. Mais c’est le feu du pot-de-vin, l’idée géniale du titre.
Bakchich de tout dépenser ?
Chaque belligérant peut rameuter les troupes proches, les soldats valent trois points de combat, le roi six. Faut-il ramener tout le monde et se retrouver à poil ailleurs ? Les armées se font face, la tension monte, la peau se hérisse et le feu se déchaîne. Mais c’est le feu du pot-de-vin, l’idée géniale du titre. C’est ici que toute l’économie prend sa place, que l’or que vous avez planqué prend son importance, que les fortunes passent d’un joueur à l’autre.Illustration d'ouverture : © Jester Games
Mon jeu, ma bataille.
Un prix, un beau prototype, c’est bien. Mais se passer d’un éditeur déjà bien rodé, c’est risqué. C’est le pari de Christophe et Aurélie, l’auteur et la directrice artistique, dans ce « projet de couple ». Ils avouent même être « assez intransigeants sur [leur] vision du jeu ». « On croit beaucoup à ce projet, on avait un désir d’entrepreneuriat et les moyens financiers de le réaliser… Si on se plante, on ne pourra s’en prendre qu’à nous-mêmes. Et si ça marche, on pourrait encore en infliger deux ou trois à la communauté ludiste ! », analyse Christophe. On leur souhaite toute la réussite possible, mais on ne pourra pas s’empêcher de s’inquiéter un peu.