| Modifié le le 8 mai 2024
Toutes les marques s’y mettent : pour protéger son corps d’une sédentarité augmentée, l’achat d’une chaise spécialisée ou d’un bureau ultra moderne serait un must. À croire que le bonheur de vos vertèbres serait directement proportionnel au nombre d’euros claqués dans votre installation. Et si c’était à la fois un peu plus compliqué, mais aussi beaucoup plus simple que ça ?
L'appât du gainage.
Une pandémie jouant le rôle d’accélérateur plus tard, notre civilisation découvre les joies d’un télétravail forcé accompagné par un focus sur les choses de la santé et du bien-être. Ne serait-ce que temporairement, on bosse donc de chez soi ; et qu’on y déprime un peu ou qu’on s’y libère enfin de la pression des collègues ou d’un patron lourdingue, le fait est qu’on aimerait bien le faire dans de bonnes conditions. Sans surprise, dans une société de consommation comme la nôtre, la perception du « bon » passe souvent par l’amélioration de l’existant pour quelque chose de plus confortable, plus performant ou les deux. L’exode urbain pour quelques chanceux, le réaménagement du lieu de vie avec un coin pour bosser pour les autres, peu importe tant qu’on est solidaires d’Amazon et compagnie pour refaire son PC, changer de chaise, transformer la chambre en espace de coworking, et ainsi de suite. Penser à son bien-être tout en faisant flamber la carte bleue, c’est peut-être un poil cynique, mais ça arrange tout le monde dans l’industrie, des éditeurs de jeux aux fabricants de périphériques et autres accessoires.
Aïe aïe ouille.
Parlons douleurs, pour commencer. Notre mode de vie occidental est source de pathologies typiques liées à la sédentarité. On peut parler de dorsalgie au sens large, mais aussi et plus précisément de lombalgie (bas du dos), de névralgie ou sciatique, de discopathie, cervicalgie, de problèmes de canal carpien… Les pathologies peuvent être beaucoup plus variées encore, être la conséquence d'une position assise prolongée ou d'un métier pénible, un faux mouvement – c’est souvent le cas avec le lumbago – et sont évidemment susceptibles d’être aggravées par divers facteurs de risque. L’âge, le surpoids, le manque d’activité physique, les mauvaises habitudes alimentaires, le facteur génétique (ou la fameuse faute à pas de chance), la liste est là encore bien longue et on ne parle même pas des éventuels mélanges. On pourrait aussi parler du métabolisme, qui ralentit quand on s’assoit et freine la conversion de la nourriture en énergie, ce qui peut mener à une prise de poids, de la fatigue ou divers problèmes dont le diabète. Ou rajouter la cyphose, une pathologie caractérisée par une courbure exagérée de la colonne vertébrale et que l’on observe souvent chez les adolescents qui ne font pas de sport, s’assoient mal et couronneraient le tout avec une tendance à pencher la tête sur un bouquin ou un écran. N’en jetez plus, ou alors en gainant bien.S’asseoir voûté, accroupi ou en biais de manière prolongée, c’est aussi mauvais sur une chaise en paille que sur une Herman Miller.
Ça tient pas debout.
Et c’est la même chose pour les autres parties du corps ! Les épaules sont rentrées, la tête en avant ou en arrière vers un écran trop haut ou trop bas, les avant-bras tombent ou remontent exagérément vers le duo clavier/souris ? Il y a de fortes chances que vous soyez mal assis et que ça finisse par vous jouer un tour (de reins), si ce n’est pas déjà le cas. Peut-être, alors, regardez-vous avec gourmandise les bureaux « assis-debout » qui font un retour fracassant dans les tendances, après avoir déjà tenté quelques percées au cours de la dernière décennie ? On vous comprend, l’idée est séduisante à bien des égards : outre la perspective attirante de coller un peu de technologie dans un outil traditionnellement rudimentaire, on se prend inévitablement à rêver d’une pratique améliorée par cette nouvelle possibilité. Qui, cerise sur le gâteau, combat l’un des fléaux de notre civilisation en nous encourageant à décoller de la position assise. On ne s’attardera pas plus que ça sur l’argument matériel, comme souvent lié au montant investi dans l’installation. Au moins en théorie, il faudra cher payer pour s’affranchir d’éventuels problèmes de place, de gestion des câbles voire de fiabilité. Rien de très différent d’un autre périphérique, même si on introduit de nouvelles problématiques dans un élément traditionnellement (et littéralement) stable.
L'intellectuel assis et le con qui marche.
L’idée n’est donc pas de démonter l’assis-debout, ni même la chaise-baquet de g@m3r en alcantara ou tout autre outil, qu’il soit bardé de fonctions ou finitions anecdotiques ou pas ; mais plutôt, et avant tout, de remettre l’église au milieu du village en parlant, plutôt que des risques encourus à trop rester dans une position ou une autre, de ceux que l’on prend à ne pas augmenter son activité physique. Cette dernière étant la composante essentielle de la prévention et du soin, vous voyez où l’on veut en venir. Le Dr Hillsdon de l’Université d’Exeter le formule bien mieux qu’on ne le ferait : « Le problème réside davantage dans l’absence de mouvement que dans le temps passé assis ou debout. On peut ainsi remettre en cause l’utilité supposée des bureaux assis-debout, pourtant mis en avant par certains dans le cadre d’un environnement sain. » Qu’elles naissent d’une simple erreur, d’un enjolivement lié au marketing ou d’une certaine malveillance, d’innombrables croyances viennent aujourd’hui obscurcir ce message d’origine, aussi simple que douloureux. Peu importe que l’on bosse assis, debout ou couché, puisque l’on échange un problème pour un autre et qu’in fine, douleurs et pathologies peuvent survenir. L’important, et il n’y a pas besoin d’être professionnel de santé ou chercheur pour le savoir, c’est de se bouger un minimum au quotidien, et peut-être un peu plus que ça quand on a un job ou un hobby à risques. Le meilleur exercice possible pour tout mettre à contribution ? Pour le Dr Savalli, rien ne vaut le gainage en planche – une bonne posture permettra déjà de compenser les effets néfastes de la sédentarité.Plutôt que des risques encourus à trop rester dans une position, parlons de ceux que l’on prend à ne pas augmenter son activité physique.