Genre : feuille et feutres, 4X
Créateurs : Egor Nikolaev, Yuri Zhuravljov
Illustrateurs : Sergey Dulin, Roman Kuzmin, Anton Kvasovarov, Dmitry Pronin et autres
Éditeur : Hobby World
Nombre de joueurs : 2 à 4
Nombre de joueurs optimal : 3 ou 4 (à 2, c'est très chiant)
Durée : au moins 40 minutes par joueur
Complexité : modérée
Surface de jeu recommandée : table basse ou table de salon
Prix : 20 €
Créateurs : Egor Nikolaev, Yuri Zhuravljov
Illustrateurs : Sergey Dulin, Roman Kuzmin, Anton Kvasovarov, Dmitry Pronin et autres
Éditeur : Hobby World
Nombre de joueurs : 2 à 4
Nombre de joueurs optimal : 3 ou 4 (à 2, c'est très chiant)
Durée : au moins 40 minutes par joueur
Complexité : modérée
Surface de jeu recommandée : table basse ou table de salon
Prix : 20 €
Perco
le 12 juin 2026
On connaissait le « Roll & Write » pour de menues joies apéritives de fin de soirée. On coche trois cases, on se félicite d'avoir optimisé son verger de pommes virtuelles et on picole joyeusement. Mais voici que débarque Heroes Write and Conquer, un titre avec des feutres, mais l'ambition d'un grand jeu de conquête issu du 4X. Une fusion étrange, un peu comme si l'on tentait de jouer à Heroes of Might and Magic sur un ticket de caisse.
Il y a des genres ludiques qui souffrent d'un complexe de Napoléon. Prenez le « Roll & Write » (ou plutôt ici le « Choose & Write », voire le « Write » tout court). Généralement, c’est le degré zéro de l'affrontement violent : un bloc de papier, trois dés au fond d'un tiroir, et l'assurance de pouvoir jouer sans trop se fâcher. C'est souvent aussi mignon que compact. Et puis, un jour, des auteurs se lèvent en se disant : « Et si on y injectait des Orcs en rut, des forteresses et la guerre ». C’est le pitch de ce Heroes Write and Conquer. Ici, on mène donc une guerre de factions. On incarne des Elfes, des Gnomes, des Nagas ou des Humains. Chaque joueur reçoit une feuille de faction bardée de tableaux, de compteurs de ressources et d'arbres de technologies qui feraient passer le plan comptable de la Cogip pour un livre de coloriage. Le but ? Conquérir, accumuler, se taper dessus, et gratter des points partout où la mine du feutre peut s'immiscer.
La dernière séquence
La grande affaire du jeu, sa trouvaille pour amateurs de tableurs Excel, c'est son système de programmation d’actions. À chaque tour, un joueur décide, parmi les cinq actions disponibles, lesquelles seront exécutées et dans quel ordre. « On va faire la récolte de bois en action 1, puis la récolte d’acier en 2, puis on se déplace en 3, et enfin on peut construire un bâtiment en action 4 », décrète-t-il d'un ton martial. Et là, c'est le drame de la démocratie non participative obligatoire : tout le monde doit copier la même séquence. On enchaîne chacun dans son coin, comme des écoliers qui grattent leurs cahiers. L'ordre des actions détermine donc la puissance associée. Si vous devez recruter trois unités de cavalerie lourde avant la paye en or, ça peut être embêtant. Choisir un ordre qui n’arrange pas les autres et leurs besoins immédiats devient fondamental. Un puzzle arithmétique rigolo, qui chatouille la zone du cerveau dédiée à la déclaration d'impôts.En pratique, quand on n’est pas sur un tour ou l’on est celui qui décide de l’ordre, on frôle le syndrome du mouton de Panurge. Quand votre voisin décide de récolter deux piécettes suivies d'une marche forcée vers les marécages, vous hochez mollement la tête en gribouillant vos deux pièces sur votre nappe personnelle, avec la sensation diffuse d’être un passager clandestin de votre propre empire. Chaque faction progresse de territoire en territoire, en récoltant des bonus uniques au passage (du bois, du fer, ou des artefacts magiques qu'on peut joyeusement voler à ses petits camarades). On calcule les trajectoires à la case près, car chaque lieu ne livre ses richesses qu'une seule fois.
Tactique non tactile
Là où le bât blesse, c'est que cette originalité de format, qui est intéressante, est aussi sa plus grande faiblesse. Heroes Write and Conquer intègre une carte commune, mais pas centrale. On y suit sur sa propre feuille les mouvements des autres, on s'y croise, on s'y dispute des forteresses. Et la voix du bon sens s’élève : mais pourquoi diable en avoir fait un « Write » ? Pourquoi s'escagasser les yeux à rayer des cases sur une feuille individuelle alors qu'un bon vieux plateau en carton avec des cubes en bois et des figurines ou des standee d'orcs et de nains aurait fait le travail avec dix fois plus de clarté et cent fois plus de plaisir tactile ? On passe notre temps à traduire en petits traits de feutre ce qui aurait dû être un affrontement visuel immédiat.Prenez les combats. C'est l'épitomé du jusqu'au-boutisme comptable. Vous voulez déloger un voisin ou maraver un monstre qui squatte le bas de votre feuille ? Vous envoyez vos troupes au casse-pipe. Tout le monde meurt dans l'allégresse, on fait une soustraction, le vainqueur empoche la gloire, tandis que le perdant repart avec ses larmes. Et pendant ce temps-là, si vous jouez à trois ou quatre, les autres joueurs autour de la table regardent leurs ongles en attendant que les deux comptables en chef finissent de solder leurs comptes de chair à canon. De fait, la partie peut s'étirer sur plus de deux heures. Pour un genre censé éliminer les temps morts par le jeu simultané, c'est un comble : on passe un temps infini le nez dans sa feuille, isolé du monde, à s'autodétruire les neurones en solo.
On efface tout et on recommence ?
Tout n'est pas noir sous la mine de plomb. Le jeu distille de vrais moments de satisfaction et les factions sont réellement asymétriques et offrent des sensations bien distinctes. C’est une boîte pleine de concepts intrigants, une machine pleine d'engrenages astucieux, mais dont l'huile de moteur sent un peu fort.On y joue avec curiosité, on admire la structure, on calcule ses trajectoires avec un certain plaisir cérébral, mais on referme la boîte en se disant « Je vais pas relancer une partie de 2 heures tout de suite ». Si vous cherchez de la grande stratégie, achetez du carton. Si vous voulez cocher des cases, achetez un Sudoku.