| Modifié le le 13 décembre 2021
Lundi 17 septembre, quinze autorités européennes de régulation des jeux d’argent ont publié un communiqué commun s’inquiétant de « la porosité des frontières » entre jeux d’argent et jeux vidéo. Au premier rang de leurs préoccupations, les autorités citent « le skin betting », les « loot boxes », les « jeux sociaux de casino » et « l’emprunt de contenus renvoyant aux jeux d’argent dans les jeux vidéo auxquels ont accès les enfants ».
La Belgique a déjà décidé d’agir, quitte à faire cavalier seul.
L’État qui n’y est pas.
Parmi les quinze signataires européens (Lettonie, République tchèque, île de Man, France, Espagne, Malte, Jersey, Gibraltar, Irlande, Portugal, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Pologne et Autriche), on ne trouve pas l’Allemagne, l’Italie et la Belgique. Si j’ignore la raison de l’absence des deux premiers, en ce qui concerne le dernier, une chose est sûre, ce n’est pas par manque de détermination : la Belgique a déjà décidé d’agir, quitte à faire cavalier seul. Je vous expliquais dans le dernier numéro (« Le procès des loot boxes », Canard PC n° 386) que Belgique et Pays-Bas avaient tous deux lancé au printemps dernier un ultimatum aux éditeurs dont les jeux contenaient des loot boxes, estimant qu’ils contrevenaient aux lois régulant les jeux d’argent et leur donnant jusqu’à l’été pour adapter leurs produits. Valve, Blizzard et 2K Games ont alors modifié leurs jeux pour ces deux territoires. Mais Electronic Arts n’en a eu cure, et l’américain vient de sortir son FIFA 19 sans les adaptations demandées. La réplique n’a pas tardé : pour les autorités belges, il s’agit d’une infraction pénale et lundi 10 septembre 2018, une information judiciaire a été ouverte à Bruxelles visant l’éditeur américain. Si ce dernier ne décide pas de rentrer dans le rang, ce sera un premier test juridique grandeur nature pour la compatibilité des loot boxes avec la législation sur le jeu d’argent.Selon une étude de 2017, 11 % des enfants anglais de 11 à 16 ans ont déjà placé un pari avec des skins CS: GO.
Celui qui y est (et qu’on n’attendait pas).
Aux côtés de toutes les autorités européennes, on trouve une instance américaine, celle de l’État de Washington. Attention, l’État de Washington (au nord des États-Unis, sur la côte Pacifique) n’a rien à voir avec la ville de Washington (capitale des États-Unis située à l’Est, côté Atlantique). C’est dans cet État que se situe la ville de Seattle, berceau de modestes PME comme Microsoft, Amazon et… Valve. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour ce dernier, déjà particulièrement visé par les autorités belges et hollandaises, car ses relations avec la Washington State Gambling Commission furent extrêmement tendues par le passé. Accusé en 2016 par cette commission de pratiquer illégalement les jeux d’argent en facilitant le marché secondaire des skins pour Counter-Strike : Global Offensive (CS:GO), Valve s’est à l’époque fermement défendu, contestant tant les arguments que les fondements légaux de l’action. Mais cette pression juridique a quand même poussé depuis l’éditeur à faire le ménage violemment parmi les entreprises tierces qui utilisent son API pour monnayer les items de ses jeux, alors qu’il fermait les yeux jusque-là.En fait, cette mise sous surveillance par les autorités de régulation tombe plutôt mal pour Valve : l’éditeur s’apprête à lancer publiquement Artifact, un jeu de cartes virtuelles distribuées en paquet payant aléatoire, que les joueurs pourront se vendre et s’acheter entre eux à l’unité grâce au Steam Market (sur lequel Valve touche sa commission au passage). Cette organisation délibérée en interne d’un second marché des cartes d’Artifact, qui n’existe pas pour Hearthstone de Blizzard par exemple, pourrait faire tiquer les régulateurs, eux qui n’ont jusqu’à présent pas inquiété cette famille des jeux vidéo de cartes « à la Magic ».