Genre: gestion de réseau de transport
Developpeur: Urban Games (Suisse)
Editeur: Good Shepherd Entertainment
Plateformes dispo: PC Windows, Linux
Plateforme test: PC Windows
Config: PC de joueur
Telechargement: 24 Go
Date de sortie: 11/12/2019
Langues: textes en français, voix en anglais
Prix: 40 €
Drm: Steam
| Modifié le le 25 mai 2021
Gâché par des problèmes de performances aberrants, une interface pataude et des tas de petits défauts bien énervants, le premier Transport Fever m'a laissé un goût amer dans la bouche. Ça sentait le premier jet, le brouillon qui ne demandait qu'à être amélioré. Justement, trois ans plus tard, les développeurs reviennent avec un second épisode sur lequel j'ai enfin réussi à m'amuser.
Vous surveillez d'un œil gourmand vos profits qui grimpent. Vous êtes bien. Vous êtes apaisé.
Bus repetita.
Qu'y fait-on ? Imaginez-vous en patron d'une SNCF-RATP du siècle dernier. Vous commencez par installer un arrêt de bus à Nogent-le-Rotrou, un autre à Argenteuil, et vous créez une ligne de bus sur laquelle circulent vos trois premières calèches. Le pognon rentre petit à petit. Vous le réinvestissez dans d'autres lignes : Orly-Valenciennes, Argenteuil-Orly, et vous achetez encore une poignée de diligences. Vous dézoomez pour avoir une vue d'ensemble de la carte. Ouh, quel plaisir, quelle douce jouissance de voir les petites icônes de vos véhicules arpenter les routes de la région, chargés de passagers qui cracheront au bassinet une fois arrivés à destination. Grâce à votre réseau de transport, les villes se développent lentement, vous voyez de nouvelles constructions apparaître. C'est le moment de créer des lignes de bus dans chaque cité, pour permettre aux habitants des zones résidentielles d'aller bosser dans les zones industrielles ou commerçantes. Vous surveillez d'un œil gourmand vos profits qui grimpent gentiment dans le coin inférieur gauche de l'écran. Vous êtes bien. Vous êtes apaisé. Mais en bon capitaliste, vous voulez gagner encore plus de thunes.C'est un boulot de sous-secrétaire d'État au ministère des Transports, et c'est aussi addictif qu'une pipe à opium.
Quand l'industrie va, tout va.
C'est là qu'on arrive dans le cœur, dans la substantifique moelle de Transport Fever 2 (et de tous les jeux de son genre, d'ailleurs) : l'installation de lignes ferroviaires. Une des activités les plus excitantes qu'on puisse faire sur un PC – si si, je vous jure. La carte du jeu est parsemée d'industries composant un ensemble de chaînes de production. Par exemple, des exploitations forestières produisent du bois, qu'il faut transporter vers des scieries pour produire des planches. Des mines de fer et de charbon doivent être reliées à des aciéries, qui fabriqueront de quoi alimenter des usines d'outils ou de machines industrielles destinées aux villes. Le joueur de Transport Fever 2 doit créer de toutes pièces ces circuits logistiques, en installant des gares, des rails (avec, au besoin, des tunnels et des ponts), et en y faisant circuler des trains. C'est un boulot de sous-secrétaire d'État au ministère des Transports, et c'est aussi addictif qu'une pipe à opium. Au début, tout paraît simple : on relie un point A au point B, on achète un tchou-tchou (en sélectionnant soigneusement les wagons de marchandises et la locomotive chargée de les tracter), les marchandises commencent à circuler. C'est lorsqu'il faut optimiser les flux, maximiser les profits et multiplier les trains – avec les problèmes de circulation que cela engendre – qu'on ne peut plus lâcher Transport Fever 2.
Chic, un problème de réseau.
Tenez, là, sur ma partie actuelle, je vous liste ce qui m'empêche de dormir la nuit. L'usine de pain de Narbonne ne reçoit pas assez de blé des fermes environnantes. L'aciérie de Roche-la-Molière est en surproduction par rapport aux capacités de son terminal de fret, et je n'ai pas les moyens de m'acheter une loco électrique Ae 4/7 de 3 000 chevaux avec 12 wagons de transport d'acier pour augmenter le débit d'expédition. J'ai six trains différents qui font des allers-retours sur un bout de la ligne Lens-Concarneau (deux de passagers, quatre de marchandises), il va donc falloir que je crée un nouveau tronçon de délestage avec une signalétique complexe pour éviter les attentes inutiles. Et je ne vous parle même pas de mon réseau de tramways tout pourri à Saint-Leu-la-Forêt (un bordel sans nom), ni du chèque que je vais devoir signer pour remplacer la trentaine de bus polluants de ma ligne Versailles-Boulogne pour des modèles plus récents capables de dépasser les 60 km/h. C'est simple, à chaque fois que je lance Transport Fever 2 et que je regarde l'état de mon réseau de transport après 15 heures de boulot, ma pression artérielle part en flèche.
On ne parle jamais des trains qui arrivent à l'heure.
