image
image
Créateur : Spenser Starke
Illustrateurs : Julianne Griepp, Caleb Cleveland
Éditeur : Origames
Nombre de joueurs : 3 à 5
Complexité : modérée
Prix : 20 €
J’en ai parlé à qui voulait l’entendre, et aussi à quelques-uns qui n’y tenaient pas vraiment. Alice is missing est arrivé en version française et je n’en peux plus de joie. Il faut dire que c’est exactement ce que j’aime, c’est-à-dire un jeu au caractère fort. Le genre dont on sait clairement pourquoi c’est CELUI-LÀ dont on veut faire une partie ce soir. L’expérience est originale, déjà parce qu’elle est muette, si ce n’est la BO de pistes indie-folk qui rythme la partie, avec un roleplay qui se déroule par message, chacun sur son téléphone. Ah, j’ai votre attention ? Bah asseyez-vous, prenez un goûter, j’ai justement une baguette aux graines dont je ne sais pas quoi faire.

Another lost phone.

Côté ambiance, pensez Life is Strange, Kids on bike, voire 13 reasons why. On incarne une troupe d’ados dont l’amie, Alice, a récemment disparu. Tous se concertent pour la chercher, au risque de devoir révéler leurs propres secrets. À certains timings, on pioche des cartes qui demandent d’inventer de quoi nourrir l’intrigue : quelqu’un a posté un message louche sur un réseau social, vous vous souvenez d’un détail qu’Alice vous avait confié… Jusqu’à ce que l’étau se resserre autour d’un suspect et d’un lieu où l’on retrouvera Alice… Mais dans quel état ? Comme les cartes et notamment la fin sont sélectionnées au hasard en début de partie, c’est totalement rejouable. De toute façon, les indications sont plutôt vagues pour pouvoir s’intégrer dans l’univers que le groupe développera.

Là où l’émo git.

Un des plus forts plaisirs reste cependant de le faire découvrir à un nouveau groupe et de voir comment chacun s’empare des personnages ados aux émotions exacerbées, et de l’outil de chat. L’usage de mèmes ou de smileys est un plus, je vous jure. Le livret de règles est assez détaillé : ça peut faire peur, car il y a pas mal de détails, mais c’est en fait pour guider tranquillement la tablée qui n’a pas de MJ, mais un(e) modérateur(trice). L’immersion est poussée au max, le livret indiquant par exemple de remplacer les noms de vos contacts par ceux de leurs personnages. Pour une telle plongée, et parce que le jeu peut faire surgir des thématiques comme les violences homophobes ou sexuelles, les outils de sécurité émotionnelle proposés ne sont pas de trop. Car si on peut clairement parler de bombe ludique, c’en est une dont le souffle risque de vous laisser un peu hagard dans votre canapé et quelques échardes dans le cœur.

Illustrations : © Origames