Normalement, quand quelqu’un commence à vous parler de Château Falkenstein, vous vérifiez le fond de ses pupilles et vous enquérez de son nombre d’heures de sommeil. En 1994, « Steampunk » était un terme peu courant ; en sus, on parle là de Fantasy Steampunk, du genre où les leprechauns conduisent des sous-marins torpilleurs. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg à pédales.

Là-dessus se greffent du pulp, de l’épique, et un peu plus de pulp, des personnages aux ambitions forcément grandioses, aux émotions toujours immenses, des combats sur le toit d’un dirigeable, des gadgets improbables, Jules Verne ministre de la Science prenant le thé avec un dragon. À tous ceux qui demandent « cohérence ? », le jeu répond « baroque » (et en souriant, en plus). Ceux qui m’en parlaient n’avaient pas assez de mains pour en appuyer la grandiloquence.

Dyna-mythe.

S’il a marqué les esprits, c’est parce qu’il a été l'un des premiers à se débarrasser des dés : au profit de cartes, mais aussi de l’idée que si on est bon à quelque chose, il n’y a pas de raison de vérifier à chaque fois si on sait encore le faire. Le jeu poussait aussi à la création d’un background fouillé et rédigé pour son personnage, blessures d’enfance à l’appui, et au suivi des évolutions de celui-ci au travers d’un journal intime. Château Falkenstein, c’était ces expériences incroyables qu’on me racontait à deux heures du mat’ en convention, les pupilles peut-être dilatées de fatigue, mais surtout les yeux brillants. Il revient bientôt pour qu’on puisse mettre le doigt dans l’engrenage.

Illustrations : Château Falkenstein - ©2021 Lapin marteau