Mais je persiste. Car tout peut se régler, s'optimiser, avec patience et discipline. Et j'y trouve du bien-être. D'autant que cette fois-ci, l'interface n'est pas là pour pourrir l'expérience du joueur. La pose de rail est beaucoup plus permissive et souple que sur Transport Fever 1. L'interface, par de petits détails dans les menus, simplifie les activités répétitives (édition des trains à la volée pour rajouter des wagons, remplacement massif de véhicules en fin de vie...). Même avec 50 lignes et plusieurs centaines d'engins de transport à gérer, on s'en sort. Certains aspects ont d'ailleurs été intelligemment simplifiés pour éviter le côté « plat de spaghettis indémerdable » dans lequel pouvait tomber le premier Transport Fever. On dispose désormais de gares modulaires sur lesquelles on peut facilement rajouter des quais, des voies (et même un peu de déco) pour mieux organiser le réseau. Les villes ne demandent que deux produits, contre trois auparavant. Il est possible de se faire de l'argent en n'exploitant qu'un bout d'une chaîne logistique – par exemple en amenant du blé vers une usine alimentaire, sans avoir à transporter la nourriture qui en sortira. Et cette fois-ci, le jeu tourne à la perfection. On reste au-dessus des 60 FPS sur un gros PC de joueur, même en poussant les détails à fond. Graphiquement, le jeu n'a pas une folle personnalité, mais le moteur 3D fait son job sans broncher, affiche de jolis paysages, des trains magnifiques, des villes grouillantes de vie où l'on peut voir des centaines de voitures et des piétons se presser aux arrêts de bus.
C'est si bon de se faire un rail.
Steam m'indique 58 heures de jeu après trois semaines de test, et je n'ai toujours pas trouvé de raison valable pour mettre Transport Fever 2 de côté. Il devrait squatter mon SSD pour de longs mois. Certes, il devient un peu facile avec le temps et l'expérience. Au bout de cinq ou six décennies, l'argent n'est presque plus un problème. On peut se permettre d'acheter des flottes entières de navires et d'avions hors de prix, juste pour le plaisir, alors même que leur efficacité est assez anecdotique par rapport aux stars du jeu que sont les trains. Mais toutes les grosses ficelles du transport tycoon sont exploitées à la perfection. Il y a le plaisir permanent d'optimiser le réseau pour en tirer toujours plus de profit. La joie d'acheter des véhicules flambant neufs – grosse émotion lorsque j'ai sorti mon premier TGV. La fierté de voir une ville grossir d'elle-même et se couvrir de gratte-ciel modernes après s'être échiné une soirée entière à lui fournir les produits qu'elle demandait. Avec trois types de cartes (tempérée, tropicale, aride) et trois styles de véhicules (européen, américain, asiatique) à choisir en début de partie, la rejouabilité est plus que convenable. Le seul véritable point noir de ce beau produit suisse reste sa campagne. Les missions sont tellement mal fichues – scénarios et quêtes secondaires gnangnan, objectifs bugués ou mal expliqués… – que j'ai préféré abandonner après cinq ou six niveaux. Comme souvent sur les titres de ce genre, pratiquez-le en mode Jeu Libre sur une carte aléatoire (ou sur les centaines de régions réalistes déjà disponibles sur le Workshop de Steam) et vous devriez vous amuser comme un petit fou du rail.Les petits princes du rail.
Si Transport Fever 2 vous a fait sombrer corps et âme dans la gestion ferroviaire, sachez que le genre est en plein boom depuis quelque temps. Voici ma sélection (non exhaustive) pour prolonger le plaisir :
Transport Fever 2, mais avec des mods
Un mois après sa sortie, les joueurs ont déjà publié près de deux mille modifications sur le Workshop Transport Fever 2 de Steam. Vous y trouverez de tout : des bidouilles pour améliorer le confort de jeu, des éléments pour décorer les gares, des tonnes de cartes et de véhicules… Les gros mods permettant de complexifier la partie industrielle et logistique, héritée de ceux qui existent déjà sur le premier Transport Fever, arriveront sûrement bientôt.
Mashinki
En version anticipée sur Steam depuis plus de deux ans, Mashinki est un mix assez réussi entre stratégie, jeu de plateau et jeu de transport. On y retrouve la joie éternelle de poser des rails, des routes, puis d'admirer trains et camions y naviguer en emportant des quintaux de marchandises et de passagers. Un excellent petit tycoon qui a beaucoup de succès chez les amoureux des jeux de trains.
Rise of Industry
Un petit jeu indé mignon comme tout qui propose de monter des chaînes logistiques en reliant des industries à des villes. Le jeu est moins ambitieux et complet que Transport Fever 2 (surtout sur la partie ferroviaire), mais il y a de quoi s'amuser dix ou vingt heures sur ses jolis décors en 3D isométrique. À choper pendant les soldes.
OpenTTD
Le roi incontesté du genre, si vous n'avez pas peur de jouer à un jeu sorti tout droit de l'époque Windows 95. Il s'agit d'une version open source, gratuite et largement améliorée du Transport Tycoon Deluxe des années 1990, qui fut le premier jeu à introduire une gestion complexe des signaux de circulation sur rails. À essayer quand vous aurez défoncé tous les jeux du genre et voudrez enfin devenir un seigneur de la gestion ferroviaire.
Workers & Resources : Soviet Republic
Pour moi, une des meilleures versions anticipées de 2019. Un peu moche, complexe, dépourvue de tutoriaux, Soviet Republic ne se laisse apprivoiser qu'après des heures d'effort. Mais quel résultat : un mélange terriblement addictif entre city-building soviétique (on construit des barres d'immeubles déprimantes) et jeu de transport. La partie ferroviaire est très complète, avec gestion des sémaphores et des stations de chargement. J'en suis tombé raide amoureux, malgré ses bugs et ses mécanismes de jeu souvent obscurs.