Grâce à Session, j’ai enfin eu l’impression d’être Andrew Reynolds. Pendant plusieurs heures, j’ai tenté le même grind, sur la même barre, au-dessus des mêmes marches, jusqu’à parvenir à mon but. La seule différence, c’est qu’à aucun moment, alors qu’il tentait son varial heelflip, Andrew Reynolds ne s’est dit que la réalité était buguée. Le problème de Session, ce n’est pas que ce soit dur, ni que ce soit réaliste : c’est qu’une fois sur deux, un grind ne passe pas parce que le moteur physique a décidé d’aller voir ailleurs, à un endroit où la gravité et les règles élémentaires de la friction n’existent plus. À la limite, dans n’importe quel autre type de jeu, ces errements ne gâcheraient pas forcément l’expérience. Le problème, c’est que Session est un jeu de skate. Dans l’art de la planche à roulettes, tout est question de flow, c’est une danse qui ne souffre aucun accroc, si les mouvements sont exécutés avec grâce, tout doit s’enchaîner parfaitement. Imaginez la manière dont aurait réagi Andrew Reynolds si, une fois sur deux, alors que son mouvement était parfait, il avait été saisi, au sommet de son saut, d’une crampe aussi soudaine qu’inexplicable qui l’aurait condamné à toujours recommencer, tel un Sisyphe des sports extrêmes. Jouer à Session, c’est lutter contre soi-même, contre la difficulté et le réalisme du jeu, mais aussi contre une physique, malheureusement, un peu pétée.