Le salon d'Essen, Spieltage de son vrai petit nom, a bien évolué avec le temps. Année après année, de nouveaux halls se sont ouverts pour accueillir un flot de visiteurs toujours grandissant et il n'est pas rare de voir, aujourd'hui, des mordus faire le pied de grue devant la porte bien avant l’heure d’ouverture (NDLR : on ne se moque pas : dans le jeu vidéo, on a les mêmes qui campent devant les portes de la Paris Games Week dans l'espoir de figurer parmi les premiers à jouer quinze minutes au nouveau Call of Duty qui sort une semaine plus tard). Le public qui vient à Essen est varié : on y croise des gros joueurs purs et durs prêts à passer huit heures accoudés à la même table, comme des petites familles qui passent par là et déambulent au hasard des allées sans objectif précis.

3,2,1… Jouez !

Cette année, comme de coutume, ce fut la ruée dès l'ouverture. Un peu comme dans ces reportages qui montrent le lancement des soldes dans les grands magasins. Le visiteur inquiet, sa liste de jeux dans une main et son chariot dans l’autre, courait sur le stand qu’il avait repéré sur son prospectus pour y récupérer le jeu qui lui avait fait de l’œil, ou bien souvent, le lot de goodies proposé par son éditeur. La première et furieuse vague passée, les visiteurs plus posés arrivaient, flânant d’un stand à l’autre, se baladant dans les boutiques du salon. On ne vient toutefois pas nécessairement à Essen pour faire des affaires... Certes, il fut un temps où les tarifs défiaient toute concurrence mais c’est de moins en moins le cas aujourd'hui. Par ailleurs, n'oublions pas la barrière de la langue : beaucoup de jeux sont en allemand, certains en anglais, mais pour le Français, il est plus sage d’attendre qu’un éditeur se charge de la traduction, à moins d’être pressé et d’avoir un cercle de joueurs à l’aise avec la langue de Shakespeare.

Large choix de jeux et genres

Quoi qu’il en soit, que l’on soit hardcore ou joueur modéré, difficile de ne pas trouver son bonheur à Essen. Des éditeurs de toutes les nationalités (60 % d'entre eux n'étaient pas allemands) proposaient de très nombreux produits : jeux de société classiques, mais également de cartes, de dés, d’adresse... Un des halls, particulièrement prisé des enfants, était même dédié aux jeux d’extérieur. Cette année, le Spieltage d'Essen s'est déroulé du 13 au 16 octobre. Nous avons pu jouer à quelques nouveautés, et voici celles qui nous ont tapé dans l’œil. Certaines d'entre elles ne sont pas encore forcément sorties, alors faites preuve d'un tout petit peu de patience...

On n’y a pas joué mais on en parle quand même…

Terraforming Mars, en tête du buzz et difficile d’accès (la table était constamment réservée) est un jeu de gestion à la surface de la planète rouge. Dans l’esprit, les joueurs se trouvent à la tête de mégacorporations qui tentent de, devinez quoi… terraformer Mars, bravo aux trois qui suivent. Dans les faits, ils jonglent avec des tas de petits cubes de couleur symbolisant leurs ressources, optimisent leur utilisation dans des mécaniques de creusage de crâne typiques des jeux de gestion à l’allemande. Sobre, mais excitant.

Une selection à surveiller

Styx 666
Facilyjeux ; 2 joueurs ; 15 minutes
Un jeu sur le thème des enfers : cinq cartes sont disposées face visible entre les joueurs. Elles représentent le « Styx » qu’il faudra contrôler. Une carte en main pour chacun, et sur chaque carte, trois informations : un clan, sa force, et une contrainte de pose. Peu de règles, un hasard maîtrisable et une grosse envie d’y revenir après la première partie. Le genre d’ovni ludique que l’on ne peut croiser que sur un festival, qui plus est présenté par un couple adorable. À surveiller de près…

Insider
Oink Games ; 4-8 joueurs ; 15 minutes
Chaque joueur commence par recevoir un rôle caché : il y a un maître du jeu, un insider, et des « commons ». Le maître du jeu se révèle, tout le monde ferme les yeux, il prend une carte qui lui indique un mot à faire deviner et la pose sur la table avant de fermer les yeux et de demander à l’insider de les ouvrir pour voir le mot. Puis ce dernier est caché : les commons et l’insider doivent poser des questions fermées au maître du jeu pour le deviner. L’insider doit faire en sorte que les commons trouvent le mot, mais sans se faire gauler : il faut donc subtilement orienter les questions pour que le groupe suive la bonne voie.

Evolution
Funforge ; 2-6 joueurs ; 1 heure
D’origine russe, Evolution propose une mécanique originale : vous faites évoluer l’ADN de votre espèce de dinosaure (de DINOSAURE, t’entends ?) grâce à un système de cartes. Vous pouvez devenir carnivore pour chasser vos adversaires, grossir pour les empêcher de vous boulotter, apprendre à grimper aux arbres, etc. Tout le sel du jeu est de savoir choisir la bonne évolution génétique quand il le faut.

Not Alone
Geek Attitude Games ; 2-7 joueurs ; 30-45 minutes
Vous incarnez des aventuriers perdus sur une planète qui cherche à les assimiler (planète incarnée par un des joueurs, d’ailleurs). Chacun se voit remettre cinq cartes représentant les lieux de la planète. Les aventuriers doivent programmer leurs actions en jouant la carte du lieu où ils souhaitent se rendre, chacun permettant une action spéciale (comme piocher des cartes, par exemple). Le joueur qui contrôle la planète doit essayer de les « lire » et d’annoncer le lieu où ils vont se rendre une fois qu’ils l’ont choisi : s’il y parvient, il progresse vers la victoire. C’est le principe du « je sais que tu sais » qui permet quelques bons coups de bluff. La partie s’arrête quand les aventuriers parviennent à s’échapper, ou quand ils ont tous été assimilés. Un jeu tendu jusqu’au bout.

Adrenaline (CGE)
CGE ; 3-5 joueurs ; 30-60 minutes
Un simulateur de FPS qui a attiré notre attention : l’un d’entre nous tente une partie contre trois Allemands (on a peur de rien). Les règles sont simples : ramasser ou tirer coûte une action, pas de dés pour toucher, pas de hasard. Point intéressant : plus on est proche de mourir, plus on tape fort. Après un début de partie éclatant, les trois adversaires teutons se liguent contre lui, ce qui lui vaudra cette conclusion : « Ne jamais faire chier trois Allemands en même temps. » Bonne impression sur ce jeu somme toute assez défoulant.

Styx 666