Pour jouer les patrons d'aéroport, nous avions déjà Airport CEO (mon favori) et Sim Airport. Fallait-il un troisième larron sur cette niche ? Bien sûr, parce qu'il n'y a jamais assez de jeux d'aéroport. Mais surtout parce que Sky Haven propose un angle original, en se concentrant sur les opérations aéroportuaires plutôt que la gestion des flux de passagers.

J'avoue que cela m'a surpris de ne pas voir le moindre passager dans Sky Haven. Ni même de couloirs, de zones d'attente avec des petits fauteuils, de boutique duty-free. Je me suis dit que ça allait être chiant. Effectivement, les premières heures du jeu ne sont vraiment pas terribles. Vous posez une piste en terre que vous reliez à quelques emplacements de stationnement via des taxiways. Vous construisez un bâtiment pour la gestion du cargo, un autre pour la gestion du fuel, et vous les peuplez de quelques véhicules spécialisés. Démarre alors une « journée » de jeu (qui représente en fait une année) où l'activité principale consiste à cliquer sans cesse sur les avions qui arrivent pour leur assigner une place de parking. Les petits véhicules viennent les ravitailler en carburant et décharger leur cargaison. Puis les avions repartent, sans même un merci, en payant quand même leur taxe d'aéroport. La démo du jeu, disponible sur Steam depuis quelques semaines, vous a peut-être permis de pratiquer l'exercice. Et comme moi, vous avez failli vous endormir devant l'écran.

Mention spéciale pour le planificateur de vol, qui est relativement agréable à utiliser. Dommage que le reste de l'interface ne soit pas aussi clair et explicatif.

Sky Haven est un jeu diesel, il met du temps à trouver son rythme de croisière.

Catering to rule them all.

Mais attention, plot twist comme on dit à Los Angeles. Sky Haven est un jeu diesel. Il met du temps à trouver son rythme de croisière. C'est un peu normal : la campagne démarre en 1920, la préhistoire de l'aviation, où seuls les aventuriers et les compagnies postales utilisaient les aéroports avec des petits avions pourris – d'ailleurs fidèlement reproduits ; le jeu modélise en low poly choupi les modèles emblématiques de chaque époque. À partir des années 1930, le rythme s'accélère (et heureusement). Là, il faut commencer à gérer un planning des vols pour chaque aire de stationnement. Fournir de nouveaux services aux compagnies, comme des bus pour embarquer les passagers ou des camions de catering qui apportent les plateaux-repas dégueulasses. Les avions qui déboulent deviennent de plus en plus gros, on accueille des Boeing 247, des DC-3 qui exigent l'achat de véhicules plus performants afin d'éviter les amendes en cas de décollage tardif. Le cœur de l'amateur de jeu de gestion se met enfin à battre.

Au quart d'heure près.

Est-ce vraiment fun d'organiser l'environnement extérieur d'un aéroport, puis de passer quinze minutes à remplir un planning de vol ? Je dirais « oui, mais ». Oui, parce que le jeu est bien fichu sur certains points. Le planning de vol, par exemple, est très pratique à utiliser. Je n'ai eu aucun mal à organiser une cinquantaine d'atterrissages quotidiens sur mon aéroport. Les infos y sont bien présentées, on a même le nombre de départs/arrivées sur chaque timeslot au quart d'heure près, ce qui permet de fluidifier le trafic. Et puis il y a ce plaisir de voir tourner l'aéroport comme on admire une machine parfaitement huilée, de constater que les avions partent à l'heure, que l'argent n'arrête pas de tomber et qu'on va bientôt pouvoir se construire un troisième terminal avec encore plus de taxiways, encore plus de pistes, et de belles places de parking prêtes à accueillir des appareils toujours plus gros. Cela devrait parler à ceux qui collent leur nez aux fenêtres dans les salles d'embarquement pour admirer le ballet aéroportuaire.

Les 30 glorieuses.

Le tableau, néanmoins, n'est pas tout rose. Vous allez trouver les problèmes classiques d'une version anticipée venue d'un petit studio lituanien : le jeu n'est pas traduit en français, il faut passer le clavier en QWERTY pour gérer la caméra, et on tombe sur une foule de bugs bien frustrants – routes qui ne se connectent pas, snapping imprécis sur la grille, crashs répétitifs à certaines dates... Si vous voulez construire un aéroport contemporain, pas de chance, l'arbre technologique se termine dans les années 1980 (alors que la version finale ira jusqu'en 2060). De toute façon, le terrain de jeu est trop petit pour installer plusieurs pistes modernes en béton, l'option permettant de s'agrandir en grignotant les zones avoisinantes n'a pas encore été implémentée. Enfin, il n'est pas possible d'upgrader simplement l'aéroport. Il faut y aller au bulldozer, refaire les routes et taxiways, puis laborieusement ouvrir des tas de menus pour attribuer les nouvelles places de parking aux nouveaux bâtiments de service. Cette perspective m'a donné envie de me rouler en boule sous le bureau pour chialer. Les développeurs reconnaissent d'ailleurs le problème et promettent une solution. Au bout d'une douzaine d'heures de jeu pas forcément désagréables, je n'ai donc pas eu le courage de continuer. J'attendrai quand même la version finale avec un réel intérêt.

Sky Haven | En l'état : Attendez

| Modifié le 5 mai 2021
Sky Haven est charmant, le concept est original, mais je vais jouer la prudence en vous recommandant d'attendre la version finale. Il y a encore trop de bugs, trop de circonvolutions dans l'interface, trop de fonctions manquantes pour qu'on puisse s'y investir sérieusement. Avec quelques mois d'affinage supplémentaires, il devrait se transformer en un très bon jeu de gestion d'aéroport.
Mention spéciale pour le planificateur de vol, qui est relativement agréable à utiliser. Dommage que le reste de l'interface ne soit pas aussi clair et explicatif.