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Genre : jeu de dés, ambiance
Créateur : Alex Nogués
Illustrateur : Vicente Cifuentes
Éditeur : Actarus Edition pour la VF
Nombre de joueurs : 2 à 5
Nombre de joueurs optimal : 5
Durée : 15 à 20 minutes
Complexité : ultra accessible
Surface de jeu recommandée : n’importe quelle table, même à langer
Prix : 18 €
Elle a déjà animé de nombreuses soirées entre amis à la maison et pourtant, la boîte de Carnival of Sins tient dans le creux d’une (grosse) main. Rien ne destinait cette curieuse boîte noire à me faire vivre autant de belles choses, surtout quand j’apprends en écrivant ces lignes que le game designer Alex Nogués est en fait hydrogéologue de profession et auteur d’un livre intitulé Un million d'huîtres au sommet de la montagne. Mais que voulez-vous – après tout, Bic a bien décidé de vendre à la fois des stylos et des briquets, alors qui sommes-nous pour juger la diversification de carrière de ce bon Alex.

Je sais pas, je suis un peu 1d6

Dans Carnival of Sins, chaque joueur récupère les sept mêmes cartes qui correspondent chacune à l’un des péchés capitaux. La Colère, l’Avarice, la Paresse… Toute la bande est au complet, avec une iconographie et un dessin uniques à chaque fois. On les regarde, on passe ses doigts sur le vernissage doré en s’émerveillant de la finition du produit mais surtout, on les cache devant soi parce que personne autour de la table ne doit savoir ce qu’on s’apprête à jouer. Pour commencer la partie, une personne balance une poignée de dés sur la table (1d10, 1d4, 1d12, 2d6, et 1d8) et une fois qu’ils ont touché la table, plus personne n’a le droit d’y toucher. Du moins, pas sans jouer de cartes. Chaque joueur pose une carte devant lui et la tablée va révéler les cartes à tour de rôle pour en jouer les effets, puis récupérer les dés concernés pour marquer des points. Certaines ont des capacités assez simples, comme « prendre le dé le plus proche de soi », ou « prendre le dé qui a la plus haute valeur sur la table ».

Beaucoup de mes amis semblent être HPI (haut potentiel intellectuel), alors tout le monde s’est dit qu’il suffisait de jouer cette carte, de prendre le dé qui indique 19 ou 20 pour faire le plus gros score et pouf, l’affaire était dans le sac. Et c’est à ce moment que moi, je souriais discrètement. J’avais toujours l’air narquois parce que je savais que Carnival of Sins était sur le point de leur rappeler que le vrai surdoué du groupe, c’est lui. Puisqu’on active les effets de cartes à tour de rôle, l’ordre de passage (qui change à chaque manche) a une importance cruciale dans le déroulement de la partie. Ça veut donc dire que si quelqu’un révèle en dernier une carte qui dit « récupérer le dé impair de son choix sur la table, y compris chez les autres joueurs », cette personne a le droit de piquer le dé d’un adversaire qui a déjà joué avant. Sans qu’il ne puisse réagir derrière. Les coups bas et les insultes ne mettent que quelques minutes à arriver, si bien qu’il y a un moment où tout le monde finit par se redresser sur sa chaise pour jouer sérieusement et essayer de prévoir les futurs coups adverses. Et puis, les règles de Carnival of Sins sont terriblement simples à comprendre, il suffit donc d’une manche ou deux pour que tout le monde se sente à l’aise avec les systèmes.

Avec ses règles simples, il suffit d’une manche ou deux pour que tout le monde se sente à l’aise avec les systèmes.

Je pense que je n’ai pas assez insisté sur la qualité de finition des cartes, qui brillent sous la lumière et qu’on a envie de toucher à longueur de temps.

Les enfants, à table !

L’une des idées très futées derrière le game design du jeu, c’est que la taille de la table sur laquelle on joue a un impact direct sur le déroulement de la partie. Jouer sur une table minuscule aura pour effet de rapprocher les dés, et donc d’encourager les fourberies. À l'inverse, amener le jeu chez un ami propriétaire d’un manoir permet certes d’y jouer sur une table de quinze mètres, mais aussi de lancer les dés de façon plus espacée, ce qui change tout. Il y a même une règle qui dit que si un dé tombe de la table pendant notre jet, on subit un malus de points équivalent à la valeur qu’il indique une fois au sol.

Le Carnaval de Dékerque

Savoir quelle carte jouer, et savoir quand la jouer, c’est donc le cœur de la formule du jeu. On a tout intérêt à garder sa capacité la plus puissante pour la fin en espérant faire basculer une partie d’un seul retournement de carte. Pire encore, étant donné que tout le monde a le même nombre de cartes en main et que la partie ne dure que sept manches, on peut s’amuser à retenir les capacités déjà jouées pour compter les cartes et faire des pronostics. Je n’encourage pas à le faire, je dis simplement que c’est possible.

Avec sept cartes et six dés (qu’on peut d’ailleurs remplacer par n’importe quel set de JdR), Carnival of Sins m’a rappelé qu’un design solide et universel suffisait à faire vivre à une table toutes les émotions qui font une bonne partie de jeu de société. J’ai vu mes amis rire, souffrir, s’insulter et me maudire. Mais surtout, je les ai vus vouloir refaire « juste une dernière partie », même ceux qui méprisent habituellement les jeux de société. Et pour ça, j’ai envie de le conseiller à la Terre entière, surtout à moins de vingt euros.
Ce n’est pas parce que quelqu’un a déjà sécurisé son dé qu’on ne va pas pouvoir l’embêter avec une carte jouée au bon moment.