Créateurs : Egor Nikolaev, Yuri Zhuravljov
Illustrateurs : Sergey Dulin, Roman Kuzmin, Anton Kvasovarov, Dmitry Pronin et autres
Éditeur : Hobby World
Nombre de joueurs : 2 à 4
Nombre de joueurs optimal : 3 ou 4 (à 2, c'est très chiant)
Durée : au moins 40 minutes par joueur
Complexité : modérée
Surface de jeu recommandée : table basse ou table de salon
Prix : 20 €
On connaissait le « Roll & Write » pour de menues joies apéritives de fin de soirée. On coche trois cases, on se félicite d'avoir optimisé son verger de pommes virtuelles et on picole joyeusement. Mais voici que débarque Heroes Write and Conquer, un titre avec des feutres, mais l'ambition d'un grand jeu de conquête issu du 4X. Une fusion étrange, un peu comme si l'on tentait de jouer à Heroes of Might and Magic sur un ticket de caisse.
La dernière séquence
La grande affaire du jeu, sa trouvaille pour amateurs de tableurs Excel, c'est son système de programmation d’actions. À chaque tour, un joueur décide, parmi les cinq actions disponibles, lesquelles seront exécutées et dans quel ordre. « On va faire la récolte de bois en action 1, puis la récolte d’acier en 2, puis on se déplace en 3, et enfin on peut construire un bâtiment en action 4 », décrète-t-il d'un ton martial. Et là, c'est le drame de la démocratie non participative obligatoire : tout le monde doit copier la même séquence. On enchaîne chacun dans son coin, comme des écoliers qui grattent leurs cahiers. L'ordre des actions détermine donc la puissance associée. Si vous devez recruter trois unités de cavalerie lourde avant la paye en or, ça peut être embêtant. Choisir un ordre qui n’arrange pas les autres et leurs besoins immédiats devient fondamental. Un puzzle arithmétique rigolo, qui chatouille la zone du cerveau dédiée à la déclaration d'impôts.
Tactique non tactile
Là où le bât blesse, c'est que cette originalité de format, qui est intéressante, est aussi sa plus grande faiblesse. Heroes Write and Conquer intègre une carte commune, mais pas centrale. On y suit sur sa propre feuille les mouvements des autres, on s'y croise, on s'y dispute des forteresses. Et la voix du bon sens s’élève : mais pourquoi diable en avoir fait un « Write » ? Pourquoi s'escagasser les yeux à rayer des cases sur une feuille individuelle alors qu'un bon vieux plateau en carton avec des cubes en bois et des figurines ou des standee d'orcs et de nains aurait fait le travail avec dix fois plus de clarté et cent fois plus de plaisir tactile ? On passe notre temps à traduire en petits traits de feutre ce qui aurait dû être un affrontement visuel immédiat.