Développeur : Rockstar Vancouver (Canada)
Éditeur : Rockstar Games
Date de sortie : 17/10/2006
Le 9 mai 2005, juste avant l’E3, Rockstar annonce son prochain jeu dans un court communiqué de presse : « Bully garde la tradition d’un gameplay innovant, original et du ton pince-sans-rire des jeux Rockstar… » Vous trouvez ça plat ? Attendez la suite : « ... et l’emmène dans un tout nouvel environnement : la cour d’école. » Les gens raisonnables peuvent commencer à paniquer.
Il faut mitrailler le bouton Y pour écraser les parties génitales des surveillants à mains nues.
GTA Étroit
Une chose est sûre, Bully est, géographiquement, un GTA comme les autres. Bien que réduite, l’aire de jeu ne se limite pas au campus de la Bullworth Academy, et propose des zones aux ambiances radicalement différentes. Les bâtisses cossues de la zone résidentielle huppée regardent de haut le centre-ville balnéaire et ses rues pavées. Le quartier ouvrier moche et gris se niche contre une zone industrielle morne et sèche. Les activités clignotantes de la fête foraine, à l’ouest, semblent faire écho, à l’est, à l’interdit asile psychiatrique « Happy Volts » et ses airs d’Arkham Asylum. Ces décors sont farcis d'objets collectables et de PNJ qui vous poursuivent pour vous frapper, voler votre vélo ou demander votre aide sans attendre leur tour.L'école du crunch
On se souvient de l'émoi provoqué, avant la sortie de Red Dead Redemption 2, par la phrase de Dan Houser à propos des semaines de 100 heures travaillées par certains salariés pour terminer le jeu en temps et en heure. Dans une très récente interview chez GamesRadar, Andrew Wood, environment artist, se remémore les « relations tendues » entre la direction de Rockstar, réclamant toujours plus d’heures de travail, et le studio de Vancouver où il officie, qui développe Bully. Ses souvenirs font froid dans le dos : « On travaillait sept jours sur sept, en moyenne dix-huit heures par jour. Ça cramait tout simplement les gens. » Son développement fut donc sans nul doute bien plus violent que le jeu lui-même.
Dernier de la classe sociale
Sociologiquement aussi, l’ADN est GTA. Dès les premières minutes de jeu, un vétéran de la guerre de Corée SDF devient notre maître en arts martiaux. Un professeur en proie à l'alcoolisme demande notre aide. « Je me demande où en est ma candidature pour l’armée ? », pense à voix haute un des nombreux surveillants violents qui quadrillent le campus. « Un jour, tu travailleras pour moi ! », lance ce fils de bourge en pull à damier. Largué là par une mère impatiente de partir en lune de miel avec son cinquième beau-père, le trapu et rougeaud Jimmy Hopkins va devoir se faire une place. Quitte à accomplir toutes les basses besognes de chaque faction en place. Comme un vrai ado un peu paumé en quête de reconnaissance.
Photo de crasses
Entre deux critiques de l'impérialisme américain, et un propos quasi avant-gardiste (en 2006) sur le harcèlement sexuel en milieu scolaire, Bully est surtout potache, bête, gras, à l’image du monde qu’il parodie. La brute tire l'élastique du slip du plus faible, le provocateur se déguise en officier SS pour Halloween, et la dame de la cantine, qui touille ses marmites mégot au bec, est bien évidemment à la fois obèse et répugnante. Quand les clichés pleuvent, dans un contexte de socialisation adolescente, le terrain est glissant. Relancer un tel jeu, 20 ans après sa sortie, n’est donc pas sans risque.Malgré ses 15 ans, Jimmy est un personnage de GTA exactement comme les autres.