Les pauvres Parisiens sont souvent moqués, raillés par le reste de l’Hexagone sous prétexte que pour eux, les villes situées derrière le périphérique n’existeraient pas. C’est totalement faux. Pas plus tard qu’hier par exemple, j’ai parcouru 26 arrêts sur la ligne 12 du métro pour me rendre à Issy-Les-Moulineaux et visiter le Musée français de la carte à jouer, et c’était tellement intéressant que j’ai convaincu la rédaction en chef d’un prestigieux magazine (celui que vous tenez entre les mains) de lui consacrer deux pages.

Là-bas-Les-Moulineaux

À Issy-Les-Moulineaux, déjà, on peut faire plein de trucs. Ils ont un parc super joli avec des statues en bois, des petites haies taillées en forme d’arche et même un monument bizarre qui ressemble à une grande tour colorée, imaginé par l’architecte Jean Dubuffet. Mais à quelques mètres de là, c’est un bâtiment tout en blanc avec une petite tour au toit triangulaire tout mignon qui nous intéresse. C’est là que se cachent plus de 26 000 objets, cartes et bizarreries liées de près ou de loin à la pratique du jeu sur carte – ils en ont tellement qu’ils ont décidé d’en faire un musée.

Avec sa petite tour triangulaire, le bâtiment du musée ressemble à la maison de quelqu’un qui s’amuse en mode Construction dans Les Sims.
Un étage est d’abord dédié à la ville d’Issy et son histoire, mais le gros de la collection se trouve en bas de l’escalier qui nous fait face lorsque l’on pénètre dans l’enceinte du musée. Un grand patio sur deux étages qui présente de grandes vitrines, certaines plus éclairées que d’autres pour la simple raison que la lumière est susceptible de détériorer certaines cartes anciennes reposant sur des matériaux fragiles. Et des cartes, il y en a. Beaucoup.

Tout le défi avec l’idée de parler d’un musée dans un article, c’est de vous raconter ce qu’on peut y trouver sans gâcher la surprise de la découverte en donnant trop de détails. Globalement, il faut voir votre visite comme un parcours à travers l’histoire de la carte, de son invention à aujourd’hui, et ce dans plusieurs régions du monde.

Un parcours à travers l’histoire de la carte, de son invention à nos jours et dans plusieurs régions du monde.

Le dessous des cartes

Par exemple, j’ai appris plein de choses sur le lien entre les cartes à jouer (arrivées chez nous lors de l’Ancien Régime) et l’Histoire de France. Plus particulièrement un événement de 1789, à une époque où être roi, c’était une activité plutôt mal vue du peuple. Donc forcément, on a repensé au fait d’afficher sur des cartes des Rois, des Reines et des Valets, en les remplaçant par des Génies, des Libertés et des Égalités, symboles directs de l'œuvre de la révolution. Ça s’appelle le Jeu de Piquet Révolutionnaire et le musée l’explique bien mieux que moi sur ses panneaux de présentation.

Il y a aussi un jeu de cartes officiel de la Compagnie Générale Transatlantique, où le Joker est un militant portant un drapeau de la CGT. Une tonne de jeux de 7 familles datant de plusieurs dizaines d’années (dont certains à but éducatif, ou à thème spécifique comme les Jeux olympiques), des cartes plus contemporaines allant de Magic à Pokémon ou d’autres directement gravées sur une tablette de pierre. C’est vraiment fascinant de voyager dans l’Histoire en la regardant à travers le prisme d’un objet si courant, et pourtant bourré de secrets.

En plus de l’exposition permanente qui a déjà de quoi occuper pendant plusieurs heures, le dernier étage du lieu est consacré à des présentations temporaires abordant des thèmes qui gravitent autour de la carte à jouer. Le musée avait par exemple organisé en 2021 une exposition retraçant l’histoire du Joker, figure emblématique du jeu de cartes (et personnage principal de Balatro, rien que ça). Ils en ont aussi organisé une au sujet de la divination à travers les cartes de tarot, une autre sur la place de la carte à jouer au Japon ou encore une sur les ganjifas, des cartes à jouer de forme circulaire qui sont très populaires en Inde.

Vieux jeux, mais pas vieux jeu

Lorsque je m’y suis rendu, j’ai pu visiter l’exposition du moment (visitable jusqu’au 15 août 2025) : tout un étage dédié à la magie et aux illusions, en partenariat avec la collection du Musée de la Magie. Beaucoup d’illusions d’optique et d’instruments sur lesquels les enfants peuvent passer des heures, mais aussi des pièces uniques tirées de plein de pays différents, avec souvent des vidéos affichées à l’écran pour présenter les installations en action. Et puis surtout, vous pourrez croiser un monsieur très sympathique qui déambule dans les allées de l’exposition, un certain Sylvain Solustri. Il a toujours l’air très content de parler de magie et de l’histoire de l’illusion, et a pris vingt bonnes minutes pour nous raconter à mes amis et moi l’histoire des inventions bizarroïdes qui l’entourent. À un moment, il y a même une femme qui est sortie d’un pot de fleurs.

On risque de croire que l’article est sponsorisé par la ville d’Issy-Les-Moulineaux si je continue à écrire tant de bien de son Musée français de la carte à jouer. Mais c’est comme ça : c’est juste l’un des musées les plus intéressants que je puisse conseiller à quelqu’un qui s’intéresse de près ou de loin à la pratique du jeu, ou plus généralement l’histoire ludique. C’est gratuit tous les premiers dimanches du mois, autrement le ticket coûte 5,20 € maximum.

Et s’il fallait dire ici quelque chose de négatif pour prouver que personne à la rédaction n’a reçu de chèque de la municipalité, je rappellerais que j’ai fait deux heures de métro non climatisé un samedi sous 32 degrés. Et ça, je vous déconseille de l’inclure dans votre visite.